‹ BlanchetteChapitre 78 sur 83 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

ÉLISE

C'est pourtant vrai, ma pauvre maman. Ça a commencé dès mon départ d'ici.

ChezM. Galoux?

ÉLISE

Chez M. Galoux. Georges a voulu faire de moi sa maîtresse

MADAME ROUSSET

Monsieur Georges!

ÉLISE

Lui-même. Comme j'ai résisté, il a parlé de m^épouser.

R 0 u ri s E T .

Alors ?

ÉLISE

Eh bien, il parait que l'instruction n'était pas une dot suffisante : son père m'a chassée.

Chassée, parce que...,.,,

ÉLISE

Oh ! en me faisant des compliments, et en m'ofïrant une somme d'argent, que j'ai refusée.

ROUSSET

Toujours tes idées de grandeur. Je disais bien, c'est par la fierlé que tu n'as pu rester nulle part.

ÉLISE, animée.

Non, ce n'est pas par fierté, c'est plutôt par vertu. Allons ! tu veux que je te dise tout. Tu veux le savoir, ce que j'en ai pleuré, des larmes, ce que j'en ai avalé, de la honte I Ecoute. En sortant de chez M. Galoux, dans une nutre place, j'ai encore dû m'en aller !... Là, c'est la mère qui m'a renvoyée, oui, la môre, parce

qu'en prenant une demoiselle de compagnie pour elle, elle entendait, en même temps, donner à son fils une maîtresse économique et sans dangers. Apr4^s? Après.., Voici : Un vieillard, très respectable, avait perdu une fille de mon âge, à qui je ressemblais, disait-il. Il me demanda pour la remplacer. Ah! l'ignoble personnage!... Quand je suis partie, il a levé les épaules : ma candeur lui faisait pitié, à ce père inconsolé! Dans une autre maison, c'a été le mari...

aoussET.

Fallait entrer chez une dame seule.

ÉLISE

C'est ce que j'ai fait, je te l'ai dit; j'y ai été bonneJ et j'ai lavé par terre, comme tu le demandais. Celle-lâ| ne me donnait pas à manger... Alors, après tout cela je regrette presque, maintenant, de ne pas avoir iraitf d'autres diplômées comme moi, que j'ai rencontrées, qu se conduisent mal et qui n'en sont pas plus ci plaindre pour ça, au contraire. Oui, oui, je dis la vérité... L'ias- " truction ne donne pas la vertu... Il n'en manque pas des malheureuses qui peuvent envelopper leur carte de fille soumise dans leur brevet d'institutrice !

Il 0 U s s K T .

Alors, on a tort de donner de l'instruction à ses enfants?

ÉLISE

Non. Mais il faudrait aussi leur donner la manière de s'en servir, et ne pas vouloir en faire des fonctionnaires.

Eutreut Aucruste et Jlorillon.

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