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DU LEVER ET DU COUCHER

Se lever matin est une excellente habitude. L'homme est né pour le travail. Le soleil ne parait chaque matin que pour le rappeler à sa tâche.

Il ne faut consacrer au sommeil que le temps nécessaire pour reposer le corps, et, à moins de maladie ou d'une fatigue excessive, sept heures de sommeil sont reconnues suffisantes.

Le célèbre Aristote dormait peu. On rapporte de lui qu'afin de ne pas succomber à l'accablement du sommeil, il étendait hors du lit une main dans laquelle il tenait une boule d'airain, pour que le bruit oru'elle ferait en tombant dans un bassin de

même métal le réveillât. L'oreiller est un de nos ennemis les plus terribles. Quand nous voulons le quitter le matin, il prend le langage artificieux des sirènes; il nous caresse avec une tendre précaution; il semble nous dire : Pourquoi me quitter? n'ètes-vous pas bien ici ? Ne sentez-vous pas vos membres fatigués?

...Touchez votre front, et vous verrez qu'une migraine pourrait commencer... Secouez-vous, chargez l'ennemi par une vigoureuse sortie, et la victoire est à vous. Quand je vois une personne qui a le courage de se lever le matin, je me dis : Cette personne saura dans l'occasion développer une énergie extraordinaire ; chaque matin, la nature le retrempe dans sa lutte contre l'oreiller, et ce combat est souvent plus difficile, surtout par sa continuité, que celui du soldat sur le champ de bataille. Se secouer, se hâter le matin donne une vigueur nouvelle à l'âme et la remplit de joie. La journée sera bonne si elle commence par une victoire.

" Dans ma jeunesse, dit Buffon, j'aimais beaucoup le sommeil, qui m'enlevait le meilleur de mon temps. Je promis un jour un écu à mon valet de chambre, chaque fois qu'il m'aurait fait lever avant six heures. Le valet arriva près de mon lit à l'heure convenue : mais au lieu de me lever, je lui dis des injures. Le lendemain, il revint encore, et finit par employer la force pour me faire lever. Pendant longtemps il en fut de même ; le petit écu qu'il recevait le dédommageait de mes indignations. Un jour, pourtant, je refusai nettement. A bout de voies, mon pauvre Joseph (c'était le nom de mon valet) enleva mes draps, me jeta sur la poitrine une cuvelte d'eau froide et s'enfuit. Rappelé par un coup de sonnette, il revint en tremblant. Voici les trois francs, lui dis-je avec calme.

Je dois ainsi à ce pauvre Joseph trois ou quatre volumes de mon "Histoire naturelle."

Un lord disait au docteur Swift:

— Le véritable gentilhomme est celui qui ne fait rien.

— Diable, répondit l'auteur de Gullioer, mais en Angleterre l'homme travaille, la femme travaille, le cheval travaille, le bœuf travaille, la bière travaille ; il n'y a que le porc qui ne fasse rien, c'est donc le seul gentilhomme de l'Angleterre.

Dans la dernière maladie d'Arnaud, quelqu'un l'invitait à se reposer. kt Me reposer! reprit le pauvre moribond, mais j'ai l'éternité pour cela."

Le premier devoir qu'on ait à remplir en s'éveillant, c'est d'offrir son cœur à Dieu, souverain créateur de toutes choses. Il faut sortir ensuite du lit avec modestie, s'habiller et réciter à genoux les prières d'usage. On ne doit également jamais se coucher sans observer le même devoir. La prière porte avec elle joie et bénédiction ; elle donne des forces à l'âme.

l'eu de jours après sa sortie du port de New- York, un grand navire fut surpris par une tempête horrible, laquelle dura plus d'une semaine.

Une nuit, au fort de l'ouragan, les agrès de l'extrémité du grand mât s'emmêlèrent, et il fallut aller les mettre en ordre. Le second appela un mousse et lui ordonna de monter.

L'enfant porta la main à son bonnet, mais hésita un moment, puis, jetant, un regard effrayé sur le mât qui se balançait sur la mer furieuse, il traversa le pont à pas précipités et descendit dans le gaillard d'avant. Il en revint deux minutes après, saisit l'échelle de cordes sans dire un seul mot et se mit à grimper comme un écureuil. Les hommes de l'équipage le virent avec terreur à une hauteur effrayante. " 11 ne descendra jamais vivant", se disaient-ils l'un à l'autre.

Mais la périlleuse corvée fut achevée en vingt minutes, et le mousse revint sain et sauf. Droit, le visage éclairé d'un sourire, il se rendit à l'arrière du navire.

— Qu'êtes-vous allé faire en bas, quand on vous a ordonné de monter au grand mât ? lui demanda un passager.

— Je suis allé prier, répondit-il en rougissant et la lèvre frémissante.

Il est très utile aussi de s'habituer à repasser dans sa mémoire toujours les actions de la journée, afin d'apprendre à se juger soi-même ; s'il y en a de répréhensibles, après en avoir demandé pardon à Dieu, on prend la résolution de mieux faire à l'avenir.

La pudeur, la décence, le respect de soi-même, doivent présider au lever et au coucher ; il ne suffit pas de se mettre décemment devant les autres, on doit encore être décent envers soi-même. C'est une loi générale encore, et les Orientaux disent avec raison que : " Dieu ne punit pas seulement celui qui voit, mais encore celui qui est vu."

L'amitié, le respect et la reconnaissance imposent une obligation à laquelle les personnes bien élevées ne manquent jamais : elle consiste à présenter ses hommages à ses parents ou à ceux qui les représentent, dès qu'on est levé ou lorsqu'on les quitte pour se coucher. Cette marque d'affection et de respect est bien plutôt prescrite par le cœur que par les lois de la bienséance.

Chaque matin, en se levant, après s'être habillé avec promptitude et modestie, on doit peigner, brosser, mettre en ordre ses cheveux, laver ses mains, nettoyer, couper ses ongles au besoin, se laver avec de l'eau fraîche le visage, le cou et les oreilles, se nettoyer légèrement les dents, soit avec une brosse douce, destinée à cet usage, soit avec un linge humide.

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