UNE PETITE ANECDOTE
Le docteur X... se promenant dans un jardin public, un homme très bien vêtu l’aborde et lui prend la main :
— Vous ne me reconnaissez pas ?
— Non, monsieur, votre nom m'est aussi étranger que votre figure. -
— Je suis négociant à Lille, où j'ai eu l'honneur de vous voir dans le voyage que vous fites, il y a cinq ans.
— J'ai fait un voyage à Lille, cela est vrai : je ne crois pas vous y avoir vu.
(Ici l'inconnu tire sa tabatière.)
— Vous offrirai-je du tabac ?
— Je vous rends grâce, je n’en prends point.
— Il me semble que vous en preniez autrefois ?
— J'y ai renoncé.
— Soit Comment pouvez-vous ne pas me reconnaître, moi, qui ai étudié avec vous au collège d'Harcourt ? Je vous quitte dans l'espérance pourtant que vous vous rappellerez bientôt un de vos anciens amis.
L'inconnu prend congé du docteur, qui continue
| jardin > et lui tranger
Lonneur s,ilya
|: je ne
nt.
efois ?
le recone d'Hartant que anciens
continue
ga promenade. Un demi-quart d'heure après il revient ; même discours de sa part, mème réponse du docteur ; nouvelles offres de tabac; nouveaux refus plus marqués que les premiers.
— Je vous ai dif que je n’en prenais plus!
—Je l’avaisoublié ; mais vous êtes terrible et votre défaut m'affecte singulièrement ! Je voulais vous donner un souper dans l'hôtel où je loge.
— Je vous remercie, je ne soupe jamais.
Enfin le docteur impatienté quitte la partie. [Il aperçoit à quelques pas des dames de sa connaissance, et vite il va leur conter son aventure, en se félicitant beaucoup de n'avoir point accepté le tabac offert par une main suspecte.
— Mon ami, ajoute-t-il, à qui j'ai dit que je ne prenais plus de tabac, ne sait pas qu'avant hier, j'ai fait emplette d’une boîte de 50 louis.
— De 50 louis, dit l’une des dames ; cela doit être beau, je suis curieuse de la voir !
Le docteur fouille dans sa poche. Quelle est sa surprise ! au lieu du bijou qu'il cherchait, il n’y trouve qu’un morceau de papier plié en quatre sur lequel étaient écrits ces mots :
‘ Puisque monsieur le docteur ne prend plus de tabac, il n’a plus besoin de tabatière. ”