‹ Bobigny (lez-Paris)Chapitre 11 sur 183 · PÈRE · texte numérisé non relu

PÈRE

et le corps revêtu d’une robe longue et non d’une cotte d’armes; ce qui prouverait que le défunt appartenait à la noblesse bourgeoise plutôt qu’à la noblesse militaire. François de Bobigny vécut sous les règnes de Louis VIII dit le Lion, et de saint Louis, son fils et son successeur. Quant à Jean de Bobigny, il fut peut-être du nombre de ces riches marchands parisiens, qui, à la suite de Raoul, l’orfèvre argentier du roi, anobli en 1272 par Philippe le Hardi, reçurent également de ce monarque ou de son successeur Philippe IV dit le Bel des lettres de noblesse pour services rendus au roi et à la nation dans des circonstances diffic iles. A notre très grand regret, nous ne pouvons mettre sous les yeux du lecteur ses armoiries, parce qu’elles ont été effacées entièrement sur sa pierre tombale au moyen du marteau et du ciseau par les vandales de 1793, et que nous ne les avons point rencontrées ailleurs.

JEAN DE BOBIGNY, en 1294.

Armes : Inconnues.

Le censier du domaine de Méry-sur-Oise, appartenant à révérend père en Dieu, Mgr d'Orgement, évêque de Paris, chevalier, chancelier de France, seigneur de Méry, cite comme ayant été anciennement feudataire et censitaire de ce fief un Jean de Bobigny, qu’il qualifie orfèvre et bourgeois de Paris, dont la femme portait le nom d’Agnès.

Voici le texte même de ce censier qui est postérieur, du reste, de près de quatre-vingts ans à l’époque dont nous parlons : « Item, et prent en

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et sus ledit travers du pont de Pontoise, soixante solz parisis de rente chascun an, à III termes; cest assavoir, le tiers le dimenche, apres la teste de P Ascension, le tiers le dimenche apres la Toussaint, et le tiers le dimenche apres la Chandeleur, qui furent à Jehan de Bobigny, orfevre, bourgeois de Paris, et à Agnès sa femme, mouvant et tenues en fief du dit Michiel Ababo1. » Nous ne pouvons assurer que ce Jean de Bobigny soit fis du précédent. Il vécut dans les dernières années du règne de Philippe IV dit le Bel qui vainquit les Flamands à Mons-en-Puelle, en 1304, et mit fn à l’ordre des Templiers en 1312.

JEAN LE MIRE, en 1315.

NICOLAS LE MIRE, en 1351.

Armes : D’azur, au chevron d'or accompagné de trois coquilles du même 2.

Comment la famille Le Mire est-elle devenue propriétaire de la seigneurie de Bobigny? Est-ce par alliance ou achat? C’est là une question que l’absence de titres ou documents nous met dans l’impossibilité de résoudre.

Toujours est-il que Jean Le Mire, premier seigneur de Bobigny de cette maison, vécut sous les rois Louis X dit le Hutin, Jean Ier dit le

1. Bibl. nat.} Manuscr. franc. 4667, art. VI. — Revenus du travers du pont de Pontoise , fol. 60.

2. La Chesnaye, Desbois et Badier. t. XIII, 2e partie, p. 877.

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Posthume, Philippe V dit le Long, Charles IV dit le Bel et Philippe VI de Valois; qu’il donna à l'abbaye de Saint-Denis aveu et dénombrement de son fief de Bobigny, le mercredi après la quinzaine de Pâques de l’année 1315 1 , aveu renouvelé par lui dans les années 1321 et 1340; qu’enrin les 25 septembre et 2p décembre 1337, il avait délivré des quittances de ses gages au roi Philippe VI de Valois, pour ses services à l’armée, durant cette même année, qui fut la première de la guerre dite de Cent ans, soutenue contre les Anglais.

En 1344, Jean Le Mire vendit à Girard de la Chapelle un fief situé à Clignancourt.

Nous ne pouvons dire s’il fut présent à la bataille de Crécy, perdue en 1346 contre les Anglais, qui se servirent pour la première fois des armes à feu nouvellement inventées et s’emparèrent de Calais l’année suivante.

Jean Le Mire décéda à Paris, en 1351, dans 1 hôtel qu’il avait fait construire à grands frais, en face de l’église de Saint-Eustache. Cet hôtel donna son nom à la rue sur laquelle il avait été bâti. Plus tard, on changea son nom de Le Mire en celui de Beauséjour, à cause de la beauté de ce manoir; ef ensuite, par abréviation, on a dit la rue du Jour, nom qu'elle porte actuellement.

Nicolas Le Mire, fils de Jean Le Mire, hérita des biens paternels et donna, le 24 décembre de l’année suivante, 1352, à l’abbé de Saint-Denis, le dénombrement de ceux qu'il tenait de l’abbaye : « Aveu rendu à l’abbé de Saint-Denis par Nicolas Le Mire, haut, moyen et bas justicier, voyer et censier de la terre et seigneurie de Bobigny, consistant premièrement en une maison, une place et un jardin qui fut Pernelle Landierne, enclos dans l’hôtel dudit avouant audit Baubigny. Item, un arpent de pré scis derrière Eaubonne. Item aux huitaines Saint-Denis sur la somme de vingtsix livres huit sous neuf deniers, obole parisis et demie poitevine, et neuf autres livres parisis sur plusieurs héritages. Item, auxdits jours cent treize sous huit deniers parisis. Item, auxdits jours de l’achat de Jean de Gisors, sur plusieurs héritages, treize sous quatre deniers obole parisis et quatre poussins. Item, au jour de Saint-Martin, dudit achat, vingt-six sous un

1. Invent, des titres de l'abbaye de Saint-Denis } t. III, p. 51, 61 et 181. Préfecture de Versailles.

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denier de menus cens. Item, le lendemain de Noël, sept septiers d'avoine et les trois quarts d'un minot, et cinquante-huit sous onze deniers parisis de gros cens sur trois masures sises audit Baubigny. Item, dudit achat deux chapons et un quart. Item, dudit achat une coutume valant un septier d'avoine, deux chapons et deux boisseaux de blé. Item, deux septiers d’avoine et deux gélines. Item, un fief que les héritiers Adam Damiens tiennent dudit avouant, qui fut André Porcheron, contenant vingt et un arpents et un quartier de terre, et soixante-quatre sous de menus censitem, sur un autre fie f que lesdits héritiers tiennent dudit avouant scis au terrouer de Drancy, qui fut à Perrinet du Coudray, contenant leur manoir, quatorze livres de menus cens, trente-six arpents de terre, un arpent et demi de vigne et les tartes de ses hostes qui ont vaches, et cent vingt-neuf poussins, quarante-sept coutumes et toute basse justice jusqu’à soixante sous. Item, un fief, qui fut Jean Cailleu, contenant vingt- cinq sous de menus cens et six arpents trois quartiers de terre. Item, un autre fief tenu par les mêmes, leur manoir audit Baubigny, avec trente-huit arpents et trois quartiers de terre. Item, un autre fief, qui fut Philippe Damoisel, contenant quatre arpents et demi de terre, et un autre fief que tient ledit avouant par achat de Jean de Gisors, contenant un manoir appelé la Bretesche, et huit arpents trois quartiers de terre. Item, un autre fief que tiennent les héritiers Thomas de Thuillier, contenant cinq arpents de terre audit terrouer de Baubigny. Item, un autre fief que tient Jean de Saint-Benoît, contenant douze sous six deniers de menus cens et la quatrième partie d’hosties, valant un septier d'avoine et demie coutume. Item, un fief que tient Gérardin de Montaigu, valant vingt livres de rente. Item, deux fiefs que tiennent les héritiers de Nicolas Foucart au terrouer de Drancy, dont l’un contient trente-six arpents de terre et trente sous de menus cens, et l’autre contient son hôtel valant vingt livres de rente, furent jadis sire Amaury de la Charmoye. Item, un fief que tient messire Pierre de Langres, contenant une masure et deux arpents et demi de terre. Item, un fief que tient Robert Lescrivain, contenant une masure avec cinq quartiers de terre à la pointe de Bondy et quarante sous de rente. Item, un fief que tient Geoffroy de Villaine, contenant trois quartiers de terre audit terrouer de Bondy. Item, un fief que tiennent les héritiers de Girard de Courcelles, contenant neuf arpents et demi de terre et treize sous deux deniers de menus cens, plus un septier d’avoine et demi-coutume, et deux arrière-

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fiefs, dont l’un vaut vingt et une livres de rente et deux charretées de feure, et l’autre douze livres. Sous le scel dudit avouant, le samedi 29 septembre 1351. »

A la suite de ce dénombrement, on lit encore, au tome troisième de Y Inventaire des titres de l'abbaye de Saint-Denis, qui existe aux archives de la préfecture de Versailles : « Baubigny. Nicolas Le Mire tient audit lieu un fief contenant un hôtel, dix septiers d’avoine, quatre chapons, deuxgélines, quatre poussins, onze livres quatre sous huit deniers et onze arrière-fiefs. »

Le régent Charles, connu plus tard sous le nom de Charles V dit le Sage, par lettres du mois de décembre 1358, données au Louvre, gratifia Nicolas Le Mire, un de ses sergents d’armes, d’une rente de 50 livres, avec pouvoir de la vendre ou d’en disposer comme bon lui semblerait, en récompense de ses services dans les guerres et spécialement à l’armée devant Paris, et afin de l’indemniser des dépenses qu’il avait faites pour sa personne et pour l’État, en ces temps malheureux. Jean II dit le Bon avait perdu, en 1356, la bataille de Poitiers contre les Anglais; il avait été fait prisonnier et emmené en Angleterre. Les paysans, sous le nom de Jacques, profitant de la captivité du roi, prirent les armes. Dirigés dans leur révolte par Étienne Marcel, prévôt des marchands, ils s’étaient emparés de Paris le 2 5 mars 1357 et avaient forcé le régent, fils du roi, à s’enfuir. Étienne Marcel, qui n'avait pu arrêter l’ardeur des Jacqiies à massacrer les nobles qui leur tombaient sous la main, fut massacré lui-même, dans la nuit du ier août 1358, par Jean Maillard. Sa mort mit fin à la rébellion, et Charles, régent, put rentrer dans Paris qu’il tenait assiégé. A leur tour, les malandrins ou routiers désolèrent le pays et particulièrement l’Ile-de- France.

Nous en dirons un mot dans le second chapitre, à l'occasion de l’un d’eux, vrai bandit, arrêté à Bobigny en l’année 1389, et emprisonné dans les prisons de Nicolas Le Mire, seigneur haut justicier de ce lieu. Nicolas Le Mire et sa femme avaient vendu, le 14 juin 1359, aux prieur et religieux de la maison des écoliers de Saint-Benoît, de Paris, une rente de vingt-six livres qu’ils possédaient dans cette ville, moyennant trente deniers d’or à l’écu du coin du roi.

Messire Nicolas Le Mire mourut à la fin de l’année 1391, après avoir fondé une chapelle, du titre de Saint-Sauveur, dans l’église de Saint-Eus-

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tache, à Paris, à la condition que les seigneurs temporels de Goussainville en auraient la présentation.

En 1407, Jeanne sa tille, surnommée La Miresse, dont nous allons parler, dota cette chapelle d'une rente de huit livres parisis. Nicolas d'Aunay, ri ls de Philippe d'Aunay III et de Catherine de Montmorency, seigneur de Goussainville, y nomma le 3 mars 1521, et Aymard de Nicolaï, seigneur de Saint-Victor, premier président de la Chambre des comptes, aussi seigneur de Goussainville, y présenta le 23 octobre 1533 b

ETIENNE DE BRAQUE, en 1374.

Armes : D’azur, à une gerbe de blé d’or liée de gueules, accompagnée de deux molettes d'or, à la bande de gueules brochante, chargée de trois roses aussi d’or b

Damoiselle Jeanne Le Mire, hile de Nicolas Le Mire, seigneur de Bobigny, qui précède, et son héritière, épousa en novembre 1374 Etienne de Braque, petit-fils d’Ernoul de Braque 1er, Parisien d’origine, qui possédait plusieurs propriétés dans 1 Ile-de-France, entre autres le lie! de Stains près Saint-Denis et celui de Champigny-sur-Marne proche Charenton, et qui fut anobli par lettres du roi Philippe de Valois, données au bois de Vincennes au mois d’août 1339.

Ernoul de Braque, aïeul d’Étienne de Braque, avait fondé en 1348 la chapelle dite de Braque sur l’emplacement de laquelle a été bâtie

1. L’abbé Lebeuf. Histoire du diocèse de Paris } t. V, p. 664.

2. D’Hozier. Kegisc, 3, 9e et 13e livrais., addit. et corrections.

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l'église des religieux de la Mercy au Marais. Il y fut enterré avec Jacqueline d’Ipre, sa femme, ainsi que plusieurs de leurs descendants. Cette chapelle ou église faisait face de l’autre côté de la rue à l’hôtel de Braque et à la porte du Chaume, qui ne tarda pas à changer son nom en celui de porte de Braque. L’ancien hôtel de Braque est devenu l’hôtel Soubise, dont les bâtiments servent aujourd’hui à renfermer les archives nationales.

D’Arnoul Ier de Braque et de Jacqueline d'Ipre naquirent : Amaury, Jean, Nicolas et Raoul, et une tille Huguette, épouse de Théaul Fleury, lesquels se partagèrent l’héritage de leur père, le 5 décembre 1354.

L’aîné d’entre eux, Amaury de Braque, seigneur de Luat et des fiefs de Stains et de Sarcelles, avait joint le 27 octobre de la même année, par lettres royales de Jean II dit le Bon, à l’office de maître des comptes le double titre de conseiller du roi et du duc de Normandie. Amaury de Braque épousa en premier mariage Guillemette de Montmorency, fille d’Érard de Montmorency, seigneur de Conflans et de Jeanne de Longueval, sa première femme.

De ce mariage naquirent trois enfants : Arnoul de Braque II, seigneur de Piscop en partie et de Luat, qui eut pour femme Alice Gentien; Étienne de Braque, époux de Jeanne Le Mire, dame de Bobigny, et Denis de Braque, marié dès l’an 1360 à Marie Bumetot, sa nièce, fille d’un second mariage de Huguette de Braque.

Thévenin ou Etienne de Braque, seigneur de Bobigny par sa femme, fut d’abord maître particulier des monnaies d’Angers en 1362, et de la Rochelle en 1363. Il devint trésorier des guerres en 1371, et l’un des trésoriers du domaine royal, par lettres du 7 décembre 1373, aux gages de 600 livres par an. Un compte du Trésor, rendu pour le terme de Noël 1376, fait mention de lui à l’occasion d’une somme de 1,000 livres qui lui avait été donnée par Charles V, le 26 juillet précédent, en récompense de ses nombreux services. Ce prince lui renouvela les mêmes gratifications dans les années 1377 et 1378, durant lesquelles Du Guesclin chassa les Anglais d une partie de la Normandie. Étienne de Braque fut nomme conseiller sur le fait des aides de la guerre en 1379. Il passa de cet emploi a un office de maître des comptes en 1383. Un registre enfin du Parlement, à la date du 6 octobre 1386, le qualifie conseiller du roi Charles VI.

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Étienne de Braque avait reçu de Jeanne La Miresse en l'épousant la terre de Bobigny et de Tresmes. De son côté, il s’était engagé dans son contrat de mariage à employer certaine somme de deniers à l âchât de fonds d’héritage pour le douaire de son épouse. Afin de remplir ses engagements, il lit en sa faveur, dans le courant de l’année 1396, l’acquisition de la seigneurie de Domont.

Étienne de Braque mourut a la tin de cette même année.

N’est-ce point à ce seigneur qu’il faut attribuer la fondation de la chapelle du château dite de Saint-Étienne, mentionnée, au dire de l’abbé Lebeuf, dans un registre de l’official ité de l’an 1385 }

PHILIPPE DE JAUCOURT, en 1397.

Armes : De sable, à deux lions léopardés d’or1.

Jeanne Le Mire, devenue veuve d’Etienne de Braque en 1396, épousa l’année suivante Philippe de Jaucourt, de l’illustre maison de Jaucourt en Bourgogne. Il est marqué dans un compte du Trésor de 1397 à 1398, que cette dame vendit, avec son nouveau mari, pour le prix de 400 livres parisis, une rente annuelle de 80 livres, qu’elle avait sur le trésor du roi. Le 8 mars 1406, Philippe de Jaucourt, au nom de sa femme, avoua tenir en fief de l’abbaye de Saint-Denis la terre de Bobigny, ainsi que plusieurs terres des environs, et mourut la même année. Voici copie de son aveu :

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