LA ( BATTERIE }) DU II JANVIER
d’une heure et demie; comment un artilleur siennois, préalablement encouragé par une gratification de dix écus, pointa la pièce ; comment, debout avec le commissaire Bassompierre « à main droicte », il regardait « aller le bolet en l'air, comme ung chappeau en feu »; comment enfin, après deux essais malheureux qui le faisaient trépigner de dépit, le troisième coup donna en plein dans les gabions impériaux, ce qui valut au brave Siennois une fraternelle accolade avec la promesse de six autres écus et d’un verre de vin grec'. Sozzini note, comme Monlue, que le demi-canon de la Castellaccia endommagea la gabionnade du poggio de Ravacciano; il ajoute qu’un coup tua par hasard le général des Allemands de l’armée impériale. Le chroniqueur siennois va un peu loin. Monluc paraît plus digne de foi quand il dit que ce coup tua un enseigne allemand. La relation des Huit affirme que la canonnade du vendredi 11 n’entama que deux tiers de brasse de la muraille, qui avait trois brasses d'épaisseur. Monluc dit qu’elle « coppa plus de quatre vingtz pas de muraille à ung pan ou deux de terre ». Il ne semble pas, d’après les lettres qu'écrivait Strozzi de Montalcino, d’où il entendait le canon, et celles que lui adressait de Sienne Cavalcanti, que le dommage ait été considérable. Le feu des Impériaux fut assez mou; Strozzi disait qu’on eût cru qu'ils battaient un palazzo plutôt qu'une ville, et il en concluait que le marquis avait simplement voulu faire peur aux Siennois pour hâter la capitulation *. L'hypothèse
1. Le récit de la batterie dans Anrrani, I, 835-838, est très détaillé et d’une précision remarquable. Pourtant il laisse entendre que les canons impériaux furent endommagés par une pièce placée « nel” orto di San Francesco, sopra un luogo rilevato ». IL y a là une inexactitude que met en lumière la narration des Commentaires.
2. Strozzi au cardinal de Ferrare, Montalcino, 11, 12, 13 janvier. — Le cardinal de Ferrare à Strozzi, Rome, 15 janvier. (B. N., f. ital, 1134, fos 207 et 210 ro, copies. — Ce vol. 1 134 du fonds italien contient les copies de nombreuses lettres écrites par Strozzi ou à lui adressées, du 11 janvier au 29 mars 1555. J'ai retrouvé d’autres copies de quelques-unes de ces lettres à la Bibliothèque communale de Sienne. M. G. Bargilli en signale d’autres dans un vol. de la Bibliothèque de Saluces, intitulé : Istruziont e Lettere del sign. Mareserallo Strozzi per l'assedio di Siena. U les a analysées et en partie citées dans un ds ticle paru en 1903 dans la Æivista milrtare ttaliana (G. BarGrzrr, Zntorno all assedio di Siena (1554-55), Rome, Voghera, 1903, tirage à part de 19 pp.). Quant aux originaux de ces documents, ils sont conservés à Modène, dans l’Archivio Estense.) — Bernardo Mazzi se pressait un peu en annonçant le 16
est très vraisemblable : la surprise fut très vive dans la ville lorsque, le samedi matin, on apprit que toute la nuit les sentinelles d'Ovile avaient entendu grincer des roues d’affûts en marche, et lorsqu’au soleil levant, de l’esplanade de San Francesco, on aperçut les gabions impériaux veufs de canons et en ruines. L'ébahissement des assiégés est peint par Monluc en termes expressifs, mais il néglige d'expliquer la cause de la retraite des Impériaux. Il ne dit rien non plus ici d’une sortie malheureuse que fit ce jour-là, du côté de la Certosa, le neveu de Reckenrot et qui lui valut une verte remontrance de son terrible oncle”; mais il y fait une allusion, d’ailleurs peu exacte, dans le discours qu'il adressa le 29 aux Siennois à l’occasion du départ des Allemands *. Ce qui lui appartient en propre et ce qu’il a spirituellement conté, c’est la mésaventure survenue à dori Juan Manrique et au marquis, ensevelis tous deux sous les débris d’une maisonnette fracassée par le demi-canon siennois. Tout le récit se termine par une date légèrement inexacte : « Cecy pouvoit estre vers la demy-janvier. » La batterie avait eu lieu le vendredi r1 à.
Les Commentaires passent sans transition à un autre épisode du siège : la sortie des compagnies allemandes, qui eut lieu le 29 janvier. La date est donnée par l « Estat au vrai des retranchements de vivres » déjà cité, et aussi par une lettre des Huit, datée du 30, à Enea Piccolominif. Cette sortie fut provoquée, au dire des historiens, par Strozzi, qui voulait, en diminuant le chiffre des défenseurs, prolonger la résistance de la ville affamée. Dans son discours du 29, Monluc assure que ce fut lui qui suggéra à Strozzi l’idée de cette mesure, « ayant esté forcé de fere
de Lodi que la batterie du marquis avait, disait-on, fait capituler Sienne. (B. N., Clairamb., 348, fo 15, copie.) Wotton écrivait de Poissy le 27 que Marignan avait été repoussé. (State papers, Mary, n°0 316.)