UNE AUMONE CHRÉTIENNE
Il y a quelques années, s’éteignait à Paris un ré. fugié italien, correspondant de plusieurs journaux de son pays.
Il avait bataillé ‘oute sa vie pour l’unité de la éninsule et par conséquent contre les rois et contre e pape. !l est mort épuisé de labeur et réconforté
par les secours de la religion.
I] laissait une veuve, qui, respectant la volonté suprême de son cher mort, eut à cœur de lui donner des obsèques religieuses.
Mais la maladie avait absorbé les modiques ressources du ménage, et la pauvre veuve n'avait même pas de quoi faire enterrer son mari.
Dans sa détresse, elle recourut à un de ses compatriotes qui avait fait rapidement, en Italie et surtout à Paris, une grosse, une très grosse fortune.
Elle s’adressait avec d'autant plus de confiance à cet homme qu’il avait été jadis le compagnon de lutte, le frère d’armes de son mari, et que, jusqu’à la dernière heure, il s'était montré son ami.
Mais le millionnaire italo-français était doublé d’un sectaire maçonnique, espèce communément intolérante.
Tout d’abord, il accueillit avec de grands égards la requête de l'épouse malheureuse.
Déjà il se dirigeait vers son secrétaire, lorsque, se ravisant brusquement, il demanda :
— Passerez-vous par l’église ?
— Certainement, répondit la veuve à travers ses larmes ; en mourant, il me l’a recommandé.
— Madame, pas d'église ou pas d'argent ! dit alors d’un ton sec l’insolent Turcaret.
— Quoi ! votre ami de trente ans. vous si riche. VOUS POUTTIEZ. ss.
— C'est à choisir.
— C’est votre dernier mot ?
Le franc-maçon ne répondit que par un sigae affirmatif.
La veuve sortit, le cœur déchiré, en disant avec une indignation fière :
— Celui qui vous croyait son ami aura le convoi des pauvres, mais le convoi passera par l'Eglise.
Emile de Girardin apprit le même jour, par un tiers, cette détresse affreuse et l’ignominieux marché de l'Italien.
— C'est abominable ! s'écria-t-il C'est à faire rougir l'humanité ! 11 devrait y avoir un pilori d'infamie pour de telles actions !
Sur l'heure, ‘* l’homme à la liberté pour tous ” fit
arvenir à la pauvre femme uñû rouleau de cinquante ouis, et, grâce à cette générosité anonyme, elle eut la triste joie de faire à l'époux regretté des obsègues convenables.
Elle ne connut que longtemps après, par l’indiscrétion de l'intermédiaire, le nom de son discret bienfaiteur.