HISTOIRE D'UN LILAS
Racontée par hn-nicHie.
Le gai printemps est mon Parrain :
Ma Marraine, la chaude brise.
Je naquis derrière l'église, Aux vocalises de l'airain.
Les pommiers jetaient des dragées Aux petits morts sur leurs berceaux ; Dans les nids chantaient les oiseaux Balançant les branches chargées !
Mais une mortelle langueur En mes veines glaçait la sève, Les blancs pétales de mon rêve S'effeuillaient en leur pâle fleur !
L'aurore du dernier matin Tombait dans le fatal clepsydre La mort, cruelle comme l'hydre Buvait la rosée en mon sein !
Je vis paraître un blanc COrt< Enfants de chœur, prêtre en surplis, Cercueil, enguirlandé de lis,
Le goupillon... pieux manège, Qui calme et bénit la douleur.
On fit une fosse béante, Et sur ma racine mourante, On coucha le mignon dormeur.
O ciel ! . . . une sève nouvelle
Court et bouillonne en mes rameaux,
Je tire la vie immortelle
De la chair grise des tombeaux.
Etrange loi, le suc morbide
Soudain se change en élixir !
Vie ! . . .Es-tu fille du zéphyr,
Ou bien soeur de la mort livide ?. . .
Souvent une femme endeuillée Vient s'agenouiller et pleurer.
Elle dépose un long baiser Sur le marbre du mausolée !
Mère, si je pouvais te dire Le mot du mystère divin :
L'âme exhale son doux parfum, Ton fils aimé vit et respire !
Eternelle création !
Après l'enfant, la fleur et l'ange.
O mère, et tu sais de la fange
Tirer un immortel rayon !
Que ne puis-je faire neiger
Mes fleurs aux teintes d'améthyste,
Sur le sentier parfois si triste,
Où tu poses ton pas léger !
Pardessus le grand mur de pierre,
La tête blonde d'un gamin :
— " Le beau lilas ! Oh ! quel butin
" Dégarnissons le cimetière
" Les morts n'en diront rien, Ninette.
" Tiens, attrappe !... Est-ce assez ?... Encor.
'* Vite emportons notre trésor !
** Faisons bouquets, chapeau, cornette "
Le lilas dépouillé g'émit :
Dieu, lamentable destinée, La fleur que tu m'avais donnée Sera fanée avant la nuit !
Foulée aux pieds de ces bambins Et puis jetée à la voirie !
Je sais plus d'une âme flétrie Par de moins innocents larcins,