‹ Biographies et portraitsChapitre 8 sur 31 · C.-M. DE SALABERUY · texte numérisé non relu

C.-M. DE SALABERUY

berry de son succès, dans un ordre général, et rendit hommage à la loyauté et au courage de la milice. Les Canadiens- Français durent être surpris ; c’était la première fois qu’ils s’entendaient dire des choses agréables parles représentants de la couronne anglaise.

La campagne de mil huit cent-treize fut plus sérieuse ; les Américains, honteux de leur échec, s’étaient préparés à frapper un grand coup sur Montréal, qu’ils considéraient comme la clef du pays. La défaite de Proctor, en Haut- Canada, par le général Harrison, exalta leur enthousiasme et jeta avec raison le Bas-Canada dans l’effroi.

La situation devenait critique.

Deux armées, fortes chacune de sept à huit mille hommes, marchaient sur Montréal, l’une, sous les ordres de Hampton, par lç lac Champlain, et l’autre, commandée par Dearbôrn et Wilkinson, descendait de Kingston. A ces dix-sept mille hommes le Bas-Canada ne pouvait opposer que trois mille soldats et miliciens.

La lutte parut un instant impossible.

11 fallait un homme assez habile pour empêcher la jonction des deux armées américaines et capable de suppléer au nombre par la prudence et la valeur, d’accomplir un prodige, s’il le fallait. La patrie en danger avait besoin enfin d'un sauveur, d’un héros, elle le trouva : — c’était le lieutenant-colonel de Salaberry. Il accourt, prend le devant avec quatre cents voltigeurs, rencontre Hampton, culbute ses avant-postes à Odeltown et le poursuit jusqu’à Four Corners, tombe sur lui avec une poignée d’hommes et le remplit de terreur.

Après plusieurs jours de marches et de contre-marches, Hampton reprenait, le vingt et un octobre, sa course en avant sur les bords de la rivière Chàteauguay, que de Salaberry immortalisait, le vingt-six, par une victoire à jamais mémorable.

Inutile de donner des détails de cette bataille si souvent racontée et célébrée par l’histoire, l’éloquence et la

poésie. Qui n’a senti battre son cœur au récit de cette lutte glorieuse où trois cents Canadiens-Français délirent sept mille Américains? Qui ne sait que tout l’honneur de cette victoire appartient au brave colonel de Salaberry, que le succès de nos armes en ce jour célèbre fut le résultat de l’habileté avec laquelle il sut disposer ses forces et fortifier sa .position, et de la bravoure qu’il déploya pendant la bataille ? Avec quel enthousiasme les derniers survivants de la poignée de braves qui partage avec lui l’honneur de ce triomphe, racontent les faits éclatants de leur héroïque colonel ! Ils le représentent, avant la bataille, cherchant, exploitant toutes les ressources que le terrain, la rivière et la forêt pouvaient lui offrir, faisant de chaque arbre, de chaque pierre un retranchement, un abri pour ses troupes, frappant du pied la terre pour en faire jaillir des éléments de victoire. Et lorsque la bataille est commencée, ils le montrent entraînant ses braves voltigeurs à sa suite; dominant le bruit de la bataille des éclats de sa voix ; présent sur tous les points à la fois ; multipliant le nombre de ses soldats par la rapidité et la précision de ses mouvements ; dispersant un instant ses forces et les ralliant soudain pour tomber sur un point où on ne l’attendait pas; faisant faire un bruit de trompettes et pousser des cris effrayants ; employant mille ruses pour étourdir, surprendre l'ennemi, et lui faire croire qu’il avait à combattre des milliers d’hommes ; donnant, enfin, l’exemple d’un courage, d’une bravoure que le danger semblait grandir, bravant les balles avec cette héroïque insouciance qui l’avait illustré sur les champs de bataille de la Martinique et de la Guadeloupe.

La bataille dura quatre heures. Hampton, croyant avoir affaire à une armée de six mille hommes, se retira après avoir eu une centaine d’hommes tués et blessés, et reprit à la hâte le chemin des Etats-Unis ; et lorsque Wilkinson, qui attendait au pied du Long-Sault le résultat de la bataille, apprit la fatale nouvelle, il jugea à propos de se retirer.

Le Bas-Canada était sauvé ; les Américains, découragés,

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