AUTOPSIE
FAITE A NEUF HEURES ET DEMIE, LE 2 JANVIER, EN PRÉ- SENCE DE MM. PAUL SERT, BUOUARDEL, CHARCOT, CORNIL, TRÉLAT, VERNEUIL, LIOUVILLE, LANNELONGUE, SIREDEY, DUVAL, FIEUZAL, LABORDE, GUERDAT, GILLES, GIBIER.
La rigidité cadavérique a disparu. Sur aucune partie du corps il n'existe de traces de violences si ce n'est sur la peau du membre supérieur droit.
Dans la paume de la main, au croisement du pli de l'éminence thénar et d'une ligne transversale partant de la base du pouce, ou trouve une cicatrice blanchâtre, à peine visible, recouverte d'épiderme. Au côté interne de l'avant-bras, à ^ 5 centimètres au-dessus de l'aphophyse styloïde du cubitus, il existe une cicatrice rosée, un peu irrégulière à ses bords, mesurant 5 millimètres dans son plus grand diamètre. Le bras blessé est identique à celui du côté opposé par son volume, sa consistance, son degré de conservation, et par la couleur de la peau.
Les veines du membre supérieur droit sont normales.
La peau de la région abdominale porte à droite, dans la
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région du flanc, les traces d'un vésicatoire. L'épiderme est soulevé par places, sur l'abdomen, les cuisses, le dos, etc., par de larges phlyctènes dues à la pulréfaction cadavérique. Il n'y a, du reste, aucune trace de solution de continuité ancienne ou récente de la paroi abdominale.
A l'ouverture de la cavité crânienne, il s'écoule une grande quantité du liquide employé pour l'injection conservatrice.
Les méninges cérébrales se décortiquent avec une gi'ande iacilité.
Le cerveau est sain, il pèse H 60 grammes. Le cerveau a été remis à M. Duval, président de la Société d'anthropologie.
Le cœur est de volume normal ; il pèse 400 grammes. Lè tissu cellulo-adipeux situé sous le péricarde viscéral autour du cœur n'est pas notablement plus épais qu'à l'état normal. L'aorte, au-dessus des valvules sygmoïdes, offre à considérer une petite plaque atliéromateuse calcifiée de 7 à Smillimètres de diamètre. La paroi musculaire du cœur n'est pas épaissie, les valvules sont saines.
Les plèvres contiennent un peu de liquide provenant de l'injection conservatrice.
Les poumons sont absolument libres, sans adhérences à la plèvre pariétale. Ils sont légèrement emphysémateux; ils ne montrent aucune trace de lésions pathologiques anciennes ou récentes ; pas d'abcès, pas de nodules tuberculeux.
Le tissu cellulo-adipeux sous-cutané de la paroi de l'abdomen est épais de 4 centimètres au-dessus de l'ombilic, de 8 centimètres au-dessous; il présente dans la région hypogastrique des dilatations variqueuses des veines sonscutanées.
Le péritoine contient des gaz fétides et une petite quantité de liquide séro-purulent collecté dans les parties déclives. La
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surl'ace du péritoine pariétal est à peine rosée et sans trace de fausses membranes fibrineuses. Les anses de l'intestin sont libres d'adhérences et ne présentent pas non plus de ausses membranes fibrineuses.
Le foie pèse 1920 grammes. Il est lisse à sa surface, gras, sans cicatrices ni épaississement général ou partiel de la capsule de Glisson. Il ne contient pas d'abcès.
Le fond de la vésicule biliaire est uni par une adhérence au côlon Iransverse. Elle est remplie de bile et ne contient pas de calculs. Sa paroi est notablement épaissie.
La rate pèse 230 grammes. Elle ne contient pas d'abcès.
Les reins se décortiquent facilement ; le rein gauche pèse 200 grammes; le droit 160 grammes. Leur surface est lisse, leur apparence normale. Ils ne renferment pas d'abcès.
L'intestin grêle et le gros intestin sont très distendus par des gaz. Les gaz contenus dans le cœcum se déplacent facilement par la pression et remontent alors dans le côlon ascendant. Ce dernier est moins dilaté que le caecum. Le côlon ascendant présente, un peu au-dessus du c£ecum, un pli transversal, sorte de rétrécissement relatif déterminé par la pression du côlon transverse.
La partie postérieure du caecum est unie à la paroi abdominale par des adhérences résistantes et anciennes. En décollant le caecum et en le soulevant, on découvre un foyer d'infiltration purulente anfractueux, cloisonné par des brides de tissu cellulaire, contenant environ deux cuillerées de pus. Ce foyer s'étend en haut jusqu'à la partie inférieure de l'atmosphère adipeuse du rein droit, en dedans jusqu'à la colonne vertébrale en arrière du muscle psoas, et il envoie en bas un prolongement long de 3 à 4 centimètres dans le petit bassin. En dehors, ce foyer est limité du côté du péritoine par les adhérences déjà décrites, mais il se propage en avant du fascia iliaca dans l'épaisseur du tissu conjonçtif
sous-péritonéal. Eu conlinuité avec ce loyer, il existe, dans la paroi anléro-latérale de l'abdomen, dans le tissu celluloadipeux sous-péritonéal de la région du flanc droit, des îlots disséminés de tissu cellulaire spliacélé, jaunâtre, tels qu'on les rencontre dans le phlegmon diffus.
La partie terminale de l'iléon, le caecum et le côlon ascendant ont été enlevés pour être examinés en détail. Le csecum étant ouvert, on voit la valvule iléo-csecale proéminente, analogue par sa configuration au museau de tanche (voy, fig. 2, A). La saillie qu'elle forme mesure de 3 à 4 centimètres. Au lieu d'être constituée par deux valves minces, au contact l'une de l'autre, la valvule iléo-csecale présente un bord circulaire, épais, induré et une ouverture étroite et plissés qui permet à grand peine l'intromission de l'extrémité du petit doigt.
Lorsqu'on a ouvert l'intestin grêle et la valvule iléo-coecale, on constate derrière le rétrécissement de celle-ci une dilatation, puis un nouveau rétrécissement à 5 ou 6 centimètres de la valvule.
On peut voir, sur la section de l'intestin grêle, que la saillie et le rétrécissement de la valvule sont déterminés par une invagination de l'extrémité inférieure de l'iléon dans le csecum. La muqueuse de l'intestin grêle, en sortant du rétrécissement, revêt toute la partie externe ou csecale du rebord épaissi de la valvule. La muqueuse, ainsi réfléchie de dedans en dehors, tapisse un anneau fibro-musculaire très résistant, semi-transparent, de 4 à 5 millimètres d'épaisseur, qui forme, pour ainsi dire, la charpente solide de la saillie de la valvule de Bauhin.
La muqueuse du cœcum et celle du côlon ascendant sont plus épaissies et plus rigides qu'à l'état normal. Dans la partie postérieure du cul-de-sac cœcal, qui est en rapport avec le foyer purulent, la surface de la muqueuse est lisse, comme
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lendue et étalée. Dans le côlon ascendant, la muqueuse s'enfonce dans les plis et anfractuosités déterminés par le relie^^ des fibres musculaires, mais on n'y trouve ni ulcérations ni perforations.
L'appendice crecal s'ouvre dans le cul-de-sac du caecum par une ouverture assez large. Examiné à la surface du caecum, l'appendice est fixé d'abord au ccecum, dont il contourne l'extrémité inférieure, puis il se replie de bas en haut pour passer au-dessous et en arrière du cul-de-sac csecal.
Dans la première partie de son trajet, qui mesure 5 centimètres (voy. fig. 3), l'appendice est recouvert, comme le caecum auquel il adhère, parla séreuse péritonéale. Mais depuis le point où il pénètre en arrière du cœcum, jusqu'à son extrémité terminale, dans une étendue de 0 centimètres, l'appendice est situé dans le tissu cellulaire interposé au cœcum et au fascia iliaca, c'est-à-dire dans le foyer purulent rétro-caecal (1). 11 est dirigé là de bas en haut; il adhère à la paroi postérieure ducœcum; il baigne dans le pus, et il est entouré d'un tissu conjonctif à faisceaux grisâtres dont les mailles sont remplies d'une sanie purulente.
La surface externe de l'appendice est grise, irrégulière, plissée. Il présente, à 2 centimètres de sa terminaison, une bosselure irrégulière due à un épaississement de sa paroi. A côté de cette induration, on voit une petite ampoule saillante (D, fig. 3) formée par une membrane très mince et molle, revenue sur elle-même et perforée à son centre en E.
Un peu au-dessus de cette perforation, qui mesure environ 4 millimètre et demi de diamètre, il en existe une autre plus petite et déprimée (F, fig. 3).
{i) Celle disposiiion a die signalée par la plupart des anatoinislos, par M-. Sappey cil parliculier, comme so rcnconlraiit quelquefois à^'élat normal, mcmo cliez les cnfanls nouveau-nés. M. Ch. Robin Ta vue une fois sur six.
''i I5LLSSURE HT MALADIE DE M. CAMBETTA.
Ces deux perforations communiquent avec la cavité de l'appendice.
Lorsqu'on injecte en effet de l'eau par l'extrémité escale de l'appendice, on fait sortir le liquide par les deux perforations que nous venons de décrire. Pendant l'injection, l'ampoule se dilate et présente une forme hémisphérique; le liquide coule en jet par le trou qu'elle présente à son centre; lorsqu'on cesse l'injection, la membrane revient sur ellemême et-s'affaisse en se plissant.
L'appendice étant ouvert dans toute sa longueur, on n'v trouve aucun corps étranger. Sa muqueuse est lisse et normale dans sa première portion, tandis qu'elle est irrégulière, grise, épaissie par places dans sa seconde portion, surtout près de son extrémité. Elle s'amincit progressivement au niveau des points perforés, qui paraissent être le fond d'ulfcérations qui ont détruit peu à peu toute la paroi.
Dans le but d'élucider la question de savoir si l'épaississement de la muqueuse était .ancien ou récent, j'ai fait durcir dans l'alcool absolu un fragment de l'appendice pris dans un point où sa paroi mesurait 2 millimètres. Sur les coupes perpendiculaires à sa surface, on trouve d'abord les glandes en tube parfaitement conservées avec leurs cellules cylindriques normales; au-dessous des glandes, il existe une couche épaisse formée de tissu conjonctif fasciculé contenant quelques vésicules adipeuses, puis les deux tuniques musculeuses, et enfin tout à fait à la surface externe une couche assez épaisse de tissu conjonctif. Dans cette dernière et dans la couche musculeuse superficielle, on trouve une grande quantité de cellules lymphatiques interposées aux faisceaux conjonctifs et musculaires. Mais il n'y a pas de cellules rondes migratrices dans le tissu conjonctif induré, situé au-dessous des glandes, ni dans la tunique musculaire à fibres annulaires.
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De cet. examen, on peut conclure que la muqueuse de l'appendice était altérée longtemps avant le début des accidents aigus qui ont déterminé la pérityphlite.
Les documents qui précèdent ont été collationnés et intégralement approuvés par les médecins dont les noms suivent et qui ont signé :
Professeurs Charcot, Verneuil, Trélat, Brouardel, Cornil; Docteurs Siredey et Lannelôngue.
A ilin, -Direct, îles linprlmorl.?K rtunlea, A, ruo MlQuon. 2, Parlj