‹ Bleu, blanc, rougeChapitre 61 sur 77 · LES ROIS · texte numérisé non relu

LES ROIS

T'en souvient-il encore De la Fête des Rois, Chez tante Kléonore ?

J'avais douze ans, je crois Une robe a ramage, La médaille d'argent Des " grandes du couvent '' Brillait a mon corsage.

Georget, le beau cousin, Arrivé du matin, Cachait sa cigarette, En me contant fleurette.

Quel gâteau merveilleux

Masse pyramidale

Où le sucre en spirale,

Etincellant de feux,

Parfumé d'oranger,

Dentelait une crèche :

Jésus-Roi, le berger, I-»' boeuf, |'âne : evêche,

1 ont en sucre nouveau.

Tantine, grave et belle, Découpait le gâteau . . .

Quelle heure solennelle ! . . .

Ul

Soudain, un cri vibrant :

- La fève ! ... à moi la fève !

Je suis reine ! Ah 1 quel rêve !

Viens, mon Prince Charmant;!

Georget semble aux abois

—Mon titre de noblesse

Il est . . . là qui . . . m'oppresse ! .

En avalant le pois,

J'ai failli m'élouffer.

— Avaler sa couronne !...

Ah ! ah ! ah ! qu'elle est bonne,

El tous de s'esclaffer !...

" Sotte aventure, ure ! ure !"

C lame la troupe en rond.

" Salut ! prince bouffon !" Mais voyant sa torture :

Silence ! Ecoutez- moi !

Par droit de souveraine, Je fais Georget mon roi.

Sortez de mon domaine Chagrins, soucis et peine.

Soyez gais, je le veux :

Le bonheur d'une reine Est un peuple d'heureux !

Et Georget, comme un preux :

— Je jure, noble dame, De n'avoir d'autre flamme Que celle de vos yeux î — Tu semolais attendri Et moi j'étais émue ; .Serment du colibri A la fleur ingénue ï Amour de papillon !

Où donc est le sillon Qu'a creusé dans ta vie Notre idvlle fleurie !

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