ATTITUDE SINGULIÈRE DE DAMVILLE
qu'à Gimont ’. Le soir, il arrive à Auch, où le lendemain le rejoignit sa femme”.
Le jeudi matin 25 se tint, au logis de Negrepelisse, le conseil où Joyeuse annonça que le maréchal ne pouvait sortir de son gouvernement, parce que les États du Languedoc refusaient de payer la solde de ses troupes s’il les employait hors de la province et que lui, Joyeuse, allait le soir même le rejoindre à l’Isle-en-Jourdain $. Damville acceptait les faits accomplis et ne Jugeait pas utile de combattre Mongonmery. Tous les plans laborieusement dressés par Monluc s’écroulaient. Il demeura « bien esbahi », puis déclara tout sec à Joyeuse qu’il ne lui restait plus qu’à s’en retourner à Libourne, où le roi lui mandait d’aller.. A l'issue du conseil, il écrivit à Damville pour lui faire part de cette intention; en même temps, il se plaignait, en termes très modérés, presque humbles, de ce que le maréchal eût fait publier un « pouvoir » si ample qu’il lui semblait empiéter sur son autorité; il terminait en annonçant qu'il en référait sur ce point au roi. En fait, il était furieux. Damville venait de lui faire sentir d’une façon outrageante qu'il ne comptait pour rien; il répondait en abandonnant tout et en le menaçant d’une plainte officielle. Prudemment, il a passé dans son livre ce grave incident sous silence. Le même jour, « après disner », il s’en retournait trouver à Marsiac Bellegarde et les autres capitaines, qui ne furent pas moins ébahis que lui-même. On tint conseil et lon décida de se séparer. La lettre que Monluc écrivit le 27 à Damville confirme sur ce point le récit des Commentaires $. Le 28, il rentrait à Cassaigne, d’où ‘il conseillait à Lussan, gouverneur d’Auch, d’évacuer la ville à lapproche de Mongonmery et de
1. Monluc à Damwille, Nogaro, 25 (sic) août; Vic-Fezensac, même date (V, 221). Ces deux lettres sont évidemment mal datées; il faut lire, pour l'une comme pour l’autre, xx1v au lieu de xxv.
2. Délibération des consuls d’Auch, 26 août (Arch. munic. d’Auch, BB, 5, fo 328 ro).
3. Une délibération des consuls d’Auch, du conseil, tenu « ces jours passés ». (Arch. munic. d’Auch, BB, 5, f0 330 vo.)
4. Monluc à Damville, Auch, 26 août (V, 223). — Le mème jour, il lui avait écrit une première lettre, d’un tout autre ton, où il lui donnait des renseignements sur les intentions de l’ennemi (V, 222).
5, Monluc à Damville, Marsiac, 27 août (M,%225),
> septembre, fait allusion à ce
surveiller l'ennemi vers Tarbes!'. Le 29, il répondait à Damville, qui lui avait adressé d’amers reproches pour avoir tout abandonné et l'avait informé qu'il était maintenant décidé à venir « donner la bataille » en Guienne. De nouveau furieux de l'étrange attitude du maréchal, il se disculpait en énumérant les précautions qu'il avait prises pour que rien ne fût entièrement compromis; à la fin de sa lettre, il se mettait tout à sa disposition pour le seconder *. Les Commentaires ne contiennent pas trace de ce nouvel incident, qui pourtant tournait à l'honneur de Monluc. On n’y trouve qu’une allusion, confirmée par cette lettre, à l'envoi de Gondrin à Eauze et des détails sur la dislocation des troupes, terminés par cette phrase significative : € Baste que nous estions tous comme brebis esgarées. » L’auteur ne cherche pas, on le voit, à tirer parti des avantages certains qu'il eut dans son duel avec Damville.
Il ne dit pas clairement pourquoi, de retour en Agenais, il logea ses cinq enseignes de gens de pied à Port-Sainte-Marie et à Aiguillon. Ses lettres nous lapprennent : il craignait que Mongonmery ne cherchât à forcer les passages de la Garonne pour aller rejoindre lamiral et les princes devant Poitiers. Il s’efforçait de l’en empêcher en surveillant de près les manœuvres de Bernard de Chaussade, seigneur de Calonges, le long de la Garonne. Le 3, il était à Agen, où il signait une ordonnance encourageant toutes les représailles contre les huguenots et les soumettant à un rigoureux régime d'exception t0Le 10, il y était encore”. C'est entre ces deux dates qu'il faut placer la chasse qu'il donna à Geoffroy de Peyre-Marchastel et les mesures qu'il prit pour préserver Casteljaloux d’un coup de main de Calonges, minuscules faits de guerre amplement contés dans
1. Monluc à M. de Lussan, Cassaigne, 28 août (P. Courreaurr, Douse lettres inédiles.…., p. 33).