‹ Bluettes [microforme]Chapitre 25 sur 97 · UN VILAIN DÉFAUT · texte numérisé non relu

UN VILAIN DÉFAUT

Un des défauts qui m'a le plus frappé dans le cours de mes observations, c'est la moquerie, un des péchés mignons de la jeunesse, et particulièrement de la jeunesse 'éminine.

Laissez-moi vous rapporter ‘ne petite scène à ce

do ne dame, de taille opulente, mais belle encore,

belle de cette beauté qui ne peut être ji vient

d'entrer dans un salon. Deux jeunes filles, blotties dans un coin de ce même salon, portent aussitôt leur attention sur la nouvelle venue. L’inventaire de la toilette est fait en beaucoup moins de temps qu’il n'en faut pour l'écrire. Les femmes, je pourrais même dire toutes les jeunes filles, ont, dans ces sortes de conjonctures, un coup-d'œil qui ne se peut comparer pour la rapidité. De la toilette, on passa

aux manières, à la tournure, puis au langage, au genre d'esprit : les deux espiègles trouvèrent beaucoup à dire sur la visiteuse, et comme elles voulaient s'amuser, elles se préoccupèrent surtout des imperfections et des ridicules de leur sujet. Un peu de générosité ou de simple justice leur eût permis de faire aussi la part dé avantages de la toilette et de la personne; mais cela eût été beaucoup moins amusant. N'est-il pas vrai, d’ailleurs, que la jupe trop courte de cette dame laisse voir jusqu'aux chevilles de ses grands pieds. que son chapeau est. un casque, que son nœud est au milieu du dos, et qu'on ne peut pas, en somme, être plus mal fagotée ? Et puis, quelle idée de porter du rose quand on est jaune comme un citron, et de vouloir faire fine taille quand on est grosse comme une tonne ? Ce n’est pas étonnant qu’elle souffre, que les yeux lui sortent de la tête, et qu’elle dit toujours qu’elle n’en peut plus: on souffrirait à moins, si on l’étouffait, elle ne s’en apercevrait pas. Puisqu’elle a une voiture et tant de domestiques, elle ferait sagement de ne pas marcher. Et encore, c’est elle qui porte son chien ! La pauvre petite bête ne doit pas être au mieux sous le gros bras et le gros châle de cette grosse dame, etc. etc. Ceci n’est que la dixième partie de ce qui se dit dans le petit coin qui sert d’observatoire à nos jeunes critiques. Le reste n’est ni moins vrai ni moins juste, et toutes ces observations ont été faites avec une véritable sagacité. Un point sur lequel ces demoiselles ont appuyé, c’est le gros. Ce qui a le tort d’être gros est généralement antipathique aux jeunes filles. Quand elles ont dit d'une manière dédaigneuse et superbe : ‘« cette grosse femme” ou ‘ce gros bonhomme ” vous pouvez être sûr qu’il ne s'ag pas de personnes placées haut dans leur estime.

Il n’y a guère autre chose en tout ceci qu'un badinage à peu près innocent. Tout prête à rire quand on est jeune, tout devient facilement un sujet

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