‹ BluettesChapitre 2 sur 83 · SAINT FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS DE SALES

Plusieurs auteurs ont écrit la vie de ce grand saint ; ses nobles actions et les étonnants miracles de son zèle sont connus de tous ; je rappellerai seulement ici quelques conseils pratiques que cet ange de douceur donne à sa Philotée à la fin de son livre de la " Vie dévote. "

" Renouvelez tous les premiers jours du mois la protestation que vous avez faite de servir Dieu, et dites, ce jour-là, à tous moments comme David : " Non, jamais, ô mon Dieu, je n'oublierai votre loi; car c'est par elle que vous avez rendu la vie à mon âme. " Et quand vous sentirez en vous quelque altération considérable, prenez votre protestation en main, et prononcez-la de tout votre cœur, dans une profonde humiliation de vous-même : vous y trouverez un grand soulagement.

Faites une profession ouverte, non pas d'être dévot , mais de vouloir l'être, et n'ayez point honte des actions communes et nécessaires qui nous conduisent à l'amour de Dieu. Avouez hardiment que vous tâchez de vous faire à la méditation, que vous aimeriez mieux mourir que de pécher mortellement, que vous voulez fréquenter les sacrements et suivre les conseils de votre directeur. (Il n'est pas nécessaire de le nommer, pour plusieurs raisons.) Cette déclaration sincère de vouloir servir Dieu, et d'être consacré à son amour de bon cœur, est fort agréable à sa divine majesté, qui ne veut point que l'on ait honte de son service, ni de la croix de son Fils ; et

d'ailleurs cela coupe court à beaucoup de remontrances du monde, et nous oblige encore par honneur à la persévérance. Les philosophes se déclarent philosophes afin qu'on les laisse vivre philosophiquement, et nous devons déclarer le désir que nous avons de la dévotion afin qu'on nous laisse vivre dévotement. Si quelqu'un vous dit que la dévotion ne demande pas absolument la pratique de tous ces avis et exercices, ne le niez pas, mais répondez doucement que votre infirmité est si grande, qu'elle a besoin de plus d'aide et de secours qu'il n'en faut aux autres.

Enfin je vous conjure, par tout ce qui est sacré au ciel et sur la terre, par le baptême que vous avez reçu, par les entrailles qui ont porté Jésus-Christ, par le cœur charitable avec lequel il vous aima, et par les entrailles de la miséricorde en laquelle vous espérez, de continuer à persévérer dans l'heureux dessein que vous avez de mener une vie sincèrement dévote. Nos jours s'écoulent et la mort est à la porte. " La trompette, dit saint Grégoire de Nazianze, sonne la retraite ; que chacun se prépare, car le jugement est proche. " La mère de saint Symphorien, voyant qu'on le conduisait au martyre, criait après lui : u Mon fils, mon fils, souviens-toi de la vie éternelle, regarde le ciel, et contemple Celui qui y règne. Te voilà au terme de ta misérable vie. " Je vous le dis aussi, regardez le ciel, et ne le perdez pas pour la terre ; regardez l'enfer, et ne vous y jetez pas pour un plaisir de quelques moments ; regardez Jésus- Christ, et ne renoncez pas à Lui pour le monde ; et quand la pratique de la vie dévote vous semblera dure, chantez avec saint François :

A cause des biens que j'attends,

Les. travaux me sont un passe-temps.

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