‹ Blasphèmes: poèsiesChapitre 23 sur 24 · CROQUANTS FINANCIERS · texte numérisé non relu

CROQUANTS FINANCIERS

La première édition a paru en 1861.)

Je suis fils d'un courtier de bestiaux et de suif, Je suis né gentilhomme et suis fier d^être juif! Jésus-Christ est mon oncle, et mes cousins apôtres Ont proclamé des rois! Chrétiens! ce sont les vôtres! Le grand esprit vengeur, d*un éclair qui creva. Me lança sur la terre au nom de Jéhova.

« Prends, dit-il, prends, mon fils, et ma plume et ma hache. K Brandis-les tour à tour sur la tète du lâche. « Je t'ai graissé de moelle et t'ai doublé d'acier, « Pour déclarer la guerre au croquant financier, I «■ Ce fiéau du pays, qui, du labeur du frère, r Extrait pour soi de l'or et ne fait qu'en extraire. »

I Parfois je me suis dit : c Mais fait- on du progrès .En lançant des cailloux et des pavés de grès À. d'obscurs exploiteurs, à d'enrichis Tartuffes? Que nous font leurs palais et leurs festins de truffes? Et qu'importe au travail, au puissant travailleur, iLes millions gonfiés d'un heureux bateleur?

48 BIASPHÈMES.

Puisque toute fortune augmente le bien-être,

Et puisque tout pouvoir retourne vers son maître,

A quoi bon s^escrimer et passer au tamis

Des traitants parvenus? Faisons d^cux nos amis!

Soyons de leurs hauts faits les chroniqueurs et scribes,

Chantons leurs millions, et mangeons-en les bribes!... »

Il est un Dieu dans l'homme, un éternel flambeau,

Qui du bien et du vrai fait rayonner le beau.

Il devance le temps, il dévore l'espace;

Au progrès, il dit : t Marche ! » au tyran, il dit : « Passe I

Il épure Terreur dans le creuset de Tor,

Réveille et met debout la vérité qui dort; '

Son être, tout d*amour, ne connaît point la haiae ;

Avec douleur il sent toute douleur humaine;

Vers l'idéal son cœur, pur comme un diamant,

Bondit, comme le fer s'élance vers l'aimant.

Son âme, libre et fière, à nul charme asservie,

Pour un rayon de gloire exhalerait sa vie.

Il sait qu'il ne meurt pas. Car si l'homme mourait;

Si, comme le poisson barbotant dans le ret,

11 devait s'agiter dans son empan de vie,

De désirs affamée et jamais assouvie;

Si tant d'efforts, unis à tant de dévouement,

Ne devaient aboutir qu'à la tombe qui ment.

Mieux vaudrait arracher, comme une vile plante,

De son corps palpitant l'âme toute sanglante,

Et la jeter aux pieds de ce gâte-métier,

Qui créa si mal l'homme et l'univers entier,

En lui criant : « Reprends ta chair d'âme fardée!

Que puis-je te devoir? Te l'ai-je demandée?... »

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