Cas. Sainte-Foi
LA MÈRE DE L'INCARNATION
fils et d'une nièce qu'elle avait laissés dans le siècle, exposés à de grands dangers.
Dès que son fils s'était vu refuser les portes de la Compagnie de Jésus, il s'était livré a un profond découragement, et n'avait plus songé qu'à disperser sa vie dans la dissipation. Les rêves de l'ambition fermentèrent dans son cœur; et il vint s'établir à Paris, où la faveur dont jouissait sa mère auprès de la reine Anne d'Autriche, lui ouvrait de séduisantes avenues. En effet, dés ses premiers pas, une illustre protectrice le prit par la main: la Duchesse d'Aiguillon lui promit un avancement rapide à la cour. Mais Dieu avait des desseins de miséricorde sur ce fils unique d'nne sainte; et au moment où le monde faisait miroiter à ses regards t>es plus chatoyantes séductions, un éclair, parti d'en haut, vint lui découvrir le précipice caché sous ces fleurs.
Un jour que, fatigué du tumulte de la grande ville, et retiré dans sa chambre, il lisait attentivement un traité de philosophie, il entendit soudain frapper vivement à sa porte. Aussitôt il se lève et va ouvrir; mais n'apercevant personne, il retourne tranquillement à sa lecture. A peine assis, il entend frapper de nouveau : il revient à la porte; mais sans découvrir ïa trace d'aucun visiteur. Le bruit se réitère une troisième fois, sans livrer plus de résultat à ses recherches. Frappé alors de cet appel étrange, le nouvel Augustin fait un retour sur lui-même; il reconnaît la voix du ciel, et demeure convaincu que c'est l'ange de sa sainte mère, qui lui apporte cet oracle de salut. Il n'hésite plus; n'achève pas même la page commencée, et va s'agenouiller aux pieds de l'ancien directeur de la Mère de l'Incarnation, Dom Raymond de Saint-Bernard.
Il lui dévoile les troubles de sa conscience au milieu de ses rêves d'ambition et d'avenir, lui raconte l'incident mystérieux qui la terrassé, et le supplie de lui indiquer la route où Dieu l'appelle. Le saint vieillard élève les yeux au ciel, rend grâces à Dieu, laisse tomber quelques paroles de vie ; et le jeune homme se relève consolé. Il venait de mettre une barrière infranchissable entre lui et le monde. Le lendemain ses parents et ses amis apprenaient avec étonnement qu'il avait quitté les brillantes livrées du siècle pour l'austère costume des enfants de Saint-Benoit. Il choisit entre les diverses branches de ce grand ordre, la Congrégation de Saint Maur, célèbre au dix-septième siècle entre toutes les familles monastiques, et que devait bientôt illustrer à jamais le savant Mabillon.
A la nouvelle de cette miraculeuse conversion, son heureuse mère ne put contenir dans son cœur les élans de sa joie, et épancha son bonheur dans une lettre admirable :
" Mon très-cher et bien-aimé fils,
"L'amour et la vie de Jésus soient votre héritage. Votre lettre m'a apporté une consolation si grande qu'il me serait impossible de vous l'exprimer. J'ai été tonte cette année en
de grandes croix à votre occasion ; mais enfin Dieu m'a donné le calme dans la croyance que son amoureuse et paternelle bonté ne perdrait point celui que j'avais abandonné pour sou amour. Votre lettre m'y a confirmée en m'annonçant ce que j'avais espéré pour vous, et bien au-delà de toutes mes espérances, puisque ea bonté vous a placé dans un ordre si saint, et que j'honore et estime infiniment. J'avais souhait^ • cette grâce pour vous, mais parce qu'il faut que les vocations viennent de Dieu, je ne vous en dis rien, ne voulant pas mettre du mien en ce qui appartient à Dieu seul.
il Vous avez été abandonné de votre mère et de vos parents ; mais dites-moi, maintenant, cet abandon ne vous a-t-il pas été avantageux?
Lorsque je vous quittai, n'ayant pas encore douze ans, je le fis avec des convulsions étranges (lui n'étaient connues que de Dieu seul. Mais il fallait obéir à sa divine volonté. H me promit d'avoir soin de vous, et alors mon cœur s'affermit pour surmonter ce qui avait retardé mon entrée en religion pendant dix années entières; encore fallait-il que la nécessité de le faire me fût signifiée par mon directeur, et par des voies que je ne puis confier à ce papier, mais que je vous dirais volontiers à 1 oreille. Je prévoyais l'abandon de nos parents, ce qui me causait mille croix; et ensuite l'infirmité humaine me faisait appréhender "votre perte.
" Lorsque je passai par Paris, il m'était facile de vous placer. La Reine, Madame la Duchesse d'Aiguillon, et Madame la Comtesse de Brienne, qui me firent toujours l'honneur de me regarder de bon œil, et qui m'ont encore honorée cette année de leurs lettres, ne m'eussent rien refusé. (Ici je dois remercier Madame la Duchesse d'Aiguillon du bien qu'elle a voulu vous faire.) Mais la pensée me vint alors que si vous étiez avancé dans le monde, votre âme serait en danger de se perdre ; et je me résolus de vous laisser une seconde fois entre les mains de la Mère de bonté, me confiant que puisque j'allais exposer ma vie pour le service de son Fils, elle prendrait soin de vous. Ne l'aviez- vous pas aussi prise pour Mère en entrant dans vos études ? Vous ne pouviez donc attendre d'elle u'un bien semblable à celui que vous posséez. Les avantages qui se sont présentés pour vous à Paris étaient quelque chose; mais Os étaient infiniment au-dessous de ceux que vous possédez à présent. .....
" Vous voilà donc dans la milice sacrée, mon" très-cher fils; au nom de Dieu faites état de la parole de Jésus-Christ, et pensez qu'il vous dit; celui qui met la main à la charrue et qui regarde derrière soi n'est pas propre au royaume des deux. Ce qu'il vous promet est bien plus grand que tout ce qu'on vous faisait espérer, et que vous ne devez estimer que bout • et fange pour acquérir Jésus-Christ, Votre glorieux patriarche Saint-Benoit vous en a donné
TROISIÈME EPOQUE
. .un grand exemple. Imitez-le, au nom de Dieu, . afin que mon cœur reçoive i la première Hotte k consolation d'apprendre que mes vœux offerts à la divine Majesté depuis vingt-et-un ans sans ! intermission, ont été reçus du ciel. Je vous | nie dans de saintes résolutions; c'est ce qui ; ne bit espérer que Dieu, qui a commencé cet ; «mage, tous donnera la persévérant . 11 ne 1 se passe pat de jour que je ne voua sacrifie à 1 «on amour sur le cœur de son bien-aimé fils: ' plaise à sa bonté que vous soyez un vrai holocauste tout consumé sur ce divin autel !
"J'ai une consolation très-sensible du bon souhait que vous faites pour moi du martyre.
Hélas! mon très-cher fils, mes péchés me priveront de ce grand bien : je n ai rien fait jus- K'ioi qui soit capable de gagner le cœur de eu; et il faut avoir beaucoup travaillé pour être trouvé digne de répandre son B;ui' pour Jêeus-ChrisL Aussi n'osé -je porter mes prétentions si bant; mais je laisse loirs sa bonté . immense, qui m'a toujours prévenue de tant Je faveurs. Je me donne à elle, et vous lui donne aussi ; et pour une bénédiction que von* me demandez, je la prie qu'elle vous comble de celles qu'elle a départies à tant de valeureux soldats qui lui ont gardé une fidélité inviolable.
" Si l'on me venait dire: votre fils est martyr, je crois que j'en mourrais de joie. Laissons l'aire ce Dieu plein d'amour ; il a ses temps, et il l'eradevous ce qu'il a déterminé d'en l'aire i de toute éternité. Soyez-lui fidèle, et il trouvera ! les occasions de faire de vous un grand sain! et un grand martyr, si vous obéissez à ses divins mouvements,, si vous vous plaisez" à mourir à vona-ménie, et si vous vous efforcez de suivre que tant de grands saints de votre . __l ont donné. Si Notre-Seigneiir vous accorde la grâce de faire profession, je vous prie de m'en donner avis, et aussi de quelle manière il voua a appelé, et quels moyens vous avez pris pour exécuter votre dessein. Enfin faites-moi' part de toi biens, qui, comme vous pouvez jugez -■•-■■■■* isolation tris-grande. Priez
pour moi j je voue visite en lui plniis le. jour, et sans cesse je parle de et à Marie. Adieu, i '
.'apportent u in Dieu pou
iJatuel
■>»» lasserais point de vous entrete «nais enfin il flwt finir, et
irès-cher fils;
dire adieu pour
"De Québec, le 4 septembre 1641." Ic-Jnae novice, ainsi éclairé par las conseils A» sa mère, et vivifié par ses ardentes prières, ""'* la crois avec amour, et fit des progrès
perfection. Il ' n noviciat dans un en( , , nourri de la grâce, ..
itm'WtttjoMi le joug des austérités et de la fBibfeaaaictine. A mesure que ce nouvel astre ■•ait rapidement au ciel monastique, la lu- ■••tlaTie 'rayonnaient dans l'ftmé si long- ■âaH-Toilée de la Mère de Pin carnation. Ses
peines intérieures s'évanouissaient ; la sérénité des anciens jours semblait vouloir reparaître, lorsque tout-a-coup la nuit se fit de nouveau sur ces clartés fugitives. La sainte comprit alors que son fils était en danger de ne pas consommer son sacrifice. Ses tortures internes lui en donnèrent même la conviction si intime, qu'un jour, quoiqu'aucun indice extérieur n'eût pu rien lui révéler, elle se vit obligée de sortir de table pendant le repas, et d'aller se prosterner au pied de l'autel, pour l'offrir, encore une fois, en holocauste à son divin Maître.
Elle apprit,, quelques mois plus tard, que d'anciennes dettes, que le jeune homme avait contractées dans le monde, avaient été un obstacle à sa profession.
Enfin il prononça ses vieux solennels, et s'élança avec une nouvelle ardeur vers les hauteurs ascétiques. Parvenu à une éminente sainteté, il fut promu aux premiers emplois de son ordre, contribua A la réforme de plusieurs abbayes, et mourut à Marinoutiers, le 9 août 1606, comblé d'oeuvres et de mérites, à l'âge de soixaute-dixsrpt ans, après avoir été quarante ans supérieur dans divers monastères de France. "
Cette première conquête était !p prélude d'une autre, non moins éclatante, et qui devait être la récompense et le terme de l'immolation volontaire de la Mère de l'I (.carnation. La iiëce qu'elle s'était offerte à racheter du inonde au prix de ses larmes, était un entant de cette sœur, dont elle avait partagé la vie et le.i travaux pendant son veuvage. Elle l'avait reçue dans ses bras, la première, a son entrée dans la et la première, elle l'avait offerte à Dieu.
Son âme s'était attachée à cette enfant, qu'elle
r ait bercée sur ses genoux et initiée à la
ace.
Devenue l'une des plus riches héritières de la Touraine, et lancée dans le siècle dès l'âge de seine ans, la jeune fille ne connut de la vie que les prestiges et les triomphes. Parée de l'éclat d'une beauté éblouissante, des charmes de l'esprit et d'une éducation parfaite, " elle était encore pins dangereuse pour le monde, que le monde ne l'était pour elle." * Elle se vit entourée d'nn cercle d'enthousiastes admirateurs, qni sollicitèrent son alliance. Aucun cependant n'avait pu captiver son coeur, lorsqu'un grand seigneur de la cour de Louis XIII, éperdu d'une passion aveugle pour elle, résolut de l'épouser
1. Après la mort de ■■ vénérable mire, la R. P. Dota Cluia Martin éorlvit khi histoire d'aprta les relations qu'aile avait tuiles par l'ordre de m directeur!. Il
Eiblia aaul un volutno de «et ". Uttrei tpù-inuUti «( •tarwiHVt" et d'autrei ouvrage» «imposés par elle, autre antres : VBcolt Saints ou Bxjiianian du Grand CaUtMnu, «t le Tarant* ds ses Retraitât.
Lss Ursallnas oomwromt plmisnn «nvoniri do bJenhanreaxfllsdalsariiiata, entre aatrei née oroût d'aï-
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* LA MÈRE DE L'INCARNATION
de îrré «>u de force. N'ayant pu triompher de l'opposition de .sa mère, restée veuve depuis une année, il eut recours a ia perfidie.
Un matin que la jeune rille se rendait à la messe, accompagnée seulement d'une servante, elle rencontra, au détour d'une rue déserte, un ! groupe de jeunes gens, qui lui livrèrent un étroit passage près d'un carosse arrêté devant eux. A l'instant où elle passait sans défiance, la portière s'ouvre, un bras vigoureux la saisit j et J'entraîne, évanouie, au fond de la voiture, qui disparaît comme un éclair, malgré les cris d ; alarme de la servante, qui appelle en vain à son secours. Qu'en se figure le désespoir de l'infortunée mère en apprenant l'enlèvement de sa fille. Elle invoque aussitôt le bras de la justice, et fait armer ses amis et ses domestiques pour aller délivrer son enfant. Le ravisseur la tenait enfermée dans un château, situé à la campagne, et muni d'une garde puissante. Il fallut livrer un assaut régulier à la place, qui ne j se rendit qu'après une défense désespérée. il Les termes de la capitulation furent que le vautour rendrait à sa mère la timide colombe, à condition qu'on lui laisserait à lui-même la liberté." Cependant la famille, indignée de l'attentat commis contre un de ses membres, poursuivit le gentilhomme devant le tribunal de la Tournelle, à Paris. La jeune fille fut présente au procès et plaida elle-même sa cause avec tant de chaleur et d'éloquence qu'elle enleva l'admiration du tribunal, et fit condamner le coupable à une forte amende.
Quelque temps après, un incident vint ranimer les espérances du gentilhomme: la mère de notre jeune fille mourut. Pour mieux assurer le succès de ses intrigues, il se glissa dans les faveurs du duc d'Orléans, et parvint à lui. persuader que celle qu'il recherchait lui était fiancée. Sous cette fausse impression, le prince écrivit au tuteur de faire justice* immédiate au jeune seigneur. Dans cette perplexité) le protecteur de l'enfant, qui était un des premiere-j magistrats de Tours, lui conseilla de se réfugier dans un des couvents de la ville. Elle choisit pour -asile ce monastère des Ursuliaea, qui avait été le cénacle d'où sa tante avait vu descendre sur elle l'esprit, d'apostolat, et qui était encore tout rempli du souvenir de ses vertus. Son persécuteur la poursuivit jusque dans ce sanctuaire. Il, sut si habilement intéresser la reine-mère à sa passion, qu'elle écrivit à l'archevêque de Tours en sa faveur. Mais avant de rien décider, le prélat voulut avoir une entrevue avec les deux jeunes gens, et il acquit la conviction que les prétentions du gentilhomme étaient aussi injustes, qu'injurieuses à sa victime. Le malheureux .désespéré se retira la rage dans le cœur et ia menace but les lèvres. Quant à la nièce de notre Mère, le cœur brisé par des commotions si violentes, et désormais désillusionnée d'un monde où les épines se cachent si près sous les fleurs, elle
retourna aux Ursulines, résolut de s'y ensevelir pour jamais. Et afin de n'être plus troublée ilans sa solitu<le, elle écrivit à la reine pour se mettre à l'ombre de sa protection. Anne d'Autriche fut charmée de ce naïf abandon : heureuse de lui ouvrir les. portes du cloître, elle défendit au jeune seigneur, sous les peines les plus graves, de jamais renouveler ses poursuites.
En revêtant le bandeau des vierges, la pieuse novice voulut prendre, comme un gage d'un bon augure, le nom qu'avait illustré sa tante dans ce même monastère. Cependant, dit la chronique.
Sœur Marie n'avait quitté le monde que par un mouvement de. sa propre volonté, et la vocation religieuse doit procéder d'une inspiration divine, à laquelle nul motif humain ne saurait suppléer; aussi éprouva-t-elie d'abord d'étranges tristesses. Le silence du sanctuaire pesait comme un plomb sur ses frémissantes épaules. Agenouillée contre ses larges dalles, son jeune cœur avait froid, et s'envolait sur les rayons vermeils qui descendaient des ogives en fleurs. Heureusement sa sainte tante priait et souffrait pour elle. Dieu ne put résister à de si touchantes supplications) avec le voile et l'habit monastique, il donna un autre cœur à la jeune Marie de l'Incarnation. Insensiblement ses intentions s'épurèrent; son âme, bercée au roulis des saints cantiques, s'endormit dans la douce quiétude de la prière ; et la solitude, qui lui avait causé tant d'effroi, s'épanouit sous les fortifiantes émanations de la
frace. Pour l'enchaîner plus intimement à lui, lieu l'éprouva par d'amères tentations, et même par des souffrances physiques. Ces traits admirables, qui avaient failli entraîner sa ruine, s'altérèrent, et, ajoute la naïve chronique, ces beaux yeux noirs, si mutinB durant sa vie mondaine, commencèrent à se voiler sous leurs larges paupières, donnant à sa physionomie cet air si modeste que l'on admire dans son portrait.
Ainsi arrosée par les eaux de w tribulation, cette terre si bien .préparée se couvrit d'une riche moisson de vertus. Toutes les croix et les épines se transformaient pour elle en délices; tapt la soif des souffrances était devenue ardente en sdn cœur. Son nom de religion, qui murmurait sans cesse £. son oreillede souvenir des vertus de sa tante, lui faisait demander incessamment ' à Dieu la grâce d'imiter un si parfait modèle. Elle entretenait avec sa bienfaitrice une. correspondance suivie où respirent la science profonde de la vie mystique et Ponction d'une angélique piété. Enfin aptes une longue vie d'héroïsme et de labeurs, elle alla rejoindre au ciel sa bien- : heureuse tante, qui depuis longtemps l'y avait ' précédée.
Jl a fallu anticiper sur l'ordre chronologique Jour suivre jusqu'à son terme la carrière de cette enfant oui avait été pour une si large pari ? dans les souffrances de la !qt$re qV l'Incarnation» La conversion dé son fils, qui avait précédé celle de sa nièce, avait apporté un grand adoucisse-
TROISIÈME ÉPOQUE
ment à ses peines intérieures. Mais ses dernières eh aines ne devaient tomber qu'après cette seconde
notoire.
Enfin, après sept ans de ces cruelles épreuves, le jour de la fête de l'Assomption, la Mère de l'Incarnation se sentit fortement inspirée de s'adresser à la sainte- Vierge. A peine . eut-elle jeté le premier cri d'invocation, qu'à l'instant, elle se vit soulagée ; il lui sembla qu'on lui enlevait de dessus les épaules un vêtement d'une excessive pesanteur; et il se fit dans la partie sensitive de l'âme comme un épanchement de paix, qui changea toutes ses amertumes en un fleuve d'amour.
Quelque temps après, à l'arrivée des vaisseaux d'Europe, elle apprit qu'à l'heure même où elle s'était vue parfaitement déchargée de ses peines, sa nièce avait pris le voile au monastère des Ursulines de Tours.
Tout se ressentit dans la servante de Dieu de cet heureux changement.
"Il me serait impossible de décrire le déluge
de paix, où mon âme se trouva plongée, dès
qu'elle se vit entièrement libre de ses Tiens, et
rétablie dans tout ce qu'elle croyait avoir perdu.
Non seulement elle voyait qu'elle n'avait fait
aucune perte, mais elle connaissait par expérience
qu'elle avait recueilli un très-grand amas de
trésors. Elle sentait que ce qui lui avait ôté la
vue du bien qu'elle possédait dans l'intime union
avec l'Epoux, n'avait été qu'une cendre qui
cachait son feu, et qui couvrait ses lumières, pour
son bien et son progrès dans les vertus solides.
" Envisageant cet état, je ne me pouvais lasser
de bénir Dieu de m'avoir fait passer par tant
d'épines. Je lui demandais pardon de ne lui
avoir pas été assjejs fidèle dans mes ténèbres, et
j'entrais dans une confusion, qui m'humiliait en
sa divine présence au-dessous de toutes choses..
Je louais et bénissais ce divin Sauveur en lui
disant avec le prophète: Il m 1 est avantageux
que vous mtayep *umtyc. (Ps, 118.) Et certes
pour tous ]es trésors, de la -terre, je ne voudrais
pu n'avoir point passé par.eet.état d'humiliation
oui me paraît (l'a* prix infini. H i»t semble que
y ai été dans ces cavernes de lions et de léopards,.
dont parle, r&pouftfl des Cantiques j et que pour
n'édfcpa» bjeiïpée.par leurs morsures, je me suis
sauvée dans las retraites de mon céleste Epoux,
c'est-fcdipMftiM If* «fliftte* et sacrées maximes
de l'Evangile, qui, comme des ./torrents de
richflstjft jQft/rçiilé en ffa; divine bouche.
l '9%M dfrj (&"** du<biea » ceux qui vqusfont
\ fa jnjaj, e/esfc une loi qtfij me semble avoir écritt,
dans jnpq oobut, avec une force et une impression
'outo^'amour. . Je l'expérimente dans Tes peeey
font, 90* ifn.me mortifiant, mais par une p#nfe
t une inclination qui m'y porte. Gomme j'ai
e affaires très-épineuses depuis que je suis au
Nt*44 et que J'fû été obligée de traiter avec
fetej èortes ô*e, personnes, ces divines maximes
Métfcmafcroeét mon soutien.''
La vertu de notre Mère fut soumise, vers la même époque, à une tentation d'autant plus dangereuse qu'elle était plus subtile et plus délicate. La necte pharisaïque des Jansénistes, qui, sous le manteau d'une doctrine austère, avait séduit en France tant de grands esprits, éblouit tant de hautes intelligences et déchiré les entrailles de l'Eglise, ambitionna la conquête de cette femme de génie, dont la réputation rivalisait avec la sainteté, et dont l'expérience dans les voix de Dieu égalait la science des plus grands maîtres de la vie spirituelle. Plusieurs de leurs chefs principaux lui écrivirent à diverses reprises; mais la Mère de l'Incarnation avait, selon le conseil de la Sainte-Ecriture, la prudence du serpent avec la simplicité de la colombe; et d'ailleurs sa piété était trop bien enracinée dans l'humilité et l'abnégation de soi-même, pour se laisser éblouir par leur brillants sophismes. Afin de couper court à leur insidieuses invitations, elle ne repondit à aucune de leurs lettres.