‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 174 sur 533 · ENTREPRISES SUR SAN DAMIANO ET CHERASCO · texte numérisé non relu

ENTREPRISES SUR SAN DAMIANO ET CHERASCO

toine de Bouliers, sieur de Centallo, qui emportèrent la place par escalade". Monluc n’était pas alors en Piémont; il n'y arriva qu'en novembre avec d’Annebault. Mais il a connu le fait et, lorsqu'il a voulu se rappeler la tentative de 1551 sur Cherasco, celle d’août 1542, faite dans des circonstances presque identiques, s’est présentée à sa mémoire : ses souvenirs se sont brouillés et avec des éléments exacts en soi, mais de dates différentes, il a composé un récit fantaisiste. De Thou, ayant à choisir entre le témoignage de Monluc et celui de Boyvin, a adopté le premier. De Ruble, qui a signalé le désaccord, n’a pu l'expliquer et s’est rangé à l’opinion de de Thou, « le mieux informé, dit-il, des historiens de ce siècle ». On voit ce qu'il en faut penser. Monluc commet une nouvelle erreur de chronologie en plaçant trois jours après la prise de San Damiano et la tentative avortée de Cherasco l’entreprise de Brissac contre Chieri. Elle eut lieu en même temps : le 2 septembre, « à une heure de nuict », Brissac annonçait au roi et au connétable qu’il partait de Turin « tout presentement pour aller rompre, qui sera sur Quiers » *. Monluc semble dire que le conseil de guerre, où fut décidée l’entreprise, fut tenu aprés le 2 septembre; mais il cite comme y ayant pris part Vassé et d’Ossun, qui, d’après son propre témoignage, auraient été à cette date, l’un à San Damiano, l’autre à Cherasco. Le passage est confus et contradictoire, parce que la chronologie est, une fois de plus, mal établie. Boyvin, plus clair, parle à sa date du conseil de guerre, où l’on décida d’assaillir

1. Guillaume du Bellay à François ler, 25 août 1542, publ. par Tausserat- Rapez, Correspondance politique de Guillaume Pellicter, Appendice, pp. 681-682. — Cf. V.-L. Bourrmircy, Guillaume du Bellay, p. 355.

2. Brissac à Henri I[, Turin, 2 septembre, « à une heure de nuict » : « Sire, suivant ce que Jescriviz dernierement à Votre Maté, je ne veulx faillir de vous advertir que nous avons resolu et partons tout presentement pour aller rompre, qui sera sur Quiers, pour plusieurs considerations et occasions que V. M. sçaura trop bien comprendre. S'il plaist à Notre Seigneur de nous vouloir prester sa grace et donner bonne fortune en ceste entreprinse, je ne fauldray semblablement de vous en adviser en toute dilligence. Mais je vous supplie très humblement, Sire, qu’il vous plaise de ne nous poinct laisser sans argent, ains nous en secourir au plus tost que possible; car si l'affaire nous succedde, il x a beaucoup de places et de personnaiges qui me disent avoir moyen de les faire vostres, pourveu qu'ilz soient aydés de gentz, ce que Je ne pourray faire sans led. secours d'argent. » — Lettre analogue au connétable, même date (Bibl. de Carpentras, ms. 4go0, fo 137 vo).

Chieri plutôt qu’Asti et auquel assista « Monluc de Moncallier ». Il dit qu'on délibéra d'essayer l’entreprise € par deux divers moyens, lun par surprinse, qui se devoict faire de nuict, avec eschelles qui seroient plantées en deux differents endroicts de la muraille, qu'on avait recognus fort bas et approchables, et l’autre par la force, ne succedant la surprise » ". Boyvin confirme sur ce point Monluc, qui ajoute qu'il était personnellement d’avis de battre la place en même temps qu'on donnerait lescalade. Cet avis fut adopté, car Boyvin dit qu’outre les échelles, qui furent réparties entre les quatre troupes de gens de pied commandées par d’Ossun, Monluc, La Mothe-Gondrin et Charles de Birague, on décida d’amener dix pièces de canon, « afin que, ne succedant la surprinse, on peust recourir à la force, faisant, comme on dit, marcher le renard et le lyon tout ensemble » *. Monluc s’attribue l'honneur d’avoir conduit lPartillerie devant Chieri; Boyvin est muet sur ce point. Avec les Commentaires, il note que la garnison de Chieri eut vent de l’attaque projetée, malgré les précautions prises, mais il oublie de dire que la camisade échoua, détail important confirmé par Mioloÿ, et qu’il fallut, ainsi que l'avait prévu Monluc, battre la ville. Sur la batterie elle-même, les deux auteurs sont d'accord pour constater qu’elle fut contrariée par la pluie. Boyvin ajoute qu'elle fit peu d’effet, parce que lendroit avait été mal choisi pour battre la muraille ; on éomprend que Monluc ait négligé ce détail. Il ne dit rien non plus de la durée du siège : d'après Boyvin, la place capitula le troisième jour, soit le 5 septembre, date confirmée par Miolo et par une lettre de Brissac au roi. Le gouverneur de Chieri,

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