ENVOI D'UN SECOURS EN FRANCE
la mémoire de Charles IX dans la nuit tragique du 24 août 1072.
Dans sa lettre du 28 septembre, le roi ordonnait à Monluc d’assembler toutes les forces qu’il pourrait réunir pour se porter à son secours. Ce n’est pas « en vingt-neuf jours, comptant du trentiesme de septembre » qu’il fut à Limoges, « avecques mil ou douze cens chevaulx et trente enseignes de gens de pied »'. Le 27 octobre, il était encore à Agen, s’apprêtant à partir pour Bergerac”; le 4 novembre, il arrivait à Périgueux 3; le 7, il était à Thiviers *; le 9 seulement, à Limoges. Il avait donc mis trenteneuf jours, dix de plus qu’il ne le dit. À Limoges, il fit faire montre, « ayant pour cest effet, ajoute-t-1l dans une addition significative, admené avec moy le sieur de Gourgues, général des finances, car je n’avois pas accoustumé toucher aux deniers du roy ». Charles IX, s’excusant sur les « grands et precipites affaires » qu'il avait sur les bras, lui avait envoyé, le 28 octobre, pleins pouvoirs de lever des deniers pour la solde des troupes 5. C’est donc très régulièrement que le 9 novembre, à Limoges, il enjoignit à Nicolas de Beauclerc, commis de la recette générale de Bordeaux, de délivrer pour cet effet la somme de treize mille livres tournois à Auger de Gourgues, commis de l'extraordinaire de la guerre en Guienne6. Le paiement de cette somme ne se fit
1. Voir le dénombrement d’une partie de ces troupes au début des Hémotres de Jean d'Antras, et une lettre inédite de M. de Peyre à l’évêque de Lescar, Lectoure, 17 décembre 1567 : « Ils sont vingt et cinq compagnies de gens de pied, neuf compagnies de gens d'armes, six cents chevaux-légers et quattre cents gentilhommes pour leur plaisir, ayans, Pun portant l’autre, quattre hommes bien montez... » Cette lettre est tirée d’une histoire manuscrite de l’hérésie en Béarn, rédigée dans la première moitié du XVIIe siècle, et précieuse par les pièces justificatives qu’elle contient. Conservée par l’érudit béarnais Bonnecaze, elle m'a été très obligeamment communiquée par M. l’abbé V. Dubarat.
>. Monluc aux capitouls de Toulouse, Agen, 27 octobre (ist. de Languedoc, éd. Privat, XII, 851).
3. Monluc au Parlement et aux jurats de Bordeaux, Périgueux, 4 novembre (Arch. hist. de la Gir., XIX, 318-319).
4. Monluc à M. de La Cassaigne, Thiviers, 7 novembre (éd. de Ruble, V, 98).
5. Pouvoirs donnés par Charles IX à Monluc, Paris, 28 octobre (B. N., fr. 20462, p. 171, orig.).
6. B. N., fr. 20462, p. 29, orig. (cité par de Ruble, V, 337). Voir, sur ce paiement, une lettre de Charles IX à Monluc, du 27 décembre (B. N., fr. 2062, Der copie auth.). — Les Gascons avaient été mis en garnison à Reims, où ils vivaient à discrétion « avec tous les desordres que font compaignies qui ne
5o4 LES SECONDS TROUBLES.
pas sans résistance de la part des gens des finances; Monluc se plaignit de leur mauvaise volonté à l’acquitter
Il resta à Limoges du g au 12 novembre ?. C’est donc dans ces quatre jours que se place le départ pour «fa France » des troupes qu'il avait réunies. C’est à ce moment aussi qu'il apprit qu'on avait détaché de son gouvernement le Bordelais pour le donner, avec le titre de lieutenant général de roi dans la ville de Bordeaux, à Henri de Foix, comte de Candale. D’Aubigné, qui a noté le fait d’après les Commentaires, nous apprend que son «pouvoir » fut ainsi ré( su «par la faveur du connétable », dont Candale était le gendre. Monluc le crut et fut naturellement
les
furieux de la façon dont on le « rembourçoit de ses diligences ». Il écrivit à la reine, à l’évêque de Valence « et autres », pour se plaindre amèrement du « contrescarre » que lui donnait son vieil ennemi. Il voulut, de plus, manifester son mécontentement. Il avait l’intention de pousser au-delà de Limoges; le 13 novembre
il s'était avancé jusqu’à Saint-Julien-le-Petit *. C’est là sans doute que Florent Dagron lui communiqua la patente destinée à Candale. De dépit, il abandonna ses compagnies et rebroussa chemin.
sont poinct payées », (Le cardinal de Lorraine au duc d’Anjou, Reims, 3 janvier 1568, B. N., fr. n. acq. Gorr, fo 40, orig.) Charles IX écrivait, par contre, au duc d'Anjou de faire faire montre à ces compagnies pour le mois de décembre et de janvier seulement, attendu qu'elles « ont vescu grassement sur les chemyns sans rien payer » et que « le sr de Montluc les feist entyèrement payer au passaige de Limoges ». (Charles IX au duc d'Anjou, Paris, 14 janvier 1568, B. N., fr. n. acq. 6002, fo 16, orig.) Le roi se préoccupait, d’ailleurs, de ne pas trop mécontenter ces turbulents auxiliaires. Le chevalier de Monluc ayant fait mine de quitter son régiment « pour n’estre commandé de personne », Charles IX, craignant de « mettre en grand malcontentement le st de Montluc, son père », finit par lui accorder ce qu'il demandait, le titre de colonel des bandes gasconnes. Ses compagnies formèrent dès lors un corps indépendant de linfanterie française, que commandaient Timoléon de Brissac et Philippe Strozzi. (Charles IX au due d'Anjou, Paris, 24 décembre 1967, 12 et 31 janvier 1568, B. N., fr. n. acq. 6oo2, fos 10, 13, 20-22; 6007, f0Gr, orig.)