‹ Bleu, blanc, rouge [microforme]Chapitre 5 sur 79 · UN BAPTÊME A LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

UN BAPTÊME A LA CAMPAGNE

D' chevaux attelés à une lourde voiture piaffent d’im- Patience à la porte d’une jolie maisonnette blanche en-

cadrée de vignes Sauvages. L'or rougi des soleilautomnals à teinté les feuilles ajourées, travaillées comme une broderie. Sur le fond Pourpré de la dentelle se détachent des &rappes d’un blen sombre Saupoudrées d’une fine pous.sière d’étamine, comme en laisse aux doigts l’aile diaprée du papillon. C’est le déjouner d’adieu que Dame Nature off:e à ses poètes aériens avant leur départ par grosses bandes pour ces climats lointains, ‘ où la brise est plus douce, où fleurit l’oranger, dans un éternel printemps, ”

Le village est en émoi : on sait que le ciel a visité les hôtes de la petite maisonnette et qu’undeses anges est rete- Du Captif dans la prison d’un berceau. On sait... Mais bah! qu'est-ce qu’on ne sait Pas dans un Village où la moindre chose prend l’importance d’un évènement.

Les commères s’interpellent d’une galeric à l’autre!

—Hein !'une voiture à deux chevaux, quelle extravagance !

—Des gens de la ville qui sont dans les honneurs ! Voyez-vous c’est si gaspilleux ?

—Baptiste les a vus arriver par les chars. (Ca s’en fait accroire ! Attention ! que les cloches vont en sonner une danse.

—Ça va récompenser le bedeau pour le baptême des Cholette, quand cet avaricieux de Babeu a été de cérémonie, ÿ n’a pas voulu donner un sou à l’église, sous prétexte qu’il était en chicane avec le curé. Le vieux serrela-poigne !....… Rien que deux petits coups Quelle honte d’arriver au monde chichement comme ça !

—C'était à pleurer, pauv’p’tit 8ars, y sera pas chan. ceux ben sûr, vous saurez m'ldire.

—Mais qu’est-ce qu’ils peuvent ben tarder à sortir ? … Et les mains en abat-jour, les femmes da nelles ardentes les volets qu’ils pourraient s’ouvrir ment de cette brutale curi

8ens, quand on est certain q le ciel muet, les oisea

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A l’intérieur de Ja petite maisonnette blanche, l’émotion st à son comble. Tout est sans dessus dessous, le beau linge bien repassé s’échappe Par gros chiffons des tiroirs béants, sur une Chaise s'étale la toilette toute raide de l’enfantelet qu’une vieille femme est en train de pré. Parer pour le baptême. Les restes d’un déjeuner traînent

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sur Ja table, et Minette, les yeux fermés, ronronnant de bonheur, étend délicatement sa Patte blanche vers le Plat, avec des allures de prestidigitateur. D’un coup de griffe, elle ramène les débris du repas, qui disparais-

rideaux de cotonnade, une femme, dont la pâleur se confond avec la blancheur des oreillers, repose, les yeux miclos, un sourire lointain sur ses lèvres décolorées. A tra.

sur l’enfant, que la bonne femme tourne et retourne sur

ses genoux, empaquetant Comme une momie ce petit bout .

d’homme qui vagit sans interruption, woin ! woin !...... Parfois, elle s’interrompt dans sa besogne pour s’exclamer, la bouche pleige d’épingles.

—Est il beau c’t’enfant, r’gardez moé c’te Carréture d’épaules, quel fier gars fa va faire, hein! Et puis, une voix !...…. que Ça va relever son grand’père comme maître chantre. Mais c’est ben le père tout recopié, ses Yeux, son nez, sa bouche, Y Pourra pas le r’nier çui-là,.

Dans un coin de la chambre, une fillette de cinq ans

ciel.

—D'où vient il? Pourquoi lui a-t-on donné sa place près de sa Maman, qui lui sourit et l’embrasse plus souvent qu’elle, Ce marmot rouge n’est Pas beau, ni bon, puis il grimace et crie bien fort, sans écouter la vieille femme.

—Ah!ah!...ne pleure pas mon beau mignon.

On ne le connaissait pas hier, cet étranger, et il acca- Pare tout maintenant.

La jalousie lui mord le cœur, mais elle fait sa brave; elle veut savoir. Croyant que sa Maman dort, elle s’a.

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vance à petit pas, regarde longuement le bébé, comme pour pénétrer le mystère qui brutalise sa faible raison, elle étend le bras pour toucher cette drôle de chose, et le retire, prise d’une d’une étrange frayeur Enfin, n’y tenant plus, elle hasarde une question timidement, puis une autre, puis vingt ; la digue une fois rompue le torrent s'écoule :

—Combien l’a-t-on bien cher ! Si l’ comme pour sa poupée, sauvages eux, où les p l’ont-ils peinturé en ro e manteau brodé et nnet gros comme le

à Compris le petit dra.

fillette. Elle l’appelle mains, et lui parle à

‘ C’est un petit frère que le petit Jésus lui envoie— il faut bien l’aimer, car il sera gentil. Et plus tard, elle le lui prétera, pour le bercer, l’endormir en lui chantant de belles chansons !

Ingénieuse tendresse des mères: Elle lui Prélerait le bébé. Le mot fit un miracle. La petite eut la vision de quelque chose à serrer dans ses bras, à aimer, à Caresser, à protéger, Une gravité attendrie enveloppe ses traits ingénus de petite femme s’éveillant à la vie du cœur,

La fillette s’approche de la matrone :

— Donne, que j’embrasse mon bébé...

La porte de la Chambre s’entrouvre avec fracas, laissant pénétrer des éclats d’une joie bruyante mêlée au cliquetis des verres. Un homme Paraîit; savonné,

30 BLEU—BLANC— ROUGE reluisant, sentant l’eau de Floride, bit de noce, un peu fripé par le lo

Le poupon Passe de mains en mains, lui agace les lèvres, pour le faire rire, tandis rain n’ose le prendre dans ses bras, de peur

—Sous les armes, maintenunt !

Le cortège se forme ; d’étoffe Carrautée, mant céline, majestueuse com

La marraine que le parde le Casser,

la porteuse endimanchée, robe elet de cachemire noir, grande .

me si elle portait le Saint-Sacre.

à la christianisation de son fils.

Si, elle suit le roulement de la voiture jusqu’à l’église ; les gamins du village escortent le compérage, Le cortège pénètre dans la froide Chapelle, elle frissonn découvre la frêle poitrine de son fils

nonce les paroles Sacramentelles.

. Marie-Joseph, Lorenzo, Maisonn d’Artagnan, Laurier, je te baptise au Fils et du Saint-Esprit,”

Oh! d’Artagnan ! Comme elie aurait voulu nom héroïque fût porté Par son fils ; c'était un rêve sentimental longtemps caressé. Mais le p

ère en tenait pour Laurier. Dame, on est rouge ou on ne l’est Pas. Et elle avait cédé,

euve, Pie, Paul, nom du Père, du

que ce

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Une volée retentissante de cloches fèlées s’égrenne dans l’air, moins joyeusement que dans le cœur de la mère. Un citoyen de plus ! La joie, la fierté de la race qui se continue par une chaîne immortelle ! Le bonheur de voir une fleur de son amour S’épanouir et devenir un arbre vigoureux où s’abriteront à leur tour des nichetés d'oiseaux du ciel!

La fillette, brisée par tant d’émotions, s’est endormie.

Maintenant la mère interroge fièvreusement l’horloge : “Ils sont bien longs à revenir.” Chaque minute qui s’écoule loin de son fils lui semble une éternité. Un accident survenr peut-être, la rencontre d’une autre voiture. Si l’on allait oublier de ramener le châle sur la petite figure de l'enfant et qu’il prendrait froid... Pauvre mère ! déjà l’inquiétude jette une goutte d’amertume dans ses joies...

Mais des pas résonnent sur le palier, l’escorte du petit chrétien revient, grossie du maire de la place, de l’avocat, du notaire, du sacristain, etc.

Les bras de la mère s’ouvrent avec ivresse, un baiser tombe comme une prière sur le front de l’ange qui vieat de s’enregistrer dans la grande armée des chrétiens et d’y prêter le serment solennel, tandis que la carafe passe de mains en mains.

‘A la santé de Monsieur mon fils, Marie-Joseph-Loren. z0-Maisonneuve-Pie-Paul-d’Artagnan- Laurier Plumeau.

— Bravo ! Autant de noms, autant de santés ! glapit un elerc de notaire, dont le aez servirait dans un séma. phore comme signal de danger.

—À la santé de la mère, corrige galamment l’avocat….

—Parbleu ! crie le Papa : illard, pas un membre de l’heureuse famille Plumeau ne sera oublié! Je veux qu'on garde le souvenir de ce grand jour.

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