DÉPART DE BRISSACG POUR LE PIÉMONT
de ses compagnons d'Italie, gascon comme lui, Tilladet, firent diligence pour se rendre à la cour et obtenir du roi de servir sous les ordres de son nouveau lieutenant général. Ils trouvèrent Henri I à Villeneuve-Saint-Georges, en obtinrent la faveur qu'ils sollicitaient, allèrent rejoindre Brissac à Paris et partirent avec la « grande trouppe de noblesse » que, suivant l'usage, il emmenait avec lui. Ce dernier détail et la date du départ sont donnés par le biographe de Brissac, Boyvin du Villars, dont les Mémoires, la plus importante des sources narratives pour l’histoire militaire du Piémont de 1550 à 1559, vont nous fournir désormais, après les documents originaux, un précieux moyen de contrôler le récit des Commentaires". Boyvin place ce départ « sur le commencement du mois d’aoust » et ajoute qu’à Novalesa, la première bourgade « à la descente du mont Cenis », Brissac apprit que le vieux Jean Caracciolo était mourant à Suse, où il s'était déjà fait transporter, en route pour rentrer en France. Il y mourut « deux heures après » que Brissac l’eut re- Joint”. C’est ce que Monluc raconte plus brièvement, en notant,
saire et superintendant general des fortiffications dud, pays de Pyemont; » —
«au comte de Bene et à sa mère; » — « à la court de Parlement de Thurin; » — « aux trois esleuz des estatz dud. pays de Pyemont, et une semblable aux officiers et magistrats de la ville de Thurin; » — « aux aultres officiers des
aultres villes. » Saint-Germain-en-Laye, 10 juillet 1550. — Lettres de créance analogues du connétable « à MM. de Cental, Vassay, Ludovic de Birague, d’Ossun et Francisque Bernardin Vimercat; » — « aux gouverneurs de Savillan, Mondevis, Carignan et autres villes et forteresses dud. pays. » Mème date. (Bibl. de Carpentras, ms. 490, f0s 206 vo-208 vo.)
1. Les Mémotres de François Boyvin, baron de Villars, baïilli de Gex, sur les Guerres demélées tant dans le Piemont qu'au Montferat et duché de Milan pour le roi Henri II, commençant en l'an 1550 et finissant en 1559 el ce qui s’est passé aux années suivantes pour l’execution de la Pair jusqu'en 1567, parurent pour la première fois à Paris en 1607, in-40 (le privilège est du 19 Juillet 1606). L'auteur prétend que cette première édition, dédiée à Henri IV, fut faite à son insu. Une seconde, dédiée à Sully, parut à Lyon en 1610, in-80 (privilège du 21 mai 1610). Une troisième, avec une continuation jusqu’en 1629, due à Claude Malingre, fut publiée à Paris en 1630, in-80, 2 vol. (Btbl. histor. du P. Lelong, I, n° 17798). Boyvin, dans son Avis au lecteur, parle des historiens qui, avant lui, € ont voulu toucher à ceste corde et ont discouru... confusement et sur des rapports... passionnez. » Mais il n’a certainement pas eu connaissance du livre de Monluc.
2. Boyvin pu Vircanrs, coll. Petitot, XXVIIL, 386-387. — Moxruc : « Et trespassa ung heure après nostre arrivée, » — Aprrani (Wiscell. di stor. tal, N, 641) place cette mort le 5 août. Mroco (p. 189) la mentionne sans date.
comme Boyvin, que Brissac expédia aussitôt M. de Fourquevaux pour demander au roi le bâton de maréchal de France à la place du vieux prince. Notons une légère divergence entre les deux narrateurs : d’après Monluc, la dépêche de Brissac fut faite après que le prince de Melfi fut mort; d’après Boyvin, ce fut avant. Le désir très vif qu'avait à ce moment Brissac de profiter des bons offices de sa protectrice, Diane de Poitiers, et de devancer par elle les nombreux compétiteurs au titre qu'il convoitait, donne lieu de croire que son panégyriste, qui ne le flatte pas en la circonstance, est plus véridique. Si Monluc a eu raison de constater, dans une addition, que le connétable revint, après la mort de François I®', en plus grand crédit que jamais, il s’est trompé en ajoutant que les dames avaient perdu le leur. La nomination de Brissac — c’est l'ambassadeur vénitien Contarini qui Patteste, confirmant et complétant Boyvin — avait été obtenue par Diane de Poitiers contre l'avis de Montmorency, qui voulait la place pour son neveu Châtillon’. La « patente » de maréchal de France pour Brissac fut signée le 21 août”. Dès le 7, le nouveau lieutenant général de Piémont était à Turin.
Les Commentaires, après avoir mentionné cette arrivée, présentent une lacune de plus d’une année. Les premiers temps du séjour de Brissac en Piémont furent, en effet, une période de trêve, marquée seulement, en septembre-octobre 1550, par des démêlés assez vifs avec le gouverneur du Milanais, don Ferrante de Gonzague, à propos de l’abbaye de Barges *. Deux documents seulement nous renseignent sur Monluc à cette époque : le 28 septembre, par l'intermédiaire de Brissac, il suppliait le roi
1. Azsèri, Relas. degli ambasc. veneti, sér. T, IV, 79. — La compagnie du prince de Melfi fut donnée au maréchal de Saint-André. (John Masone au Conseil, Poissy, 28 août 1550, dans State papers, foreign, Edward VI, no 232.)
2. MARCHAND, 0p. Ctl., p. 116 (d’après un doc, des archives de Maine-et- Loire, E, 2096).