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Biographies d'artistes anversois

ans un travail spécial (i), nous avons retracé la belle carrière de notre savant ami feu M. l'avocat Théodore-François-Xavier van Lerius, archéologue distingué, né à Anvers le 31 mars 18 19 et mort dans cette ville le 21 avril 1880.

M. l'avocat van Lerius s'est fait un beau nom par ses recherches historiques et surtout par celles qui concernent l'histoire de l'école artistique d'Anvers. Ayant été à même de constater combien la mémoire de nos grands peintres avait souffert des fausses allégations d'auteurs tels que Campo Weyerman (2), Houbraken et cent autres, il s'était imposé la tâche grandiose et nationale de refaire leur biographie. A cet effet il avait formé une collection immense de renseignements puisés aux

(i) Levensschets van den advocaat Theodoor van Lerius, vooriUter der provinciale commissie van Graf- en Gedenkschriften ie tÂniwerpen, door P. Génard, secretaris der^el/de commissie. tAntwerpen, 1880. 75 blz. in-80.

{2) Voyez entre autres p. 261 du présent ouvrage.

meilleures sources, et, les preuves en main, il voulait rendre justice à nos maîtres célèbres.

On connaît ses biographies publiées depuis trente ans dans une foule de revues et surtout les belles notices qui ornent le Catalogue du musée d'Anvers.

M. VAN Lerius voulait plus : il nourrissait l'espoir de faire un ouvrage complet sur les artistes anversois. Voici ce qu'il écrivit en 1869 à notre ami commun, M. Adolphe SiRET, directeur du Journal des Beaux- Arts :

« Nous espérons, » disait-il, à propos d'une notice sur un tableau de Craesbeeck (i),« parler plus amplement ailleurs de cette œuvre d'art, car ces quelques pages ont été écrites par suite d'une circonstance particulière et pour prouver au public que nous ne sommes pas resté oisif depuis la publication du Supplément au Catalogue du musée d'envers, en 1863. Nous avons, au contraire, réuni, depuis cette époque, plusieurs volumes d'extraits d'actes de baptêmes, de mariages et d'enterrements de nos anciens artistes peintres, graveurs et statuaires, outre un nombre considérable de documents authentiques qui se rapportent à ces maîtres vénérés. Nous nous proposons d'utiliser une partie de ces découvertes, lors de la révision du Catalogue du musée d'envers. Après que nous aurons complété les autres, nous comptons en faire l'objet d'une publication spéciale qui comprendra un grand nombre d'artistes fort bien représentés partout ail-

(i) Journal des Beairx-Arts 1869, P- S^*

leurs que dans leur ville natale, ou dans celle de leur résidence préférée, lorsqu'ils avaient vu le jour en d'autres lieux que dans l'ancienne capitale du Saint Empire Romain. Nous aimerions bien faire entrer l'école d'Anvers en son entier dans notre plan, mais le nombre de maîtres distingués dans tous les genres qu'elle a produits est tellement considérable, que nous nous rendrions coupable d'imprudence à nos yeux, si nous voulions les comprendre tous dans nos recherches. Nous courrions grand risque de ne jamais pouvoir mettre en œuvre les matériaux considérables que nous avons déjà réunis. Rien n'empêchera d'ailleurs, lorsque ces pièces seront classées et rédigées en forme de biographies, d'aborder de nouvelles séries. »

Le temps a manqué à M. van Lerîus pour terminer son entreprise ; ce qui en reste est cependant assez pour faire l'objet d'une publication importante.

Nous ^ avons demandé et gracieusement obtenu de M'"^ van Lerius-Moons l'autorisation de publier l'œuvre posthume de son mari. Qu'elle veuille agréer l'expression de notre gratitude, pour l'occasion qu'elle nous a fournie de rendre un nouvel hommage à la mémoire d'un homme qui fut notre ami et notre collègue pendant une période de plus de trente ans.

En éditant ce travail, nous exprimons nos remercîments à nos amis MM. Max Rooses, conservateur du musée Plantin-Moretus, et Jos. Meulemans, attaché aux archives d'Anvers, du bienveillant concours qu'ils ont

bien voulu nous prêter dans la correction des épreuves.

Un mot encore : conformément aux statuts de la Société des bibliophiles anversois, l'ouvrage de M. van Lerius a été reproduit avec la plus rigoureuse fidélité ; la Société, tout en laissant aux auteurs l'entière responsabilité de leurs opinions, est d'avis qu'il faut permettre à celles-ci de se produire avec la plus grande liberté.

P. GÉNARD.

Henri ABBÉ (en flamand Hendrik ABBÉ).

jes auteurs qui se sont occupés jusqu'ici de I Henri Abbé, ne nous ont guère transmis de (détails relativement à cet artiste. J.-R. Fuessli, un des premiers qui en aient parlé, se borne à dire qu'il gravait sur cuivre à Anvers, vers 1670, et que Christ a publié sa signature. Elle se compose des lettres H. A. réunies et fut reproduite en 181 6, par Michel Bryan.

Nous nous sommes efforcé de combler, autant que possible, les lacunes de la biographie de ce maître et nous livrons au public le résultat de nos investigations. Le 9 décembre 1634, fut célébré dans l'église de Jacques, à Anvers, le mariage de Claude, ou, comme on disait alors, Claude Abbé, avec Élisabeth van Noorde, dont le nom est écrit fautivement van Horne. L'acte, qui en fut dressé, constate que les époux étaient étrangers à la ville, le mari y est qualifié de Dolais (Dolanus), la femme de Louvaniste. Le sacrement leur fut conféré avec dispense de tous les bans et en \ertu d'une commission spéciale du vicaire-général de l'évêché vacant, le célèbre Aubert le Mire [Auhertus Mimus). Le motif de l'octroi de ces faveurs, nous est révélé par le registre des baptêmes de Jacques, qui nous apprend que le 8 décembre 1634, c'est-à-dire la veille même de leur

mariage, Claude Abbé et Élisabeth van Noorde firent tenir sur les fonts leur enfant François. Il eut pour parrain Ignace van Caukercken, fils du relieur Lambert van Caukercken et de Gasparine Verreycken, qui fut reçu en qualité de relieur et de fils de maître, dans la gilde de Luc à Anvers, en 1648-1649. La marraine était Gertrude van Noorde, qui se fit représenter par Élisabeth Cuypers.

Le second fils de Claude Abbé et d'Elisabeth van Noorde fut baptisé dans la cathédrale, quartier sud,' le 27 mai 1636. Il reçut le nom de Joseph et épousa en ou vers 1656, Anne-Marie van Geelbergen. Il en eut neuf enfants de 1657 à 1674, mais comme nous n'avons pas découvert qu'ils intéressent l'histoire de l'art, nous les passons sous silence.

Les deux derniers rejetons du mariage de Claude Abbé reçurent le baptême dans la même église. Henri, notre artiste, le 28 février 1639; il eut pour parrain Henri van Leemput, pour marraine Catherine Coenraerts, personnes qui nous sont entièrement inconnues. Marie, la sœur de Henri, le i^"" août 1643.

Claude Abbé se fit recevoir en 1644-1645, dans la gilde de S' Luc, en qualité de marchand d'objets d'art (Joandelaer') ; le compte de la corporation lui donne par erreur le nom de Claude Labe (Glauden Lahe). Le paiement de sa dette mortuaire est renseigné dans le compte de la gilde du 18 septembre 1652 au 17 septembre 1653 ; il ^st décédé par conséquent à cette époque.

Henri, son fils, fut reçu le 16 novembre 1659 membre de la sodalité des céUbataires, érigée chez les jésuites d'Anvers.

La première trace que nous rencontrions du labeur

artistique de celui-ci est le dessin du portrait du peintre Pierre van Bredael, qui fut gravé sur cuivre par Conrard Lauwers (i) pour le Gulden cahmet de Corneille de Bie. On sait que cet ouvrage parut à Anvers, en 1662. Cette effigie, comme M. Adolphe Siret l'a fait observer avec raison, est exécutée dans le grand style d'Antoine van Dyck. Nous ajouterons qu'elle le fut sans doute en 1661 et que c'était un brillant début pour un jeune homme de vingt-deux ans. Elle a été une deuxième fois gravée sur cuivre par Conrard Waumans, petit in-folio.

Le nom de Henri Abbé est inconnu dans le Liggere et les comptes de la gilde de Luc, à Anvers. Cet artiste a-t-il cultivé la peinture, comme le suppose l'auteur cité en dernier lieu ? Une découverte faite par notre ami M. Alexandre Pinchart, chef de section aux archives générales du royaume de Belgique, à Bruxelles, doit faire résoudre affirmativement cette question. Le registre des inscriptions des artistes bruxellois mentionne effectivement au 13 juillet 1676, l'admission du peintre Abbé, dont il ne donne pas le prénom. Mais si l'on rapproche de ce fait la publication de la traduction des Métamorphoses d'Ovide, par Pierre Du Ryer, qui eut Heu dans la même ville, l'année suivante et qui parut avec des gravures auxquelles Abbé avait travaillé, il nous paraît indubitable que c'est bien lui que le registre a voulu désigner.

(i) Conrard et non Conrad Lauwers, fils de Nicolas, graveur de mérite, doyen de la gilde de Luc en 163 5-1636, et de Marie Vermeulen, fut baptisé dans la cathédrale d'Anvers, quartier sud, le 20 juin 1632. Voyez : P. Génard, Les grandes familles artistiques d'Anvers, dans la Revue d'histoire et d'archéologie, Bruxelles 1859, tome I, p. 320. Le prénom est erronément écrit Conrad.

Mais ce qui fait disparaître tous les doutes, c'est que M. Pinchart a trouvé dans des pièces de procédure du conseil de Brabant, qui reposent aux archives générales du royaume de Belgique,, à Bruxelles, qu'en 1671, Henri Abbé, peintre et architecte (schilder ende arcUtect) , fit un modèle pour les chandeliers que le chapitre de S^^ Gudule voulait placer sous les statues des apôtres. Ces documents nous font connaître une nouvelle quaUté d'Abbé, celle d'architecte et nous apprennent qu'il exerçait son art dans la capitale des Pays-Bas catholiques, avant de s'y être fait recevoir franc-maître. Du reste, ses tableaux sont tellement rares qu'un de nos peintres, qui fait depuis plus de quarante ans le commerce d' œuvres d'art, nous a donné l'assurance qu'il n'en a jamais rencontré un seul. Il est impossible, dans cet état de choses, d'affirmer si Abbé a peint plutôt le portrait que tout autre genre.

Il est assez singuHer que notre artiste ayant pubUé des gravures à Anvers, en 1670, ainsi que le rapporte Kramm, son nom ne figure pas dans le Liggere. Nous ignorons le motif de cette omission. Toutefois pour qu'on ne nous soupçonne pas d'oubli, nous dirons que notre registre d'inscriptions mentionne en 1 673-1 674 celle d'un Henri, miniaturiste (yerlichter) dont il ne fait pas connaître le nom patronymique. L'artiste qu'elle concerne est qualifié de franc-maître, tandis que Henri Abbé était fils de maître, mais le Liggere n'étant pas toujours un modèle d'exactitude, il n'est pas impossible qu'il s'agisse de lui dans ce passage. M. le docteur Jules Meyer nous a signalé dans une note qu'il nous a communiquée, l'existence de dessins attribués à notre artiste et datés de 1677.

Nous n'avons rencontre à Anvers aucune trace de mariage, ni d'enfants de Henri Abbc dont la date de décès nous est inconnue. Le maître vivait peut-être encore en 1702, année dans le courant de laquelle parut à Amsterdam, chez P. et J. Blaeu, une nouvelle édition de la traduction des Métamorphoses d'Ovide de Pierre Du Ryer, ornée de gravures de notre artiste et de Pierre- Paul Bouche. (Communication de M. le docteur Jules Meyer.) Henri Abbé est mort probablement à Bruxelles. .

Depuis la rédaction de cette biographie, nous avons pris connaissance de la traduction française des Métamorphoses d'Ovide, mentionnée ci-dessus. Les planches d'Henri Abbé, qu'elle renferme, sont fort inférieures à son portrait de Pierre van Bredael. M. le docteur Meyer cite dans Y Allgemeines Kilnstler-Lexicon (I, 12) les estampes suivantes gravées d'après les dessins d'Abbé : Ulysse tuant les amants de Pénélope, par Frédéric Bouttats (le vieux), et une femme qu'on délivre de ses liens, par le même.

Deux monogrammes différents de notre maître sont reproduits aux pages 11 et 12 du tome I de l'ouvrage cité.

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Pli. Rombouts et Théod. Van Lerius : Les Liggereii et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, sous la devise : Wt ionsten versaemt, IL — J.-R. Fuessli : Allgeiitciiies Kûnstler Lexicon, Zurich, mdcclxxix. — C. Kramm. — Biographie nationale de Belgique, I, etc.

Gautier "ABTS (en flamand Wauter ABTS.) (1582 ? — 1642-T643.)

uelques auteurs ont supposé que Valère ou Gautier Abts est né à Lierre, petite ville peu éloi2;née d'Anvers. Les leçons que cet artiste donna à Adrien de Bie, qui avait vu le jour dans cette partie de la Campine, ont probablement fait naître cette opinion. Q.uoiqu'ii en soit, et encore que nous ayons recueilli des preuves de l'existence à Lierre d'une famille Abts, à la fin du XVP siècle, nous n'en croyons pas moins que le peintre dont nous nous occupons dans cette biographie est venu au monde à Anvers. Voici nos preuves à 'défaut d'un acte de baptême, que nous n'avons pu découvrir et qui trancherait la question. Il existait dans l'ancienne capitale du marquisat du S* Empire romain, où, comme nous le verrons, notre coloriste a commencé et achevé ses études artistiques, une famille Abts, dont nous avons trouvé dès 1567, des traces dans les anciens registres de nos paroisses. Ainsi nous avons découvert à la date du 5 décembre de cette annéelà, l'acte du baptême conféré dans l'église de S* André, à Jeanne, fille de Pierre Abts, qui fit présenter à Georges, le 4 décembre 1569, son enfant Barbe. Une autre collation du premier des sacrements, qui eut lieu dans cette église, le 12 août de cette même année 1569,

nous a fait connaître qu'à cette époque déjà existait à Anvers, un Valère ou Gautier Abts. C'est lui, en effet, qui fut parrain ce jour-là de Susanne van Veltbraken, fille de Corneille, peintre en bâtiments, qui avait été reçu, en 15 59-1560, dans la gilde de Luc comme fils de maître. Nous croyons que cela suffit à la démonstration de notre thèse.

En quelle année notre artiste est-il né?

Nous croyons qu'il est venu au monde en ou vers 1582, et probablement dans la paroisse de S*- Georges, où nous avons relevé quatre baptêmes de la famille Abts, depuis 1569 jusqu'en 1586, tandis qu'à cette époque, la cathédrale en avait reçu un seul et que toutes les autres paroisses de la ville n'en mentionnent aucun. Les registres de baptême de S*^ Georges des années 1579 à 1582 font défaut à la collection de l'hôtel de ville. On sait qu'à partir du 3 avril de cette dernière année jusqu'après la reddition d'Anvers à Alexandre Farnèse, duc de Parme, en 1^85, les actes de mariage et de baptême de toutes les paroisses ont été transcrits uniquement dans les livres de la cathédrale. Nos recherches nous ont appris, en outre, que plusieurs enfants ont été baptisés à cette époque, dans la maison paternelle, et que la mention de ce fait n'a eu lieu plus tard qu'exceptionnellement dans les registres de leurs églises respectives.

Ce qui nous fait croire que Valère ou Gautier Abts est né en ou vers 1582, c'est la date de son inscription en quahté d'élève du peintre Guillaume de Vos, inscription que le Ligo-erc mentionne en 1593-1594- Abts aurait eu onze à douze ans à cette époque, et c'était généralement vers . cet âge que nos anciens artistes com-

mcnçaicnt leur apprentissage. Disons ici en passant que son maître Guillaume de Vos était petit-fils de Pierre de Vos, le vieux, et fils de Pierre de Vos, le jeune, tous deux peintres, et neveux de Martin de Vos, le vieux, peintre célèbre ; c'est ce qui résulte d'un acte reçu par les échevins d'Anvers, le 5 août 1606. Antoine van Dyck a exécuté à l'eau-forte le portrait de Guillaume de Vos, et sa planche fut achevée par Scetsélon (Schelte) de Bolsv^ert.

Abts fut reçu franc-maître en 1 604-1 605. Aucun auteur n'a mentionné jusqu'ici les branches dans lesquelles il s'exerça. Nous sommes heureux de pouvoir combler cette lacune, grâce à une communication que nous a faite, dans le temps, M. Pierre-Antoine VerHnde, peintre et restaurateur de tableaux. C'est de lui que nous savons que Valère ou Gautier Abts exécutait avec talent des conversations et des paysages.

Cet artiste épousa dans l'égHse de S* Georges, le 10 décembre 1605, CornéHe de Mellelo, en présence de Jean de Mellelo et d'un prêtre, neveu de celui-ci (cum mpote sacerdote). Dans l'acte qui en fut dressé, le prénom d'Abts est écrit Falerius. Les registres de nos paroisses mentionnent quatre enfants issus de son mariage : 1° Jean-Baptiste, tenu sur les fonts de l'église Jacques, le 28 juin 1608, par Jean de Mellelo et Antoinette de Mellelo. L'acte quaUfie le père de signor et la mère de mademoiselle (juffrou) ; 2° Marie, baptisée à Georges, le 21 juillet 16 10; parrain Jérôme Garibaldo, marraine Susanne Groenrys. Ce Garibaldo avait épousé, dans ladite éghse le 3 janvier 1609, Françoise de Mellelo et fut père du bon peintre Marc- Antoine Garibaldo, d'après une découverte de notre ami, M. P. Génard, archiviste

de la ville d'Anvers. Quant aux Groenrys, le nom de cette famille d'artistes se rencontre plusieurs fois dans les registres d'inscriptions de la Gilde de S* Luc.

3° Une seconde Marie, baptisée dans la même église le i^'' février 1620 ; parrain Lancelot Boot; marraine Antoinette de Mellelo. Nous ignorons la cause de cette lacune de dix ans, entre la naissance du deuxième et du troisième enfant d'Abts.

4° Françoise, baptisée dans la cathédrale (quartier sud), le 12 février 1624. Cette enfant eut pour parrain le célèbre peintre Guillaume de Vos, le maître de son père, et pour marraine Françoise de Mellelo, dont nous avons parlé ci-dessus. L'acte nous apprend qu'Abts demeurait, à cette époque, dans la rue du Jardin des arbalétriers {Schuttershofstraet), à l'enseigne de S* Quentin. Il s'agit ici sans doute de la maison qui avait appartenu autrefois à notre vieux Quentin Massys.

Les archives de la corporation de Luc mentionnent la réception de huit élèves à l'atelier de Gautier Abts. Ce sont: 1° Mathias ou Matthieu Machielsen, inscrit en 1604-1605, l'année même de la promotion de Gautier à la franc-maitrise ; 2° Léonard Coymans, en 1 606-1 607 ; 3° Frédéric van Gelder ou van den Gelder, le 2 août 16 17, admis comme franc-maître en 1620; 4° Michel Giskeir, en 16 17-16 18 ; cet apprenti n'était pas en état de payer les deux florins 1 6 sous de son droit d'inscription, Abts se porta sa caution envers la gilde ; 5° Alexandre Pourre, en 1622-1623, franc-maître en 1631-1632; 6° Gilles van Haelbeeck, en 1 628-1 629 ; 7° PhiHppe Garibaldo en 1629-1630; 8° Corneille Bocx, en 1634-

Comme on le voit quelques-uns de ses élèves ne sont

pas mentionnés comme franc-maîtres et ceux qui reçurent ce titre sont restés inconnus dans l'histoire de l'art. Est-ce à tort ; est-ce avec raison ? Question insoluble et qui le devient de plus en plus, aujourd'hui que des spéculateurs en tableaux font disparaître de ceux-ci toutes les signatures d'artistes inconnus qu'ils y rencontrent.

Outre ces apprentis, Abts en eut un qui devint célèbre à bon droit. C'est Adrien de Bie, né non en 1594, date inscrite sur la gravure de son portrait, exécutée par Luc Vorsterman, le jeune, d'après Pierre Meert, mais un an plus tôt. Nous avons découvert en effet, dans les registres de Gommaire, à Lierre, qu'Adrien de Bie, qui était fils de Jean et de Marguerite Ceulemans, a été baptisé dans cette égHse le 3 octobre 1593, et nous pouvons donner l'assurance qu'aucun autre enfant de ces nom et prénom n'y a été tenu l'année suivante.

H. de Pooter qui a écrit, dans le Gulden cabinet de Corneille de Bie, l'éloge du père de cet auteur, nous apprend à la page 232 de cet ouvrage, que Gautier Abts fut le premier maître d'Adrien et à la page 230, que celui-ci partit, à l'âge de 18 ans, pour Paris, où il alla demeurer et continuer ses études auprès de Rodolphe Schoof, peintre de Louis XIIL C'est généralement à l'âge de dix à douze ans, comme nous l'avons dit, que nos anciens maîtres commençaient l'apprentissage de leur art. Nous pouvons conclure de cette observation, que de Bie se sera présenté à l'ateHer de Gautier Abts entre 1603-1605 et puisqu'il avait atteint l'âge de 18 ans, à l'époque de son départ pour Paris, nous croyons, ce nous semble avec fondement, qu'il quitta son premier maître en 161 r. Il est assez singulier que ni le

Liggere, ni les comptes de la gilde de Luc ne mentionnent l'inscription d'Adrien de Bie, comme élève. Ce n'est pas du reste la seule omission que nous ayons rencontrée dans les archives de la célèbre corporation, même dans les années qui nous sont parvenues sans lacunes.

Gautier Abts décéda entre le i8 septembre 1642 et le 18 septembre 1643 ; c'est à cette époque, en effet, que le compte de la gilde Luc mentionne le paiement de sa dette mortuaire.

Sources : Registres de baptêmes et de mariages des anciennes paroisses d'Anvers et de Lierre , conservés à l'état civil de ces villes. — Ph. Rombouts et Théodore Van Lerius : Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Luc sous la devise : Wt ionsten versaeint, tomes I et II. — Cornelis de Bie : Het gulden cabinet van de edele vrij schilder-const .

Alexandre ADRIAENSSEN (en flamand Alexander ADRIAENSSEN) (1587-1661).

ans la seconde moitié du xvi^ siècle vivait à Anvers, un excellent compositeur de musique, nommé Emmanuel Adriaenssen. Le titre d'une de ses œuvres nous apprend qu'il était né en cette ville, dans laquelle furent publiés en 1584, en 1592 et en 1600, les recueils de pièces qu'il avait arrangées pour le luth, dont il jouait avec la plus grande habileté. Feu F.-J. Fétis, directeur du conservatoire royal de musique de Bruxelles , a consacré une notice à cet artiste, dans la deuxième édition de sa Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, ainsi que dans la Biographie nationale. Nous lui avons emprunté les renseignements qui précèdent et que nous aurions bien désiré compléter par l'indication de la date exacte de la naissance d'Emmanuel Adriaenssen ; mais les recherches que nous avons faites à cet égard sont restées sans résultat.

Notre musicien contracta mariage^ à une époque qui nous est inconnue, et d'après le rit des réformés, avec Sibylle Crele ou CreUn, fille de Paul et d'Hélène Schyfeli, de Nuremberg, veuve de Michel Ysebout. La leçon

Crele a été lue par M. le chevalier Léon de Burbure, dans un contrat reçu par les échevins d'Anvers, qui lui a appris la filiation de la femme d'Emmanuel Adriaenssen. Son acte de mariage passé plus tard, en face de l'église catholique, et que nous avons découvert, comme tous ceux que nous analysons dans le cours de cette biographie, porte Grelin, sans la moindre possibilité de contestation. Ce document combiné avec les baptêmes catholiques qui la suivirent , constate que les époux s'étaient unis à la protestante et qu'ils se convertirent à leur ancienne religion. Ils firent présenter aux fonts de l'église Jacques, à Anvers, le 17 janvier 1587, Alexandre Adriaenssen, leur premier-né. Cet enfant, qui devait devenir un peintre célèbre, eut pour parrains le capitaine Properce Bacotsy (sic ; Baccocchi ?) de Bologne, et Jean-Baptiste Lockny, également Bolonais, et pour marraines, Marie Steelant et Claire Gabri. L'acte de baptême donne au père la qualification de signor, qui n'était pas prodiguée à cette époque.

Un second enfant naquit à Emmanuel Adriaenssen et fut tenu sur les fonts de ladite égfise le 21 avril 1588. Il y fut nommé François et présenté par François Balbani, descendant d'une famille itaUenne, et par Catherine Verhoeven. Son frère Emmanuel reçut le premier des sacrements à S^ Georges, le 28 août 1589; l'acte de baptême indique deux parrains, Jean van der Linden et Gérard van Hildernissen, mais il ne fait pas connaître le nom de la marraine.

Le i^"" septembre de cette même année 1589, Emmanuel Adriaenssen et Sibylle Crele ou Grelin se présentèrent dans leur ancienne église paroissiale de S^ Jacques, pour y recevoir la bénédiction nuptiale de la main d'un

prêtre catholique. L'acte qui en fut dressé nous apprend que la cérémonie eut pour témoins Monsieur Conrard, dont le nom patronymique n'est pas indiqué, et Matthieu Goris. Il nous dit, en outre, que les époux étaient, à cette époque, paroissiens de Jacques, et qu'ils furent réconciliés avec l'église catholique.

Leur fille Hélène fut baptisée à Jacques, le 23 septembre 159 1, et eut pour parrains Gabriel de Hase et le signor Jacques de Regibus, dont le nom véritable se cache probablement sous cette appellation latine, et pour marraine PauHne Engels. Hélène Adriaenssen décéda le 21 janvier 1600 et fut enterrée dans l'église où elle avait reçu le sacrement de la régénération. Ses deux plus jeunes frères, Vincent et Nicolas, y furent également présentés, le premier, le 14 mars 1595, par Mathias Jansen et Adrienne Tulyncx (Tolincq?). Le second, le 6 juin 1598, par le signor Nicolas Deodoricus (Diercxsens ?) et Ursule Tibanti. On voit qu'Emmanuel Adriaenssen, qui était, à cette époque, capitaine de la garde bourgeoise,, avait de bonnes relations avec les familles italiennes étaWies à Anvers. M. Fétis nous avait appris déjà qu'il dédia son Pratum musicum à Balthasar de Robiano, bourgeois et marchand d'Anvers, issu d'une famille ultramontaine.

Nous avons cru ne pas devoir négliger ces détails, quoiqu'ils ne concernent qu'indirectement l'artiste dont dont nous allons nous occuper de plus près, parce qu'ils font connaître sa famille, qui était des plus honorables. Cela résulte suffisamment des noms des répondants insérés aux actes de baptême, et des qualifications dont ces documents font précéder leurs noms, et que nous avons «généralement omises. Un autre motif encore nous

a porté à les livrer à l'impression. Nous n'ignorons pas, en effet, qu'à notre époque, on recueille avidement, pour les publier, les lettres et autres écrits d'hommes célèbres. Mais nous savons aussi que ces documents, lorsqu'ils se rapportent à la vie privée de leurs auteurs, sont souvent obscurs pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec l'entourage de ceux-ci. Malheur alors à l'éditeur, lorsqu'il ajoute des notes au texte qu'il a eu la chance de découvrir, car il s'expose aux mécomptes les plus singuliers; nous en avons vu des exemples récents et bien instructifs.

Nous retournons à l'artiste qui fait l'objet de cette biographie. Alexandre Adriaenssen fut inscrit, en 1597- 1598, dans le Liggere de la gilde de S' Luc, à Anvers, comme élève du peintre Artus ou Arnould van Laeck ; le nouvel apprenti était âgé, à cette époque, de dix à onze ans. Il fut reçu franc-maître en 1610-1611 ; le document cité le qualifie, à cette occasion, de peintre à la détrempe {waterschildcr), tandis que le compte de la corporation lui donne sa dénomination de peintre, sans autre addition. Cette singularité dans les deux documents se remarque également lors de l'admission de Jacques Jordaens à la franc-maîtrise. Elle n'empêcha ni l'un ni l'autre de ces artistes de manier la peinture à l'huile, aussi bien qu'à la détrempe, avec l'habileté la plus étonnante. Il n'est pas probable qu'Alexandre Adriaensen ait passé treize à quatorze ans dans l'ateher d' Artus van Laeck; il est permis de supposer qu'une fois ses études terminées, il aura entrepris quelque voyage. Mais ce qui est certain, c'est que le maître a subi, comme la généralité de ses contemporains, l'influence de cet incomparable génie qui avait nom Pierre-

Paul Rubens. Ses œuvres le démontrent de la manière la plus incontestable.

Notre artiste ne tarda pas à s'engager dans les liens du mariage. Il épousa dans la cathédrale, le 20 février 161 1, du consentement des vicaires généraux de l'évêché vacant, et moyennant la dispense de deux bans, Marie Zeeldrayers. Les époux eurent pour témoins Adrien Mertens, probablement le peintre de ce nom, et Jean van Hove. Nous ne croyons pas nous tromper, en affirmant que Marie Zeeldrayers n'était autre que l'enfant baptisée dans la cathédrale, le i décembre 15 91, sous le nom de Madeleine, fille d'Abraham Zeeldrayers et d'Anne van der Manen, dont le nom patronymique n'a pas été indiqué dans l'acte : mais il se trouve écrit en toutes lettres dans le registre des mariages de l'église

Georges, au 2 juillet 1577, ^^^^ l'union des parents de Marie. On sait, en effet, que le nom complet de la grande pécheresse convertie est Marie-Madeleine. Marie Zeeldrayers avait eu pour répondants Martin Cordier et Barbe Byns, Elle accoucha, en 161 5, de son premier enfant, qui fut tenu, le i février, sur les fonts baptismaux de Jacques, par Adrien Mertens, le témoin du mariage de notre artiste, et par EHsabeth Tielens. Cette marraine lui imposa son prénom.

Alexandre Adriaenssen continuait d'habiter la paroisse de Jacques; il fit baptiser dans l'église de ce nom, le 22 février 16 17, son fils Pierre, qui eut pour parrain le célèbre peintre de batailles, Pierre Snayers, et pour marraine Catherine Zeeldrayers. Les autres enfants y reçurent également le premier des sacrements : Claire, le 15 février 16 19; parrain, Biaise van Overschie, marraine, Claire Smidtz. Ce Biaise van Overschie ne forma

probablement qu'une personne avec Biaise van Oversee, amateur et marchand de tableaux, qui fut reçu franc-maître de S* Luc en 1622-1623. Emmanuel, le 18 novembre 1620; parrain, Vincent Adriaenssen, frère d'Alexandre, marraine^ la signora Isabella Brant, première femme de Pierre-Paul Rubens. Jacques, le i janvier 1623; parrain, Jacques van Sevenhoven, brodeur, franc-maître de Luc, en 1609-16 10, marraine, Catherine Dekens. L'acte constate que les parents du petit Jacques habitaient le Wapper, dans le voisinage duquel demeurait alors le chef de l'école flamande.

Le sixième et dernier enfant d'Alexandre Adriaenssen et de Marie Zeeldrayers reçut le nom de Catherine et fut tenu sur les fonts, le 18 mars 1625, par Adrien Diericx et Catherine Dekens, qui rendit pour la seconde fois ce service à la famille de la petite fille.

Alexandre Adriaenssen ouvrit en 163 2- 1633 son atelier à un élève nommé Philippe Milcx. C'est le seul apprenti de notre peintre que mentionnent les archives de la gilde de S* Luc, qui sont muettes sur l'admission à la franchise de Milcx. Son maître se fit recevoir, la même année , dans la chambre de rhétorique de la Giroflée {Violiere) dont il se retira dès 163 3-1634.

Notre artiste ne s'occupait pas seulement de la peinture des objets inanimés; il y joignait celle des armoiries. C'est ce qui résulte d'une attestation qu'il délivra le 20 juin 1656, à la requête de Martin Biel, gentilhomme et capitaine réformé au service du roi d'Espagne. Alexandre Adriaenssen prend dans cet acte, qui fut reçu par le notaire Antoine de Costere, à Anvers, la qualité d'artiste-peintre et de peintre d'armoiries (constschilder ende wapenschilder). Il y déclare sous le

serment prêté en mains de cet officier public, qu'il a peint, en 1650, à la demande de feu Othon Biel, chevalier de YHabito de Christo, conseiller et maître des requêtes au conseil de Brabant, les armoiries qui sont longuement décrites dans l'acte et qui étaient celles de ce magistrat. Adriaenssen les avait exécutées sur une grande feuille de parchemin blanc, et lorsqu'il la revit, en 1656, il y lut l'octroi de ces armes, délivré â Madrid, le 7 août 165 1, par le roi d'Espagne Philippe IV.

Adriaenssen s'était fait déjà, à une époque antérieure, un nom dans la peinture des armoiries. C'est ce que prouve l'ordre donné par le magistrat d'Anvers, le 21 mars 1635, à Jacques Breugel, trésorier et receveur de la caisse des consommations, de payer au maître la somme de 3 5 florins pour le renouvellement de la peinture des armes du pays qui ornaient les arcs de triomphe. Ces arcs étaient érigés à l'occasion de l'entrée triomphale du cardinal infant Ferdinand, dans notre ville (i).

Notre maitre signa cet acte qui fut rédigé en flamand, Alexsander Adrieansen, fournissant ainsi la preuve qu'il s'entendait mieux à la peiijture qu'à l'orthographe (2). Antoine van Dyck était lié d'amitié avec Alexandre Adriaenssen. Il peignit le portrait de notre artiste, que reproduisit le burin du graveur anversois Antoine van der Does, élève d'un des deux Jean-Baptiste Collaert. La figure du maître, qui est tournée en pleine lumière vers la droite du spectateur, est fort belle, pensive et em-

(1) P, Génard. Anhuerpsch ArchievenUad. VII, 14.

(2) Minutes du notaire Antoine de Costere, aux archives de la \rille d'Anvers, année 1656^ p. 41 verso.

preinte d'une certaine mélancolie. Elle est ornée de moustaches et d'une impériale, et au-dessous des cheveux légèrement bouclés d'Adriaenssen, on distingue son oreille droite savamment dessinée. Il est vêtu d'un justaucorps noir, sur lequel est rabattu son col blanc, et drapé dans un manteau également noir, d'où se détache sa main droite, exécutée comme le savait van Dyck. La gravure de cette effigie fait le plus grand honneur à van der Does. L'inscription : Alexander Adriaenssen, florvm, avivm et piscivm pictor excellens Antverpiœ, nous apprend les genres dans lesquels se distingua l'artiste. Il convient toutefois d'ajouter aux fleurs, aux oiseaux et aux poissons, qui y sont énumérés, les fruits de nos jardins et les objets inanimés en général, tels que les vases, les verres à vin, etc. Mais, quoique le maître peignît tous ces sujets avec une merveilleuse entente du clair-obscur, une grande légèreté et transparence, et d'un ton argentin et fin, c'est surtout dans la représentation des poissons qu'il rem.porta ses plus beaux succès. Un dessin spirituel et correct ne contribue pas médiocrement, du reste, à relever l'éclat de son coloris. Aussi ne faut-il pas s'étonner que Rubens possédât deux de ses tableaux, l'un représentant des oiseaux, l'autre, un panier de fruits.

Avant de passer h l'analyse de quelques œuvres de notre artiste, il nous reste à dire, d'après M. Kramm, que notre excellent portraitiste François Denys peignit l'effigie d'Adriaenssen, qui fut encore reproduite par le burin d'Antoine van der Does.

Il y a peu d'années, le musée d'Anvers ne possédait aucune production de l'homme remarquable qui fait l'objet de cette biographie. Cette lacune fut heureusement comblée, en 1867, par la société Artihus Patrice, érigée

trois ans auparavant dans l'intention principale d'y faire représenter ceux des maîtres de l'école des bords de l'Escaut, dont les œuvres y font défaut. Le tableau d'Adriaenssen a pour sujet des poissons et des oiseaux morts, gardés par un chat qui redoute une alerte. Voici la composition de cette oeuvre d'art : sur une table sont étalés un églefin, un brochet, une carpe, des huîtres, des crevrettes, des écrevisses de la Meuse, des ablettes et un hareng saur. Un chat brun s'est constitué le gardien de ces mets succulents. Les griffes appuyées sur les ablettes, il paraît se douter d'une surprise et attend, les oreilles tendues et d'un œil inquiet et courroucé, une visite importune. Derrière cet animal est posé un grand bassin surmonté d'un tamis de cuivre, dans lequel se trouve un hareng, et qui repose sur une écumoire. Un plant d'artichauts se dessine de ce côté sur le fond du tableau. Près du bassin, une corbeille à jour remplie de doucette, sur laquelle se détachent deux oignonettes. Plus loin, un petit panier plein d'oiseaux morts, parmi lesquels on distingue une bécasse, un pinson mâle, etc. Fond brun.

Ce tableau bien composé est remarquable par sa belle entente du clair-obscur, sa transparence et son ton argentin. Les fruits et les animaux y sont exécutés avec une égale perfection, mais la palme revient toujours aux poissons. En offrant ce chef-d'œuvre à la ville d'Anvers, pour en enrichir son musée, la société Artibus Patrice a eu le bonheur de réunir en un seul cadre tous les genres dans lesquels Adriaenssen s'est distingué.

L'auteur de cette biographie possède aussi un tableau et une étude de ce maître. Le premier représente des objets inanimés. Sur un tapis bleu est posé un plateau

d'argent, dans lequel sont étalés deux artichauts, dont l'un est découpé : un couteau au manche richement orné, qui a servi à cette opération, est placé sur ce plateau. On remarque plus loin une belle cruche de grès avec son couvercle d'étain, un verre délicatement ouvragé et rempli aux trois quarts de vin rouge, un second verre vide est posé à côté du premier, un vase d'argent finement ciselé et dont le pied est orné de deux figurines. Près de là, un rafi'aîchissoir de cuivre jaune, également ciselé, et reposant sur des pattes de Hon, rempli en partie d'eau, et dans lequel plonge un plant d'artichauts. Au pied de ce vase, un petit pain blanc. Fond noir. Ce tableau très transparent et finement peint, est signé ainsi sur la table : Alex. Adriansen /. 164J.

Notre étude représente une grive et un martin-pêcheur, attachés chacun par une patte à une ancre à quatre crochets. Fond brun nuancé; la lumière est concentrée sur la grive. Le maître a été satisfait de cette œuvre exécutée sur papier, actuellement marouflé, puisqu'il l'a signée : Alex. Adrieanssen fecit. Et il y avait de quoi.

Ces signatures de l'artiste prouvent que, comme plusieurs autres de ses contemporains, il n'était pas très sûr de l'orthographe exacte de son nom, qui, du reste, n'a jamais été écrit avec Vs final, que quelques auteurs y ajoutent.

Jacques van der Sanden, secrétaire de l'ancienne académie royale d'Anvers, n'a guère connu de détails relatifs à notre artiste. Il a soupçonné toutefois que la date arbitraire de naissance, 1625, indiquée par Jean- Baptiste Descamps, devait être avancée de quelques années. Il cite, du reste, un tableau de notre peintre, représentant du gibier mort, des bouteilles, des verres

et d'autres objets inanimés, signé : Alex. Adriaenssen 164^], sans en indiquer le propriétaire.

Corneille de Bie mentionnant Adriaenssen, dans son Gulden cabinet, parmi les artistes qui vivaient de son temps, van der Sanden en a conclu qu'il existait encore en 1662, date de l'approbation de l'œuvre de l'artiste lierrois. Nous verrons plus loin que l'un et l'autre auteur se sont trompés.

Le musée de Berlin possède trois tableaux de notre maître, dont un daté de 1647; la collection royale de Madrid en a quatre.

Alexandre Adriaenssen, qui fut un de nos artistes les plus féconds, décéda le 30 octobre 1661, dans sa soixantequinzième année. Il fut enterré dans l'église de S* Jacques, à Anvers, sous la pierre sépulcrale de son aïeule maternelle Hélène Schyfeli, qui recouvrait déjà sa sœur Hélène. L'inscription de cette pierre, ornée autrefois d'armoiries, actuellement usées, est ainsi conçue :

Hier leet begraven de eerbare JovFFR. Helena Schyfeli van

NORENBVRCH STERFT DEN I3 MEERT A.° I595

Helena Adriaensen dochter van Emanuel Adriaensen sterft den 21 Ianwari A.° 1600 ende den eersamen Alexander Adriaensen sone van Emanuel Adriaensen sterft den 30 october A.° 1661

BlDT VOOR DE SIELEN (l) (i) Traduction : A Dieu très bon, très grand. Ici est enterrée l'ho-

Corneille de Bie, qui n'a su aucune particularité de la vie d'Adriaenssen, s'est sagement contenté de faire connaître les genres dans lesquels il s'exerçait. Arnould Houbraken ne fait pas même mention de l'artiste, et Campo Weyerman ne dit que quelques mots des sujets qu'il affectionnait. Descamps supposa arbitrairement qu'il était né en 1625, mais il avoua ne connaître ni le lieu, ni l'année de sa mort. Feu notre professeur d'histoire et ami, Félix Bogaerts , trouva l'année 1685, indiquée dans nous ne savons quel livre, comme celle du décès d'Adriaenssen. Il réimprima cette fausse date, qui fut reproduite. Après la publication du tome I de son Esquisse d'une histoire des arts en Belgique, depuis 1640 jusquà 1840, que lui-même condamnerait aujourd'hui au pilon, nous avons vu l'unique Alexandre Adriaenssen devenir une double personne, qu'on nomme le vieux et le jeune. C'est à ce dernier qu'on applique la date de naissance supposée par Descamps, et celle de décès repubUé par Bogaerts. Le vieux a été donné comme élève à Artus van Laeck; on nous dit qu'il vivait au xvii^ siècle et que ses productions ont poussé au noir.

Cette critique ne saurait s'appliquer aux tableaux de notre maître, qui étant peints avec une extrême transparence, peuvent bien avoir subi l'effet des crasses du temps, mais ne sauraient avoir noirci, n'ayant pas été exécutés sur des toiles, panneaux, etc., chargés de mauvaises préparations.

norable Demoiselle Hélène Schyfeli, de Nuremberg, morte le 13 mars de l'an 1595. Hélène Adriaensen, fille d'Emmanuel Adriaensen, décédée le 21 janvier de l'an 1600. Et l'honorable Alexandre Adriaensen fils d'Emmanuel, mort le 30 octobre de l'an 166 1. Priez pour leurs âmes.

Nous croyons inutile de démontrer, après ce qui précède, qu'Alexandre Adriaenssen, fils de Jacques, baptisé dans l'église de S* Jacques, à Anvers, le 17 mars 1576, n'a de commun que ses nom et prénom avec l'artiste célèbre à qui est consacrée cette biographie.

Sources : F.-J. Fétis, ouvrages cités ci-dessus, au mot Adriaensen. — Registres des paroisses d'Anvers, conservés à l'état-civil de cette ville. — Ph. Rombouts et Théod. van Lerius : Les Li^geren et autres archives historiques dé la gilde anversoise de Saint Luc, sous la devise : JVt ionsten versaemt, tome I, pp. 399, 460 et 471. tome II, pp. 41 et 44. — Inscriptions funéraires et moîinmeniaïes de la province d'Anvers, églises de Jacques, de S^^ Wallmrge et de Georges, p. 160. — C. Kramm : Aanhangseî, etc.

Théodore AENVANCK (en flamand Theodoor AENVANCK) (1633-1...?).

oici un peintre inconnu à tous les rédacteurs de dictionnaires et de vies d'artistes, et qui n'en mérite pas moins d'occuper une bonne place parmi nos maîtres du xvii^ siècle. Avant de nous occuper de lui spécialement, nous allons faire connaître sa famille.

François Aenvanck et Anne Brouwers, qui est aussi parfois nommée de Brouwer, se marièrent à Anvers, dans la cathédrale (quartier nord) le 23 mars 1625. Ils eurent pour témoins Théodore Aenvanck (i) et Henri Brouwers ou de Brouwer, sans doute leurs pères. Leur union donna le jour aux six enfants suivants, qui furent tous tenus sur les fonts baptismaux du même quartier de Notre-Dame : 1° Marguerite, le 15 décembre 1625, par Théodore Aenvanck et Marguerite Brouwers ; 2° Rebecque, le 30 mars 1628, par Henri Brouwers, le vieux, et Rebecque Essincx ; 3° Jacques, le 9 juin 1630, par Jacques Brouwers et Elisabeth de Graci ; 4° Susanne, le 24 février 1632, par Marcel Librechts et Susanne Cools;

(i) Le texte dit : Dieric, mot qui signifie parfois Thierry ; mais que nous traduisons ici par Théodore, après avoir comparé entre eux tous les actes qui concernent la famille Aenvanck.

5° notre Théodore, le 30 novembre 1633, par Théodore Aenvanck et Marie Peeters ; 6° Marie, le 3 août 1636, par Guillaume Plesant et Marguerite van Eyck. Elle épousa le 8 octobre 1667, dans la cathédrale (quartier sud), Godefroid Jouret. Ce mariage eut pour témoins Théodore Aenvanck, frère de la fiancée, et Nicolas a la Barbe. Le nom de ce dernier et celui de Marcel Librechts, parrain de Susanne Aenvanck, qui appartenaient tous deux à des familles considérées de notre ville, nous font croire que les Aenvanck jouissaient de l'estime publique (i).

Théodore, notre artiste, fut inscrit comme apprenti peintre, dans la giide de Luc, en 1 647-1 648 ; il avait alors de 14 à 15 ans. Malheureusement le peintre Matthieu Musson, le vieux doyen, à cette époque, a négligé de nous apprendre le nom de son maître. Nous croyons toutefois probable qui celui-ci ne fut autre que le célèbre Jean de Heem. Aenvanck ne fut admis à la franchise de la corporation qu'en 1669- 1670, lorsqu'il avait atteint l'âge de 36 à 37 ans. Cela fait supposer, à bon droit, qu'il avait fait entretemps un voyage, afin de se perfectionner dans son art (2).

Théodore Aenvanck épousa le 15 mars 1671, dans la cathédrale (quartier nord), Marie Michielsens, en présence de Jean Biesmans et de Nicolas Michielsens. Les

(1) Ce Marcel Librechts fut successivement aumônier (1654), receveur (1661-1662) et trésorier (1663-1666) d'Anvers. Il avait épousé Marie de Schott, qui mourut le 30 septembre 1662. Il la suivit dans la tombe, le 22 mai 1689. Inscriptions funéraires et momimentaJes de la province d' Anvers, Anvers, église cathédrale, p. 261.

(2) Les Lig^eren et antres archives historiques de la giJâe de 5^ Luc, transcrits et annotés par Ph. Rombouts et Th. van Lerius, avocat, t. II, pp. 189, 190, 394, 398.

tuturs avaient obtenu la dispense de deux bans et du temps clos.

Ils eurent trois enfants : les deux premiers furent tenus sur les fonts baptismaux dans le môme quartier de Notre-Dame, le dernier, à André. i° Théodore, le 23 avril 1672, par Pierre van der Ast, négociant (i), et Marguerite Aenvanck, tante de l'enfant ; 2° Abraham, le 20 avril 1674, par Abraham de Setter, qui reçut en 1687- 1688, la franc-maîtrise de S* Luc, en quaHté de fils de maître et de marchand d'œuvres d'art (2), et Anne de Pooter; 3'' Madeleine, le 3 mars 1676, par Pierre Auwelier, artiste-peintre (3), et Madeleine Michielsens.

Nous ignorons la date du décès de Théodore Aenvanck; les comptes de Luc ne mentionnent pas la recette de sa dette mortuaire.

C'est un tableau peint sur toile et appartenant à M. van Cutsem-Molyn, vice-président du Tribunal de première instance d'Anvers, qui nous a révélé le talent de notre maître. En voici la description. Au milieu d'une table couverte d'un tapis de couleur verdâtre foncée, est posé un plat d'argent chargé de quatre abricots, dont trois picotés ; près de là, d'autres abricots, des prunes bleues et une grappe de raisins blancs. A droite, un melon entamé, un autre melon et des prunes rouges, dont une attachée à une branche, un citron découpé et

(1) Il décéda le 2 novembre 1676 et fut inhumé dans la cathédrale. Inscriptions citées^ ihid., p. 308.

(2) Liggeren cités ^ t. II, pp. 521, 529.

(3) Apprenti peintre en 1658-1659, chez Josse Danieel, francmaître en 1669- 1670, la même année que Théodore Aenvanck. Liggeren, t. II, pp. 295, 297, 394, 398.

une huître ouverte. Plus loin, une corbeille renfermant des abricots, des pêches, des raisins rouges et blancs. Les pêches se détachent sur une draperie bleue foncée.

On distingue au-dessus de ces fruits, des feuilles de vigne, de Herre et de prunier, à ces dernières adhèrent quelques prunes. Des papillons sont posés sur les branches; un d'eux voltige entre celles-ci.

Ce tableau de chevalet qui se distingue par sa transparence, est peint sur un de ces fonds noirâtres qu'affectionnaient nos anciens peintres de fleurs et de fruits, pour fliire mieux ressortir leurs compositions. C'est une production de talent dans laquelle on remarque surtout la £icture des raisins blancs, du melon entamé, de l'huître et des feuilles, parmi lesquelles en excellent une de vigne et une de Herre.

Cette belle peinture est signée : Theodoor Aenvanck 1653. On a lu parfois 1658, mais nous croyons, après vérification, que la première date est exacte. L'artiste avait 20 ans, à cette époque !

Il est heureux que cette toile n'ait pas passé par les mains de certains marchands d'objets d'art, car ces fripons en auraient indubitablement fait enlever la signature, pour la vendre comme l'œuvre de Jean de Heem. La description des tableaux du prince Liechtenstein, à Vienne, signale en ces termes laconiques, une seconde production de notre maître : « Différentes sortes de raisins, avec des huîtres à côté. Peint sur toile, haut 14 pouces, sur 10 de largeur (i) ».

(i) Description des tableaux et des pièces de sculpture, que renferme la galerie de Son Altesse François-Joseph, chef et prince régnant de la maison de Liechtenstein, etc., etc. Vienne, 1780, p. 41, 98. L'auteur anonyme de ce livret a lu Aenvanick au lieu d' Aenvanck.

Théodore Aenvanck étant resté inconnu jusqu'à ce jour, était un des artistes que M. Philippe Rombouts et nous aurions dû éliminer des Liggeren, d'après le conseil qui nous en a été donné publiquement (i). Plus nous travaillons aux biographies des peintres, plus nous sentons l'imprudence impardonnable que nous aurions commise, en suivant de semblables errements.

Nous ne doutons pas qu'Aenvanck ait pratiqué la peinture des fleurs ; mais nous ignorons s'il a cultivé encore d'autres genres. (2)

(1) Préface des Liggeren, t. I, p. 11.

(2) Cette notice est datée du 13 décembre 1872.

Henri-Joseph ANTONISSEN (en flamand Henricus-Josephus ANTONISSEN) (1737-1794.)

elchior Antonissen, né à Anvres, en 1697 et Marguerite-Thérèse Moerenliout, qui vit le jour, vers la même époque à Hemixem, village des environs de cette ville, furent les parents de l'artiste dont le nom se trouve en tête de cette biographie. Ils s'étaient mariés dans la cathédrale d'Anvers, quartier sud, le 13 février 1730. C'étaient des boutiquiers aisés, dont naquirent sept enfants, qui furent tous baptisés dans le même quartier de l'église-mère de notre ville. 1° Corneille, le 16 janvier 1732; 2° Marie-Cornélie, le 15 octobre de ladite année ; 3° Jean-Baptiste, le 7 novembre 1733 ; 4° Pierre-Joseph, le 29 janvier 1735. Celui-ci entra dans l'ordre de S^ Dominique, fut revêtu du titre de docteur en théologie et remplit les fonctions de prieur de son couvent et de préfet de la confrérie du S' Rosaire. C'était un prédicateur de mérite, comme le prouvent ses sermons et ses méditations, souvent réimprimés, et que distinguent, d'après feu M. le baron Jules de Saint Génois, « un style généralement élevé, assez pur et exempt de gallicismes » . Il décéda le i mars 1808 ; 5'' Henri-Joseph, peintre-graveur, le 9 juin 1737; parrain, Henri Huysmans, marraine, Madeleine Kockaert;

6° Marie-Thérèse, le 30 avril 1740 ; 7° Melchior, le 17 juin 1742.

Henri-Joseph Antonissen fut reçu, en 175 2- 1753, dans l'atelier du peintre Balthazar Beschey, le vieux ; il en sortit franc-maître de la gilde de Luc, en 175 5-1756, et fut proclamé, le 9 mars 1758, premier du cours de dessin d'après le modèle vivant, ouvert à l'académie d'Anvers, le 10 octobre 1757, et qui avait été fréquenté par cinquante et un concurrents.

La chambre de rhétorique le Rameau d'Olivier ( Olijftak), • unie à la gilde de Luc, ayant repris, en 1761, ses exercices dramatiques, Antonissen y remplit les premiers rôles dans plusieurs comédies.

Un des débuts du maître dans la peinture fut un tableau d'autel, destiné à une égHse de l'ordre des Dominicains, qu'il exécuta du temps que son frère Pierre-Joseph était lecteur en philosophie au couvent d'Anvers. L'artiste ne tarda pas à s'apercevoir que son talent ne l'appelait pas à représenter les figures de grandeur naturelle, mais trouvait un aliment plus convenable dans la reproduction des paysages. C'est pourquoiil se rendit aux champs et se mit à dessiner les beaux sites qu'arrose la Meuse, et les parties boisées de sa patrie. Ses premiers essais dans ce genre ayant attiré sur lui l'attention des connaisseurs, il fut appelé en 1762- 1763, à rempHr les fonctions de doyen de la gilde de

Luc. Antonissen fut attaché en 1765 à l'académie de sa ville natale en qualité de sous-directeur et consentit à y donner à tour de rôle, avec quatre autres anciens premiers, les leçons de dessin, d'après les modèles de plâtre, leçons interrompues depuis trente ans environ. Il voulut bien, l'année suivante, reprendre ce cours gratuit.

dans lequel il était secondé cette fois, par six anciens lauréats.

L'artiste avait épousé entretemps, le 4 novembre 1765, dans la cathédrale, quartier nord, avec dispense d'un ban, Catherine-Joséphine Raeydemaeckers, fille de Gaspard-Joseph et de Jeanne-Marie Quinar, baptisée à

Jacques, le 27 juin 1735. Elle avait par conséquent dépassé la trentaine, quoique l'acte de mariage la dit âgée de vingt-huit ans, comme son conjoint. La femme d'Antonissen était veuve de Pierre-Barthélémi van Alten, décédé d'après son inscription sépulcrale, dans l'église des Dominicains, à Anvers, le 7 juillet de la même année 1765. Elle donna le jour à huit enfants dont les deux premiers furent baptisés dans la cathédrale, quartier nord, et les autres à S* Jacques : 1° Jeanne-Catherine- Joséphine, le 6 août 1766; 2° André-Engelbert-Xavier, le 29 août 1767; nous en reparlerons; 3° Catherine- Jeanne-Marie, le 15 décembre 1768; 4° Marie-Thérèse, le 14 janvier 1770; 5° Jacques-Jean, le 8 février 1772 ; 6° Françoise-JacqueUne, le 14 mars 1773 ; 7° Isabelle- Joséphine, le 25 avril 1774; 8° Thérèse-Jeanne, le 13 juillet 1776.

Antonissen se fit recevoir dans la sodalité des mariés, dirigée par les jésuites d'Anvers ; il fut nommé consulteur de cette congrégation, le 28 mai 1767, et son mandat fut renouvelé le 12 mai de l'année suivante.

Ce maître peignit le paysage avec un talent remarquable ; il l'étoffa de bétail, dont il avait appris à bien saisir les allures et à rendre la structure et la robe. Nous pouvons signaler comme un exemple de son application à cet égard, une étude de notre collection, qui représente une tête de mouton reproduite dans sept poses différentes,

avec beaucoup d'originalité. Le maître réussissait moins bien dans la représentation de la figure humaine, à moins qu'il ne la peignit dans de très minimes proportions.

Ses tableaux représentent des chasses, des pêches et d'autres occupations champêtres, parfois aussi des scènes de l'histoire sacrée et profane, qu'il lisait assidûment, soit en flamand, soit en français, car il avait appris cette langue, chose assez rare à cette époque.

A en juger par une aquarelle, peinte en 1767 et qui orne le livre à dessins (Printboek') de la confrérie de l'administration des malades, dite : Viertiendaegsche- Berechting, à S* Jacques, Antonissen n'avait guère de vocation pour la représentation des sujets sacrés. Celui qui nous occupe, nous fait voir le Sauveur qui remet à S* Pierre les clefs du royaume des cieux, en présence des autres apôtres. Quoique quelques-unes des figurines qui composent ce groupe laissent beaucoup à désirer, il serait injuste de dénier toute espèce de mérite à celles qui les entourent, mais de l'ensemble résulte la conviction que l'auteur n'était guère appelé à reproduire les événements de l'histoire sainte. Par contre, le ciel et un paysage rocailleux, qui ornent cette aquarelle, sont peints avec talent et donnent une idée avantageuse du maître.

Antoine Varendonck, cinquante-unième abbé de S^ Michel, à Anvers, décédé le 8 décembre 1771, fut un des protecteurs de notre artiste. A l'époque où ce prélat faisait disposer en meilleur ordre le magnifique cabinet de tableaux de son abbaye, il s'enquit d' Antonissen, non sans un certain air de méfiance, s'il oserait entreprendre l'exécution d'un paysage qui servirait de pendant à un chef-d'œuvre de Jacques Xavery. Le maître répondit respectueusement par l'affirmative et son tableau ayant

été achevé, fut placé à côté de celui de Xavery et surpassa tellement l'attente qu'on en avait conçue, que Varendonck lui paya un prix plus considérable que la somme promise, lors de leur première entrevue.

En ce temps-là les belles tentures de cuirs dorés étant passées de mode, plusieurs amateurs les remplacèrent par des séries de tableaux, ' qu'ils commandèrent à nos artistes et qui prenant naissance à quelques pieds de terre, couvraient les murs de leurs appartements jusque près des voûtes.

Surchargé de travail, Antonissen refusa en 1769 de peindre dans un de ces salons, des paysages qu'André- Corneille Lens aurait étoffés de figures. Il consentit néanmoins à orner de vues champêtres, animées de sujets de sa composition, une grande chambre de la maison, rebâtie depuis, de M. Pierre-M.-J. de Bruyn, aumônier, à Anvers.

Tandis que les œuvres du maître étaient fortement recherchées, il admit dans son atelier plusieurs élèves à qui il donnait à préparer les fonds de ses tableaux et qu'il faisait aussi travailler d'après ses esquisses. C'est à cette époque qu'ayant résolu d'embellir ses œuvres de bétail à cornes, il alla, pendant l'été, étudier d'après nature, dans les prairies. Il avait achevé quelques tableaux dans ce genre, en 1772, lorsqu'il reçut la visite d'un seigneur français, qui lui donna un bon prix d'une toile représentant trois bêtes à cornes et deux figurines humaines. L'auteur expédia cette peinture en France, après en avoir fait tirer une copie par Balthazar-Paul Ommeganck, son meilleur élève.

Antonissen fut nommé pour la seconde fois doyen de la gilde de Luc en 1772-1773. L'impératrice Marie-

Thérèse ayant, par son règlement du 20 mars de cette dernière année^ détruit l'antique organisation de la dite corporation, en dispensant les artistes d'en faire partie, notre maître se considérant comme déchargé de ses fonctions, fit présenter requête au magistrat d'Anvers, à l'effet de pouvoir rendre compte de son administration. Cette demande fut accueillie, et sa gestion, qui clôturait par un boni, approuvée le 4 juin de la même année. Nous regrettons que l'artiste ait mis tant de hâte à se retirer d'un corps si illustre et qui avait jeté, pendant trois siècles, tant d'éclat sur sa ville natale. Il se peut, du reste, que la multitude de ses occupations ne fut pas étrangère à cette détermination.

Quoi qu'il en soit, la peinture que le maître avait envoyée en France, ayant été vue à Paris par plusieurs amateurs et, entre autres, par M. Boullogne, conseiller d'Etat du roi Louis XV, cette œuvre d'art conquit leurs suffrages. M. Boullogne en conçut même le désir de posséder quelques productions d'Antonissen et lui fit commander deux tableaux de chevalet, par l'entremise de M. Jean-Augustin van der Cruyce, qui fut plus tard second bourgmestre (binnen-burgemeester) d'Anvers. Cette demande ayant été satisfaite, Antonissen fut honoré de la lettre suivante, dont la copie nous a été conservée par Jacques van der Sanden, le secrétaire de l'ancienne académie d'Anvers :

« A Paris, ce 8 juin 1773.

» Vos tableaux. Monsieur, ont été vus avec plaisir. Je suis chargé de vous en demander quatre, dont deux pour le père de M'^ de Boullogne, qui a épousé cette année à Bruxelles M"^ Walkiers ; et deux pour Madame

Geoffrin, l'amie de tous nos artistes français. M"" van der Cruyce a dû vous prévenir à ce sujet. J'ai désiré aussy, que si votre tems vous permettoit de me faire deux tableaux d'après nature de quelques paysages de Flandre auprès de votre ville^ cela me ferait très grand plaisir. J'en ai encore un autre à vous demander. J'ignore s'il y a beaucoup de dessins originaux de l'école des Pays-Bas du dernier siècle dans les cabinets des amateurs. Si vous pouviés à quelques ventes ou autrement m'en procurer successivement une douzaine, soit paysage, soit marine ou autres, je vous serois sensiblement obligé. J'espère vous procurer d'autres occasions de faire connaître vos talents, il me reste à vous remercier de les avoir employés pour moy. ... et à vous renouveler les assurances de tous les sentiments distingués avec lesquels je suis. Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

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