FABLE
Fanfan était malade, il fallait le guérir ; Mais c'était, par malheur, un petit volontaire Qui n'avait coutume de faire Que ce qui lui faisait plaisir ; Et le remède salutaire Que pour chasser la fièvre on lui devait offrir N'était guère fait pour lui plaire.
C'était une boisson amère ; Et le drôle eût bien mieux aimé quelque bonbon, Aussi, dès qu'il la vit paraître, Prévoyant bien ce qu'elle pouvait être, Il se mit à pleurer, puis il la rebuta, El de dépit enfin par terre il la jeta. La mère alors, sa tendre mère, Qui pleurait aussi, sentit bien Qu'il fallait recourir à quelque heureuse adresse ; Et voici quel fut le moyen Que lui suggéra sa tendresse.
Mais mettant à la fois plusieurs drogues en poudre, Dans des œufs et du sucre elle les fait dissoudiv. Y joint de la farine, en forme un vrai biscuit. Quand il est bien doré, bien cuit, De son mutin elle s'approche, Et, feignant de tirer un bonbon de sa poche
DLUETTES.
Tiens, dit-elle, mon bon ami :
Si tu n'as pas voulu prendre la médecine,
Tu prendras bien du moins, ceci ?
C'est un biscuit. Tiens, vois comme il a bonne mine !
Aussitôt le petu madré, Du coin de l'œil avec soin l'examine ; En voyant le dessus, qu'on avait bien sucré : —Eh bien ! puisqu'il le faut, dit-il, je le prendrai. Il le prit, en effet, sans nulle répugnance. Il eut pendant trois jours la même complaisance; Et sans qu'il s'en doutât, en se purgeant ainsi, Le malade, dans peu, se trouva rétabli.
Gomme cette prudente mère, Je voudrais, mes enfants, sans prendre un ton sévère,
Vous corriger de vos défauts.
Les fables, où je tâche et d'instruire et de plaire Sont comme les biscuits qu'elle crut devoir faire Pour ahècher son lils et pour guérir ses maux.