C'était encore la Mère Françoise de Saint-Bernard
il n'y en eut aucune dont la vocation ne fût entravée par quelqu' obstacle insurmontable.
Seule la Mère de Saint-Bernard parut libre et réunit tous les suffrages, au grand étonnement de la communauté. La supérieure elle-même, qui avait déclaré formellement qu'elle ne consentirait jamais à priver les Ursulines d'un sujet si précieux, demeura interdite à la vue d'un résultat si inattendu. Ne pouvant s'empêcher de reconnaître le doigt de Dieu dans cette merveilleuse élection, elle n'y mit d'autre condition que l'acquiescement de la famille de la Troche, amie et bienfaitrice du monastère.
Un courrier fut expédié immédiatement i Angers, où résidaient alors M. et Madame de Savoi i : i i ères. Cette étrange nouvelle fut un coup de foudre pour eux. Madame de la Troche surtout en fut terrassée. Après le premier moment de stupeur, elle résolut sans délai de se rendre à Tours, afin de renverser ce projet. Mais Dieu, qui tient entre ses îpains les esprits et les cœurs, d'un souffle fit évanouir cet orage.
Au moment où Madame de la. Troche montait en voilure, le supérieur «les Carmes entra .dans l'avenue du château. Elle n'eut rien de plus pressé que de lui apprendre le but de son voyage; mais le saint religieux, loin d'approuver sa détermination, lui lit compreudre l'honneur insigne que Dieu faisait à sa famille en daignant appeler son enfant à une vocation si sublime. Il entra avec elle dans l'appartement de M. de la Troche qui était alors malade ; et comme s'il eût été l'envoyé du ciel pour leur intimer les ordres du Seigneur, il leur parla avec tant d'éloquence et d'inspiration, qu'il parvint à éclairer leur foi un instant obscurcie par les tendresses de Ja nature. La lutte fut violente, mais de courte durée. Ils se résignèrent avec un courage magnanime à la volonté divine, et écrivirent sur le champ à leur fille une lettre d'acquiescement si touchante et si pleine de sentiments chrétiens que la Mère Supérieure voulut en faire la lecture en présence de la communauté. Toutes les religieuses pleurèrent d'attendrissement en entendant l' expression de cette foi si pnre, qui jaillissait à travers les sanglots et les cruels saignements de ces deux nobles cœurs, en prêtant l'oreille aux accents de cette dernière bénédiction qui tombait, avec tant de larmes, sur cette chère enfant qu'ils ne devaient plus revoir. Seule, la Mère de Saint-Bernard parut supérieure à tous les sentiments de la nature. Le glaive des grandes immolations avait tranché le dernier de i ces liens de la chair et du sang qui, si longtemps l'avaient retenue captive sur la terre ; la joyeuse colombe du Seigneur, aujourd'hui" dégagée d'entraves, déployait enfin, en toute liberté, ses ailes frémissantes vers les cieux. Elle n'eut de pensées que pour rendre grâce à Dieu et au glorieux j protecteur dont la puissante intercession avait opéré ce miracles inespéré. A l'instant même pour accomplir son vœu, elle quitta son nom de
. et prit celui de Marie de Saint-Joseph,
devenu à jamais célèbre sur les plages Nivelle-France, où, chaque jour, il retentit tout rayonnant de gloire, de sainteté et édictions, sur les lèvres des descendants heureuses enfants du Canada qu'elle a nées et servies.
«nais Madame de la Peltrie pouvait partir :
lès avait dépassé toutes ses espérances; }jeu ne lui permit pas d'aller plus loin êler une goutte d'amertume à cette joie Hors sans mélange. Une fille de confiance, ai elle avait été élevée, qu'elle regardait
sa sœur, pour qui elle n'avait point de et qui lui avait promis de ne l'abandonner
n'eut pas plus tôt vu son départ fixé tour, qu'elle fut épouvantée à l'idée des qu'elle aurait à essuyer sur mer, et ensuite tte terre inhospitalière, toute peuplée de
sauvages et sanguinaires. Ni les prières, ■aisons humaines, ni les motifs surnaturels »nt calmer ses frayeurs, et Madame de la
se vit forcée de la renvoyer à Alençon.
Hait en trouver une autre qui eût le cou-
relever la couronne que celle-ci venait de
tomber. La providence y avait déjà . Depuis près de six ans, une pieuse fille, se Charlotte Barré, appartenant à une
très-honnête, se sentait, pressée d'un vif e se consacrer au service de Dieu et au lu prochain, sans toutefois connaître ni le i le temps de sa vocation. Elle avait pour or un Père de la Compagnie de Jésus, providence amena à Tours au moment où Madame de la Peltrie confiait à la e l'Incarnation le choix d'une nouvelle ire. Instruit de leurs perplexités, il leur l le précieux sujet que le ciel leur avait 6. La jeune fille accepta avec bonheur, » les protestations, les prières et les larmes
frère et ".d'un oncle vénérable, prêtre et ne de Tours. Elle n'exigea, pour toute on, que la promesse d'être admise au e des religieuses de chœur dans le nouveau tère. L'avenir justifia parfaitement les
S n'en avait faits son directeur. Elle w us tard la première professe des Ursule Québec; et elle brille aujourd'hui dans foie monastique, à côté de ses illustres gnes, d'un éclat plus tempéré, mais non tendre et non moins touchant, sous le nom re de Saint-Ignace.