‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 158 sur 533 · PRISE DE BOULOGNE PAR LES ANGLAIS (14 SEPT · texte numérisé non relu

PRISE DE BOULOGNE PAR LES ANGLAIS (14 SEPT

l’'abandonner et l'approche de l'hiver décidèrent Charles-Quint à battre en retraite et à ouvrir les négociations qui aboutirent à la paix de Crépy, le 18 septembre 1544".

€ La France délivrée de la crainte des Impériaux, il restait seulement à pourvoir à la guerre contre les Anglais”. » François Le n'avait pas su, en effet, conserver l’alliance anglaise qui, depuis le traité de Moore (11 août 1525), avait été la base de sa politique dans sa lutte contre l'Empereur. Mécontent de l'appui prêté par la France aux Ecossais, du refus de payer les sommes et pensions promises par les traités de 1525, 1527, 1529, enfin du rapprochement de François [# avec son rival, où les ambassadeurs impériaux eurent l’habileté de lui faire voir une menace contre lui-même, Henri VII avait signé, le 11 février 1543, un traité d'alliance avec Charles-Quint. Dans une addition à sa première rédaction, Monluc, s'inspirant de du Bellay, a fait allusion à ce traité. « Ces deux grands princes, ajoute-t-il de son cru, avoinct party, à ce qu’on disoict, le royaulme, comme le marcquis de Gouast raconta au sieur de Termes, et despuis je l’apprins d’un gentilhomme anglois à Boulogne. » Le traité ne tendait, en effet, à rien de moins qu’au démembrement de la France. Henri VIII, en vertu de prétendus droits que lui avaient légués ses ancêtres, devait avoir le royaume de France en entier, ou tout au moins la Normandie et la Guienne; Charles-Quint prendrait la Bourgogne et les villes de la Somme. C’est pour exécuter ce traité qu’en juin 15/4 une armée anglaise avait débarqué en France, commencé le siège de Montreuil, puis fait celui de Boulogne, qui capitula le 14 septembre. Monluc, adoptant l’opinion de du Bellay, a flétri la trahison de Jacques de Coucy, sieur de Vervins, qui, laissé dans la place par son beau-père Oudart du Biez, l’aurait livrée aux Anglais $. Cette opinion est celle de

1. Une copie du traité se trouve aux Archives départementales de la Gironde, B292, TorTavo.

>. Relation de Marino Cavalli, 1546, dans ArsÈri, sér. 1, p. 264.

3. Rvmer, Fœdera..…., XIV, 768. — Les circonstances qui déterminèrent ce traité ont été exposées dans la thèse manuscrite de GEORGES SALLES, Guerre et négociations entre François 1er et Henri VIII du traité de Crépy au traité d'Ardres (septembre 1544-juin 1546), Introduction.

A. C'est-à-dire quinze jours et non, comme le dit Monluc, trois ou quatre jours avant l'arrivée du dauphin et de l’armée chargée de reprendre la place. © 5. Il était lieutenant de la compagnie de du Biez, d’après un mandement au

presque tous les contemporains. Il est juste de remarquer que, rappelant ce fait dans sa Remonstrance au roy. en son nom personnel cette fois, Monluc a simplement parlé du «peu d’expérience » de Vervins'. Ce jugement, plus modéré, paraît plus équitable. Vervins semble bien n'avoir été coupable que de faiblesse. Lorsqu'il capitula, il n'avait plus ni poudre, n1 boulets, et la place avait dû essuyer cent quarante mille coups de canon *. Toujours d’après du Bellay, Monluc a fait allusion au procès de Vervins et à son exécution sous le règne de Henri II. Mais, dans la grande revue qu’il passe au livre VI des « charités » célèbres prêtées de son temps, il a pris chaleureusement la défense de du Biez qui, impliqué dans l'affaire de son gendre, faillit aussi être décapité3. Son témoignage est sur ce point confirmé par la revision qui fut faite du procès et la réhabilitation des deux victimes par lettres patentes de Henri IT, de septembre 1575. Débarrassé par la conclusion du traité de Crépy des graves soucis que lui avaient causés l'invasion des Impériaux, « s’estant une si grande force esvanouie », François I** donna lPordre au dauphin de marcher vers la Picardie avec toute lParmée qui

trésorier de l’épargne du 14 mars 1539 (B. N., fr. 25722, n0 560. — Cf. Catalogque, IV, n0 11430). — Quant à Oudart du Biez, il avait remplacé, le 31 janvier 1523, Antoine de La Fayette, destitué par le roi, dans l’office de sénéchal de Boulonnais (Arch. Nat., X1 4872, fo 39 vo [mention]. — Cf. Catalogue, V, n9 176v1). En cette qualité, il avait pris part avec Antoine de Crequy, sieur de Pont-Remy, aux premières avances faites pour établir une entente entre la France et l'Angleterre (Cf. Jacoueron, La politique extérieure de Louise de Savoie, p. 46, et Calaloque, 1, n° 2904). Renouvelé dans ses fonctions le 22 novembre 1932 (B. N., Clairamb., 982, fo 289. — Catalogue, I, n° 5068), confirmé le 21 mai 1542 dans ses pouvoirs de maréchal de France (Arch. Nat., XI 8613, 10 344. — Catalogue, IV, n0 12632), il reçut de nouveau, le rer novembre 1544, l'office de sénéchal de Boulonnais, qu'il avait résigné au profit de Jacques de Fouquesolles, son gendre (/bid., X12 4926, fo 692. = Catalogue, IV, n0 14188), tué à la camisade de Boulogne.

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