LA SURPRISE D’ALBA (13214 NOV
citent les noms des trois capitaines qui eurent l'honneur de ce hardi coup de main : Hector de Pardaillan, seigneur de la Mothe- Gondrin, Francesco Bernardino ee et Antoine de Passano, fils du diplomate bien connu Jean-Joachim de Passano ‘. Ils disent très exactement que Brissac fut averti de la prise au point du jour : « Tout à cest heure, écrivait Monfort le matin du 14, son arrivé des novelles à monsieur le mareschal, ainssi quy sortoyt de la messe, que ce matin a esté prins par eschelle la ville d’Albe... » Monluc est sur ce point moins inventif que Boyvin, qui raconte que le messager rencontra Brissac « desjà entre La Monta et Canal, avec trois mil hommes et quatre cens chevaux et deux coulevrines »?. Alba fut surprise; le gouverneur, Giambattista Fornaro, qui s'était bien battu et avait reçu trois blessures graves, que l’on crut d’abord mortelles 3, fut, par l'ordre de D. Ferrante, étroitement emprisonné dans la roquette d'Alexandrie, d’où il s’évada avec l’aide de quelques habitants . Cette heureuse diversion était l'événement sur lequel comptait Brissac pour éloigner l'ennemi de Caselle et de Turin et le ramener sur la rive droite du Pô. L'activité déployée par Monluc à Caselle n’eût sans doute pas suffi pour cela. Il ne cache pas, du reste, que la prise d’Alba le mit « hors de la crainte du siège », et les renseignements qu'il donne sur la garnison placée dans la ville sont, à peu de chose près, confirmés par les documents $.
1. Les mss. des Commentaires portent Pavan. Trompé par cette mauvaise leçon, de Ruble a identifié le personnage avec Charles de Contes de Pavant,
2. Le récit de Boyvin est très romanesque : un meunier, sa femme et son chien y jouent un rôle important. ManGHanD (0p. ctt., pp. 211-2138) l’a suivi d’un bout à l’autre, dernier détail compris.
3. Arch. d'État de Mantoue, Annibale Litolfi, Alexandrie, Q décembre.
4. Ces détails se trouvent dans une dépêche de Brissac, où est discuté à quel prix le roi de France acceptera à son service Fornaro, qui s'offre à ramener les Génois dans l'alliance française ou à faire tomber Alexandrie aux mains du maréchal (Brissac à Montbazin, au roi et au duc de Guise, 27 octobre 1553, Bibl. de Carpentras, ms. 490, f0S 193 vo-196 ro). — Voir, sur la prise d’Alba, le récit de Gosecrnt (pp. 237-239) et deux lettres du connétable, l’une au duc de Nevers, Reims, 21 novembre (B. N., Clairamb., 346, fo 50, copie), et l’autre au duc de Guise, Compiègne, 9 décembre (Wém.-Journ. du duc de Guise, col Michaud, VI, 140).
Arch. d'État de Mantoue, Annibale Litolfi, Alexandrie, 19 décembre : » In Alba vi à Monsr di Bonivetto, S. Pietro Corso et Frano Bernardino per capi; de gente vi sono quattro compagnie de Guasconi, quattro d’Italiani, nella mag-
œlor parte Corsi, et una di Svizzeri. » Mox£uc : € Mons'eur de Bonyvet et le
Après avoir repassé le Pô à Pontestura, ce n’est pas à Asti, comme le dit Monluc, c’est à Alexandrie que D. Ferrante se rendit pour étudier les moyens de reprendre Alba. L'entreprise était loin d’être aisée : la place avait été rendue très forte par les Impériaux! et Bonnivet travaillait activement à la mettre complètement en défense”. D. Ferrante fit venir du Milanais deux mille pionniers, deux cent cinquante chariots, huit cents paires de bœufs et 85,000 ducats. Le 9 décembre, il réunit un conseil de guerre : ses capitaines montrèrent peu d'enthousiasme pour une campagne en plein hiver, mais il passa outre à leurs avis*. Ce fut pourtant le 20 seulement qu'il put se mettre en mouvement : les renforts demandés en Milanais avaient été très lents à venir. À cette date, il quittait Alexandrie, et par Nizza se dirigeait lentement vers Alba *. Il se présenta devant la place, mais une vive escarmouche lui prouva qu'il serait dangereux et vain d’en tenter le siège *. Monluc a exactement noté les hésitations de D. Ferrante avant d’entrer en campagne et son échec devant Alba; mais il à fait beaucoup trop court le temps qui s’écoula entre son retour à Alexandrie et sa tentative malheureuse °.
Le maréchal était en arrière d’Alba, à Brà, surveillant ses frontières 7. D. Ferrante se tourna alors vers la place du Mon-
collonel Sainct Pedre Corce se meyrent dedans avecque sept enseignes. » Boyvin parle de treize cents Français, six cents Allemands et autant d’Italiens.
1. Elle était défendue par seize pièces de campagne et trois de grosse artillerie. (Arch. d'État de Mantoue, Annibale Litolfi, 14 décembre.)