‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 336 sur 533 · MONLUC ENTRE LE ROI DE NAVARRE ET LES GUISE · texte numérisé non relu

MONLUC ENTRE LE ROI DE NAVARRE ET LES GUISE

libre par manière d’histoire.. » D’un mot juste et expressif il a caractérisé les intrigues des Guise, des Montmorency, du roi de Navarre et du prince de Condé, qui remplirent ce règne éphémère : «On joua au boute-hors à la cour ‘. » Pour le détail, il se défend de le raconter, bien qu’il en ait su, dit-il, beaucoup de parücularités. Il se borne à irriter la curiosité de son lecteur par quelques allusions obscures qu’il laisse échapper et au travers desquelles on sent qu’il a jugé prudent de se taire sur une période de sa vie dont il avait pourtant gardé un très vivant souvenir”. Pour l’omettre, il a d’ailleurs son excuse ordinaire : il écrit pour l'instruction des capitaines et pour perpétuer sa gloire miltaire ; il ne prétend faire que son portrait de soldat. Mais en dépit de ce ferme propos, il en a trop laissé entendre pour que nous n’ayons pas le devoir de soulever le voile et d'essayer, s’il se peut, de combler cette lacune volontaire, la plus grave de tout l’ouvrage.

La guerre mouillée avait eu pour résultat de nouer des relations entre Monluc et le roi de Navarre. Découragé par son insuccès, voyant une fois de plus ses espérances évanouies, Antoine de Bourbon commençait, ainsi que sa femme Jeanne d’Albret, à prêter l’oreille aux prédications calvinistes et à favoriser les réormés persécutés, lorsque survint la mort tragique de Henri I. Les Guise lui en firent porter la nouvelle à Nérac par M. de Bouillé. Il la communiqua aussitôt à ses conseillers ordinaires, Aymery Bouchard, son chancelier, Nicolas Dangu, évêque de Mende, François d’Escars et Guy Chabot de Jarnac. Monluc dit qu'il lui dépêcha aussi un courrier à Saint-Puy — «car il n’y a que quatre lieues de Nérac chés moy » — et qu'il se rendit aussitôt auprès du roi de Navarre. Fut-il de ceux qui lui conseillèrent de s’acheminer vers la cour pour y faire valoir ses droits à une lieutenance générale du royaume ? Il ne se rangea pas franchement parmi les mécontents qui crurent alors bien imprudemment à sa fortune. Il restait lié aux Guise, qui le chargèrent de les renseigner sur l'attitude et les projets d’un rival qu’ils redoutaient. La

1. Ce mot a servi d’épigraphe à ÉD. pe La Banne-Durarnco pour son His. toire de François II, Paris, 1867, in-80.

2. «J'en sçay bien des particularités, pour avoir esté fort privé du roy de Navarre et de monsieur de Condé. » (II, 335.) Tout le passage est une addition à la première rédaction.

386 SOUS FRANÇOIS If.

réponse de Monluc fut singulière : le roi de Navarre, sur le point de se mettre en route « par delà », n'avait d'autre désir, écri- : vait-il, que « d’estre entièrement ung en amitié » avec le duc et le cardinal de Lorraine; il se défiait du connétable et lui en voulait toujours de n’avoir pas pris ses intérêts en main aux conférences de Cercamp; il voulait simplement être reçu par le roi avec honneur, afin que Philippe Il pût par là se convaincre qu’il n’était point « petit compagnon en France »". On a dit que cette « Instruction pour M. de Latour » dénotait chez Monluc peu de perspicacité, qu'il ne soupçonnait pas l’animosité profonde d'Antoine contre les « Guisards »°. Tant de simplicité est peu vraisemblable, Monluc, préoccupé de conserver la faveur des Guise et de ne pas perdre les bonnes grâces du roi de Navarre, cherchait plutôt à détourner le second du connétable, dont la disgrâce avait dû le combler d’aise, et à le rapprocher des premiers. Il fut, avec Nicolas Dangu et d’Escars, de ceux qui travaillèrent à ce rapprochement. Il y réussit, du reste, de singulière façon : c’est après avoir subi toutes les avanies, après s'être compromis de toutes les façons que le faible Antoine, abandonné par tous ceux qui un instant avaient cru en lui, Joué par les Guise, en fut réduit à se faire leur courtisan et accepta de la reine-mère, comme un honneur insigne, d’escorter jusqu’à la frontière d'Espagne la princesse Élisabeth, femme de Philippe I. Monluc prit d’ailleurs gaillardement son parti de cette humiliation du roi de Navarre : il en tira son profit en se vantant d’avoir été l’ouvrier de son raccommodement avec les Guise °.

1. Instruction pour M. de Latour, Verteuil, 22 juillet 1559 (IV, 107).

2 ADR IRUELE AP Te PNEU A IIS

3. Il est cité comme tel dans une lettre du 15 août 1559 de Morellanus à Calvin. Le texte porte Monlucius. Les éditeurs ont cru que ce nom désignait Jean; c’est bien de Blaise qu'il s’agit. (Calvin opera omnia, XVI, 599.)

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