ANALYSE DES URINES
érature de 45 degrés, et sous l’influence de Vacide chlorhydrique, ce qui caractérise les urates en dépôt.
Si l’on élève la température de l’urine à 60 degrés et plus, elle se trouble, c’est l’albumine alors qui se dépose.
Ainsi donc, la coloration rouge de l’urine ainsi que le dépôt sont dus à la présence des urates insolubles à la température ambiante et fixant la matière colorante, Yuro-érythrine.
Examen au microscope. — Ayant examiné au microscope une seule goutte de cette urine, nous avons remarqué la présence :
4° De masses amorphes d ’urate de soude;
2° De globules de pus, dont les bords sont arrondis et la surface parsemée de petits noyaux, ce qui les distingue des hématies, dont il y a complète absence et dont les bords son crénelés et ne portent qu’un seul noyau central;
3° De tubes urinifères (très fins et d’un très faible diamètre) ;
4° De cellules épithéliales.
En résumé, cette urine, d’une densité très élevée (1,030) et d’une transparence nulle, renferme et de l’albumine (2s r ,18) et de la glucose (12? r ,375).
La proportion d’urée est faible (14s r ,95 par litre), mais il sera utile, pour vérifier cette donnée, de connaître le volume d’urine émise en vingt-quatre heures.
L’acide phosphorique total est représenté par un coefficient très peu élevé (0§ r ,98), tandis que la quantité d’acide urique domine (l? r ,20).
Enfin les urates colorés par l’uro-érythryne donnent un dépôt abondant et d’un rouge orangé.
Deuxième analyse due à M. le professeur Cornil, le 21 décembre 1882. — L’urine de ce matin, très chargée, de
couleur rouge, présentait un léger nuage d’albumine par la chaleur et l’acide nitrique. On peut évaluer la quantité d’albumine à 25 centigrammes par litre.
Chauffée avec la liqueur de Fehling, on déterminait un changement de couleur après l’ébullition, de telle sorte qu’en regardant le tube en face de la lumière on voyait une légère couleur rouge; mais le liquide était transparent, en sorte que la quantité de sucre était à peine appréciable. L’anâlyse quantitative la porte à moins d’un gramme.
La densité est de 1,030.
Urée...,.. 290%46O à + 15°'
Acide phosphorique. 1'J r ,90
Dans le sédiment examiné au microscope, il y avait quelques globules rouges, mais un beaucoup plus grand nombre de globules blancs, des cellules venant de la vessie et une quantité considérable de petits dépôts d’urate de soude. On a cherché spécialement les cylindres dans cinq ou six gouttes du dépôt, il n’en a été vu que deux bien nets, bien caractérisés. Il ne faut pas leur attribuer une grande importance si l’albumine ne se reproduit pas et s’il n’y a rien de nouveau dans les urines.
Troisième analyse faite à la pharmacie Yée, le 29 décembre 1882.
Après avoir examiné l’urine de M. X..., nous avons constaté • les caractères suivants :
Couleur d’un rouge jaune.
Odeur un peu forte.
Transparence très grande, pas le moindre dépôt.
Consistance très grande, car, par l’agitation, l’urine - mousse avec persistance.
JDensité, 1,022.
ANALYSE DES ÜRINES.
Réaction très acide.
Albumine. — Essai :
1° Par la chaleur, l’urine un peu acidulée a perdu sa transparence et il y a eu formation d’un dépôt floconneux assez abondant.
2° Par l’acide nitrique fumant, l’urine a donné un coagulum très sensible
Dosage (précipitation de l’albumine par la chaleur) :
l? r ,42 par 1000 centimètres cubes.
Glucose. — Essai :
1° Par la potasse caustique, l’urine portée à l’ébullition n’a pas pris une coloration brune.
2° Par la liqueur cupro-potassique de Fehling préalablement portée à l’ébullition, puis additionnée de quelques centimètres cubes d’urine, il n’y a pas eu réduction de la liqueur cuivrique bleue en un protoxyde rouge cuivreux.
D’où nous concluons à l 'absence totale de glucose.
Urée. — Dosage (décomposition de l’urée par l’hypobromite de soude en présence d’une solution sodique) :
15^,92 par litre d’urine.
Acide urique. . — Dosage (précipitation de l’acide urique par l’acide chlorhydrique concentré).
(L’urine remise était en trop faible quantité pour me permettre le dosage de l’acide urique.)
Acide phosphorique total. — Dosage (méthode volumétrique, au moyen d’une solution de nitrate d’uranium) :
2s r ,54 par litre d’urine.
Bile et pigments biliaires. — Réaction de Gemlin. Au moyen de l’acide azotique nitreux au contact duquel on verse peu à peu .l’urine soumise à l’examen, nous n’avons pas vu
se former un anneau verdâtre caractéristique, d’où nous concluons à Y absence de bile.
Poids de l'extrait. — 69s r ,40 par litre d’urine.
Poids des matières organiques. — 59g r ,60 par litre d’urine.
Poids des sels minéraux. — 9? r ,80 par litre d’urine.
Dépôt. — L’urine est très limpide et ne laisse aucun dépôt, et cependant, après avoir décanté cette urine, nous avons examiné une seule goutte de ce qui restait au fond de l’éprouvette. Nous avons remarqué la présence :
1° De quelques cellules épithéliales ;
2° D 'un seul globule de pus.
Coloration de Vurine. — Nous avons recherché quel était le pigment de cette urine colorée en rouge jaune. D’après nos expériences, on ne doit l’attribuer ni aux acides biliaires, ni à l ’urobiline dont je n’ai pu constater les moindres traces à l’aide de réactifs appropriés.
Indican. — Mais, après avoir acidulé l’urine par l’acide chlorhydrique et laissé quatre heures en contact, l’urine s’est colorée en violet; le dépôt que j’ai recueilli sur un petit blanc était aussi violacé, il y avait même des points bleus.
En lixiviant ce dépôt par l’alcool à 60 degrés, j’ai obtenu un liquide rouge; puis, en le traitant par le chloroforme, un liquide bleu s’est écoulé ; le liquide rouge, c’est de Yindirubine, et le liquide bleu, de Yindigotine résultant de la décomposition de l’indican.
Or, d’après mes observations, et en me rapportant à cinq analyses où j’ai constaté l’indican, les diagnostics ultérieurs des médecins ont indiqué cinq fois que le malade était atteint de carcinomie soit de l’intestin, soit de l’estomac. Il y aurait donc lieu de s’enquérir de ces résultats, et je n’ai d’autre but que celui d’attirer l’attention de ce côté.
ANALYSE DES UUINES.
En résumé, cette urine renferme de Yalbumine (ls r ,42) seulement; pas de glucose.
De plus, la coloration rouge jaune de l’urine est anormale et due à la présence de Yindican.
Dissection de la main blessée. — Les doigts ont leur volume normal; la face dorsale de la main ne présente pas d’œdème, mais les tissus mous de la paume sont un peu.plus épais que du côté gauche. On a quelque peine à distinguer l’orifice d’entrée du projectile; une teinte plus blanchâtre l’indique seulement. L’orifice de sortie présente au contraire une teinte grise et un amincissement de là peau qui frappent les yeux.
La description qui va suivre portera d’abord sur la portion palmaire du trajet et il est utile d’indiquer que la dissection de la main a été faite couche par couche, en procédant d’une incision médiane qui a respecté les orifices d’entrée et de sortie de la balle.
La couche sous-cutanée et l’aponévrose palmaire sont intimement unies à la peau au niveau de l’orifice d’entrée par de très fortes adhérences; l’aponévrose palmaire est épaissie, et elle présente, en outre, une teinte noire ecchvmotique qui la recouvre vers le poignet dans une étendue de 2 à 3 centimètres ; le sang est infiltré dans l’épaisseur même de cette aponévrose au milieu des faisceaux fibreux.
Sous l’aponévrose palmaiFe, le projectile a rencontré l’arcade palmaire superficielle, à l’angle même de sa courbure, en face du tendon de l’index, à 3 millimètres en dehors du tronc commun des collatérales de l’index et du médius. A ce niveau, le tronc de l’artère ne peut plus être disséqué, elle se résout en tractus fibreux et disparaît dans une gangue inflammatoire qui unit la face profonde de l’aponévrose à la face externe de la gaine des tendons.
La paroi antérieure de la grande gaine ou gaine interne des tendons fléchisseurs est très épaissie dans toute son étendue et on n’y reconnaît le trajet du projectile qu’à des adhérences superticielles avec l’aponévrose et la peau, ou profondes et en regard de la cicatrice cutanée. Le siège anatomique du trajet dans la paroi de la gaine est placé dans l’angle de bifurcation des troisième et quatrième branches du nerf médian. A ce niveau, la surface interne de la gaine présente des adhérences avec le tendon superficiel du doigt indicateur. Ge tendon est légèrement éraillé à sa surface et présente quelques ecchymoses; il est accolé au tendon du médius dans une étendue de 1 centimètre ; en séparant ces deux tendons, on reconnaît que celui du médius a été traversé d’avant en arrière par le projectile. Deux fissures longitudinales s’y dessinent en effet, l’une en avant et en dehors, l’autre en arrière et en dedans, et lorsqu’on en écarte les bords, on met à découvert une cavité placée au centre du tendon, et tapissée par une couche noirâtre.
Plus profondément le projectile a rencontré les tendons fléchisseurs profond du médius et de l’annulaire. La surface de ces tendons a été intéressée dans une étendue de 2 centimètres environ ; une couleur noire ecçhymotique, des déchirures visibles se remarquent dans cette partie du trajet ; enfin de très fortes adhérences unissent étroitement les deux tendons.
En suivant le trajet dans son parcours ultérieur dans la -gaine, on trouve qu’il gagne la paroi postérieure du canal radio-earpien immédiatement en dehors de l’apophyse unciforme de l’os crochu ; il existe à ce niveau, sur la paroi postérieure de la gaine interne, une traînée noire formée par une infiltration sanguine qui s’étend jusqu’au cul-de-sac antibrachial de cette gaine. En ce point, le projectile a perforé la paroi réfléchie de la membrane séreuse et il s’est formé un
ANALYSE DES ÜRINES. 47
épaississement fibreux assez notable. Ce noyau d’induration adhère à l’artère cubitale qui présente au même endroit une dilatation sacciforme sur sa paroi postérieure ; il semble que le projectile n’ait intéressé que les membranes externe et moyenne de l’artère, et qu’une poche anévrysmale en voie de formation ait été la conséquence de l’affaiblissement de la paroi artérielle ; l’une des veines cubitales a été coupée et se perd dans un caillot fibrineux assez dense. Les adhérences de l’artère cubitale à son nerf satellite ne sont plus normales, et dans une étendue de 2 centimètres environ, un tissu fibreux résistant unit ces deux organes.
Le nerf cubital présente, immédiatement au-dessus de la dilatation artérielle précédente, un renflement longitudinal et fusiforme de 12 millimètres de longueur sur 7 millimètres de largeur. Ce névrome de réparation adhère étroitement en dehors et en bas à l’artère cubitale et au tissu cellulaire adjacent qui est induré ; par sa surface interne et antérieure il est intimement uni au muscle cubital antérieur.
Lorsqu’on isole ce nerf du muscle en détruisant le tissu fibreux qui les réunit, on constate à la surface du nerf une plaque ovalaire, de l’étendue d’une lentille, d’une teinte gris rose, d’un tissu plus dense qui paraît correspondre au trajet même du projectile dans le nerf. Cette plaque occupe plus particulièrement, ainsi que le renflement qui la supporte, la partie postérieure du cordon nerveux ; d’autre part, la partie antérieure n’est presque pas recouverte de tissu de nouvelle formation, sa continuité est uniforme. On est donc en droit de conclure que le projectile n’a intéressé que la partie postérieure du nerf cubital.
Le muscle cubital antérieur est traversé directement de sa face profonde à sa face superficielle à 3 centimètres et demi au-dessus de son insertion à l’os pisiforme. De résistantes adhérences l’unissent à la peau en ce point.
Puis, le projectile a parcouru dans la couche sous-cutanée un trajet de près de 3 centimètres environ avant d’arriver à l’orifice de sortie qui occupe le bord cubital au point indiqué dans l’observation.
Dans la main, la région de l’éminence hvpothénar n’offre aucune altération; dans l’éminence thénar, au contraire ainsi que dans le premier espace interosseux, il existe sous la peau une forte infiltration sanguine encore aujourd’hui très reconnaissable, avec des foyers sanguins en voie de transformation. — La gaine du fléchisseur propre du pouce est normale.
En résumé, le projectile a produit les désordres suivants : il a ouvert la grande gaine des fléchisseurs dans le milieu de la paume de la main et il en a parcouru toute la cavité jusqu’à son extrémité anlibrachiale. Dans ce trajet, le tendon superficiel de l’index a été légèrement atteint, le tendon superficiel du médius a été traversé, les tendons profonds du médius et de 1 annulaire, entre lesquels la balle a cheminé dans une longueur de 2 centimètres, ont été lésés à leur surface et très contus. Avant de pénétrer dans cette gaine le projectile a coupé l’arcade vasculaire superficielle ; à sa sortie il a légèrement atteint l’artère cubitale et incomplètement coupé le nerf cubital. Le trajet est cicatrisé dans toute son étendue, et nulle part il n’y a trace de suppuration.
ADTOPSIE PAR M. CORNIL. 49
Le décès a eu lieu le 31 décembre à onze heures cinquante-cinq du soir. Vingt-quatre heures après, M. Talrich a fait une injection conservatrice à base de chlorure de zinc. Au moment de l’autopsie, les altérations cadavériques dues à la putréfaction et celles causées par le liquide injecté étaient tellement prononcées que presque tous les organes étaient modifiés dans leur aspect microscopique et que l’examen histologique de la plupart était tout à fait impossible.
EAITE A NEUF HEURES ET DEMIE, LE 2 JANVIER, EN PRɬ SENCE DE MM. PAUL BERT, RROUARDEL, CHARCOT, CORNIL, TRÉLAT, VERNEUIL, RIOÜVILLE, LANNELONGUE, SIREDEY, DUVAL, FIEUZAL, LABORDE, GUERDAT, GILLES, GIBIER.
La rigidité cadavérique a disparu. Sur aucune partie du corps il n’existe de traces de violences si ce n’est sur la peau du membre supérieur droit.
Dans la paume de la main, au croisement du pli de l’éminence thénar et d’une ligne transversale partant de la base du pouce, on trouve une cicatrice blanchâtre, à peine visible, recouverte d’épiderme. Au côté interne de l’avant-bras, à 5 centimètres au-dessus de l’aphophyse styloïde du cubitus, il existe une cicatrice rosée, un peu irrégulière à ses bords, mesurant 5 millimètres dans son plus grand diamètre. Le bras blessé est identique à celui du côté opposé par son volume, sa consistance, son degré de conservation, et par la couleur de la peau.
Les veines du membre supérieur droit sont normales.
La peau de la région abdominale porte à droite, dans la
région du flanc, les traces d’un vésicatoire. L’épiderme est soulevé par places, sur l’abdomen, les cuisses, le dos, etc., par de larges phlyctènes dues à la putréfaction cadavérique. Il n’v a, du reste, aucune trace de solution de continuité ancienne ou récente de la pardi abdominale.
A l’ouverture de la cavité crânienne, il s’écoule une grande quantité du liquide employé pour l’injection conservatrice.
Les méninges cérébrales se décortiquent avec une grande facilité.
Le cerveau est sain, il pèse H60 grammes. Le cerveau a été remis à M. Duval, président de la Société d’anthropologie.
Le cœur est de volume normal; il pèse 400 grammes. Le tissu cellulo-adipeux situé sous le péricarde viscéral autour du cœur n’est pas notablement plus épais qu’à l’état normal. L’aorte, au-dessus des valvules sygmoïdes, offre à considérer une petite plaque athéromateuse calcifiée de 7 à 8millimètres de diamètre. La paroi musculaire du coeur n’est pas épaissie, les valvules sont saines.
Les plèvres contiennent un peu dé liquide provenant de l’injection conservatrice.
Les poumons sont absolument libres, sans adhérences à la plèvre pariétale. Ils sont légèrement emphysémateux; ils ne montrent aucune trace de lésions pathologiques anciennes ou récentes ; pas d’abcès, pas de nodules tuberculeux.
Le tissu cellulo-adipeux sous-cutané de la paroi de l’abdomen est épais de 4 centimètres au-dessus de l’ombilic, de 8 centimètres au-dessous; il présente dans la région hypogastrique des dilatations variqueuses des veines souscutanées.
Le péritoine contient des gaz fétides et une petite quantité de liquide séro-purulent collecté dans les parties déclives. La
AUTOPSIE PAR M. CORNIL. 51
surface du péritoine pariétal est à peine rosée et sans trace de fausses membranes fibrineuses. Les anses de l’intestin sont libres d’adhérences et ne présentent pas non plus de ausses membranes fibrineuses.
Le foie pèse 1920 grammes. Il est lisse à sa surface, gras, sans cicatrices ni épaississement général ou partiel de la capsule de Glisson. Il né contient pas d’abcès.
Le fond de la vésicule biliaire est uni par une adhérence au côlon transverse. Elle est remplie de bile et ne contient pas de calculs. Sa paroi est notablement épaissie.
La rate pèse 230 grammes. Elle ne contient pas d’abcès.
Les reins se décortiquent facilement; le rein gauche pèse 200grammes; le droit 160 grammes. Leur surface est lisse, leur apparence normale. Ils ne renferment pas d’abcès.
L’intestin grêle et le gros intestin sont très distendus par des gaz. Les gaz contenus dans le cæcum se déplacent facilement par la pression et remontent alors dans le côlon ascendant. Ce. dernier est moins dilaté que le cæcum. Le côlon ascendant présente, un peu au-dessus du cæcum, un pli transversal, sorte de rétrécissement relatif déterminé par la pression du côlon transverse.
La partie postérieure du cæcum est unie à la paroi abdominale par des adhérences résistantes et anciennes. En décollant le cæcum et en le soulevant, on découvre un foyer d’infiltration purulente anfractueux, cloisonné par des bridés de tissu cellulaire, contenant environ deux cuillerées de pus. Ce foyer s’étend en haut jusqu’à la partie inférieure de l’atmosphère adipeuse du rein droit, en dedans jusqu’à la colonne vertébrale en arrière du muscle psoas, et il envoie en bas un prolongement long de 3 à 4 centimètres dans le petit bassin. En dehors, ce foyer est limité du côté du péritoine par les adhérences déjà décrites, mais il se propage en avant du fascia iliaca dans l’épaisseur du tissu conjonctif
sous-péritonéal. En continuité avec ce foyer, il existe, dans la paroi antéro-latérale de l’abdomen, dans le tissu celluloadipeux sous-péritonéal de la région du flanc droit, des îlots disséminés de tissu cellulaire sphacélé, jaunâtre, tels qu’on les rencontre dans le phlegmon diffus.
La partie terminale de l’iléon, le cæcum et le côlon ascendant ont été enlevés pour être examinés en détail. Le cæcum étant ouvert, on voit ia valvule iléo-cæcale proéminente, analogue' par sa configuration au museau de tanche (voy. fig. 2, A). La saillie quelle forme mesure de 3 à 4 centimètres. Au lieu d’être constituée par deux valves minces, au contact l’une de l’autre, la valvule iléo-cæcale présente un bord circulaire, épais, induré et une ouverture étroite et plissée qui permet à grand peine l’intromission de l’extrémité du petit doigt.
Lorsqu’on a ouvert l’intestin grêle et la valvule iléo-cæcale, on constate derrière le rétrécissement de celle-ci une dilatation, puis un nouveau rétrécissement à 5 ou 6 centimètres de la valvule.
On peut voir, sur la section de l’intestin grêle, que la saillie et le rétrécissement de la valvule sont déterminés par une invagination de l’extrémité inférieure de l’iléon dans le cæcum. La muqueuse de l’intestin grêle, en sortant du rétrécissement, revêt toute la partie externe ou cæcale du rebord épaissi de la valvule. La muqueuse, ainsi réfléchie de dedans en dehors, tapisse un anneau fibro-musculaire très résistant, semi-transparent, de 4 à 5 millimètres d’épaisseur, qui forme, pour ainsi dire, la charpente solide de la saillie de la valvule de Bauhin.
La muqueuse du cæcum et celle du côlon ascendant sont plus épaissies et plus rigides qu’à l’état normal. Dans la partie postérieure du cul-de-sac cæcal, qui est en rapport avec le foyer purulent, là surface de la muqueuse est lisse, comme
AUTOPSIE PAR M. CORNIL. 53
tendue et étalée. Dans le côlon ascendant, la muqueuse s’enfonce dans les plis et anfractuosités déterminés par le relief des fibres musculaires, mais on n’y trouve ni ulcérations ni perforations.
L’appendice caecal s’ouvre dans le cul-de-sac du cæcum par une ouverture assez large. Examiné à la surface du cæcum, l’appendice est fixé d’abord au cæcum, dont il contourne l’extrémité inférieure, puis il se replie de bas en haut pour passer au-dessous et en arrière du cul-de-sac cæcal.
Dans la première partie de son trajet, qui mesure 5 centimètres (voy. fig. 3), l’appendice est recouvert, comme le cæcum auquel il adhère, parla séreuse péritonéale. Mais depuis le point où il pénètre en arrière du cæcum, jusqu’à son extrémité terminale, dans une étendue de 6 centimètres, l’appendice est situé dans le tissu cellulaire interposé au cæcum et au fâscia iliaca, c’est-à-dire dans le foyer purulent rétro-cæcal(l). Il est dirigé là de bas en haut; il adhère à la paroi postérieure du cæcum ; il baigne dans le pus, et il est entouré d’un tissu conjonctif à faisceaux grisâtres dont les mailles sont remplies d’une sanie purulente.
La surface externe de l’appendice est grise, irrégulière, plissée. Il présente, à 2 centimètres de sa terminaison, une bosselure irrégulière due à un épaississement de sa paroi. À côté de cette induration, on voit une petite ampoule saillante (D, fig. 3) formée par une membrane très mince et molle, revenue sur elle-même et perforée à son centre en E.
Un peu au-dessus de cette perforation, qui mesure environ 1 millimètre et demi de diamètre, il en existe une autre plus petite et déprimée (F, fig. 3).
- (1) Cette disposition a été signalée; par la plupart des anatomistes, par M. Sappey
en particulier, comme se rencontrant quelquefois àj l’état normal, même chez, les enfants nouveau-nés. M. Ch, Robin l’a vue une fois sur six.
f,4 BLESSURE ET MALADIE DE M. GAMBETTA.
Ces deux perforations communiquent avec la cavité. de l’appendice.
Lorsqu’on injecte en effet de l’eau par l’extrémité cæcale de l’appendice, on fait sortir le liquide par les deux perforations que nous venons de décrire. Pendant l’injection, l’ampoule se dilate et présente une forme hémisphérique; le liquide coule en jet par le trou qu’elle présente à son centre ; lorsqu’on cesse l’injection, la membrane revient sur ellemême et s’affaisse en se plissant.
L’appendice étant, ouvert dans toute sa longueur, on n’y trouve aucun corps étranger. Sa muqueuse est lisse et normale dans sa première portion, tandis qu’elle est irrégulière, grise, épaissie par places dans sa seconde portion, surtout, près de son extrémité. Elle s’amincit progressivement au niveau des points perforés, qui paraissent être le fond d’ulcérations qui ont détruit peu à peu toute la paroi.
Dans le but d’élucider la question de savoir si l’épaississement de la muqueuse était ancien ou récent, j’ài fait durcir dans l’alcool absolu un fragment de l’appendice pris dans un point où sa paroi mesurait 2 millimètres. Sur les coupes perpendiculaires à sa surface, on trouve d’abord les glandes en tube parfaitement conservées avec leurs cellules cylindriques normales; au-dessous des glandes, il existe une couche épaisse formée de tissu conjonctif fasciculé contenant quelques vésicules adipeuses, puis les deux tuniques musculeuses, et enfin tout à fait à la surface externe une couche assez épaisse de tissu conjonctif. Dans cette dernière et dans la couche musculeuse superficielle, on trouve une grande quantité de cellules lymphatiques interposées aux faisceaux conjonctifs et musculaires. Mais il n’y a pas de cellules rondes migratrices dans le tissu conjonctif induré, situé au-dessous des glandes, ni dans la tunique musculaire a fibres annulaires.
AUTOPSIE PAR M. CORNIL. 55
De cet. examen, on peut conclure que la muqueuse de l’appendice était altérée longtemps avant le début des accidents aigus qui ont déterminé la pérityphlite.
Les documents qui 'précèdent ont été collationnés et intégralement approuvés par les médecins dont les noms suivent et qui ont signé :
Professeurs Charcot, Verneuil, Trélat, Brouardel, Cornil; Docteurs Siredey et Lannelongüé.