‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 278 sur 533 · L'AVENTURE DE MARINO · texte numérisé non relu

L'AVENTURE DE MARINO

comptait deux mille hommes de pied et quatre cents chevaux ‘. Une dépêche de Lanssac, d’Avanson et Strozzi, du 16 octobre, sans nommer Monluc, nous apprend que l’on a récemment envoyé à Velletri les deux compagnies françaises des capitaines Jehan de Gaye et de l’Isle, avec deux autres, italiennes, « pour en retirer deux de mesme nation, qui sont dedans, pour quelque soupçon qu'on à conceu des cappitaines » *. Monluc, préoccupé de souligner le temps très court qu’il mit à faire cette « corvée », a négligé d’en indiquer la cause et de dire qu’il ramena deux autres compagnies. Aucun document connu ne confirme directement ce qu'il raconte ensuite de la tentative faite, sans succès, par son fils Marc-Antoine et par Charry pour brûler les bateaux que le duc d’Albe avait fait amener à Nettuno en vue de construire un pont. Mais ce détail s’accorde avec ce que l’on sait des efforts infructueux faits par les Pontificaux pour reprendre Nettuno et empêcher les Espagnols de s’établir à l'embouchure du Tibre 3. L'histoire n’a pas non plus retenu le récit de la mésaventure qui arriva à Monluc en voulant prendre à Marino Marcantonio Colonna. L’anecdote est spirituellement contée et renferme un aveu naïf de la cupidité de Monluc. C’est, de plus, un assez joli trait de mœurs militaires du seizième siècle. L'auteur, du reste, ne semble pas avoir brodé lorsqu'il affirme qu’à cette occasion les bruits les plus divers circulèrent : un avis de Rome, du mois d’octobre, non daté, ne porte-t-il pas que M. de Monluc, en revenant d’une certaine expédition, était tombé dans une embuscade et avait été fait prisonnier, puis échangé contre six ennemis * ?

1. Dr Wotton au Conseil, Paris, 8 octobre (State papers, Mary, n9 543).

2. Lanssac, d’Avanson et Strozzi au roi, 16 octobre (Corresp. polit. de Lans- SOC 010).

3. Le duc d’Albe voulait couper les communications de Rome avec la mer en s’emparant d’Ostie. La garnison de Velletri tenta sans succès une attaque combinée avec la flotte du baron de La Garde contre Nettuno (Duruy, p. 197). Civitavecchia parut assez menacé pour que Carafa envoyät de Rome Pietro Strozzi pour inspecter la place (Corresp. polit. de Lanssac, 1, 517).

4. Avis de Rome, octobre (State papers, Mary, n° 551). — Au cours du récit, Monlue fait une allusion très exacte à la confiscation du château de Paliano par Paul IV au profit de Giovanni Carafa, comte de Montorio, frère aîné du cardinal (Cf. Duruy, pp. 43-47). Il dit aussi qu'il emprunta pour son expédition le lieutenant, le cornette et trente-cinq salades d’Aurelio Fregoso ; ce dernier était, en effet, à Rome depuis le 5 septembre (D. Axcez, op. cil., pp. 29-30).

Ici se place un récit du siège d’Ostie, où mourut d’une arquebusade le fils aîné de Monluc, Marc-Antoine. Les Commentaires mentionnent rapidement le siège de la place par le duc d’Albe, qui prit d’abord la ville, puis le 17 novembre, après un furieux assaut, la citadelle ! ; la marche de Strozzi qui, envoyé au secours d'Ostie, sortit le lundi Q de Rome avec le duc de Somma, à la tête de deux cents chevau-légers, de six enseignes françaises, deux d’Allemands et quinze d’Italiens, emmenant huit pièces d'artillerie et un pont”, descendit le Tibre vers Fiumicino et, n'ayant pu empêcher les Espagnols d'approcher d’Ostie, se mit en observation sur la rive droite du petit bras du fleuve, c’est-àdire, comme le dit Monluc, « deçà le Teveron », par rapport à Rome3; la retraite du duc d’Albe « tirant vers le royaume de Naples », qui eut lieu le 30 novembre, après qu'il eut signé, le 27, avec Carafa, dans l’île de Porto, une suspension d'armes de dix, puis de quarante jours‘; enfin le siège et la reprise d’Ostie qui se rendit à Strozzi le 24 janvier 1557°. Le récit de Monluc est, en gros, exact, hors qu’il omet la trêve, mais assez obscur, car il semble confondre en une seule les deux tentatives de Strozzi sur Ostie. Il n’a, d’ailleurs, pas vu de près ces événements; il avait déjà quitté Rome et était à Montalcino quand ils se produisirent®. Cette remarque permet de redresser une phrase du texte, au premier abord inintelligible et qu'il faut lire ainsi : « Je manday à monsieur le mareschal s’il vouloict que je m’en vince devers

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