‹ Bobigny (lez-Paris)Chapitre 126 sur 183 · Mairie de Bobigny · texte numérisé non relu

Mairie de Bobigny

BOBIGNY

On y lit des réquisitions de toute nature jusqu’au milieu de novembre, où Louis XVIII, de retour à Paris, rit la paix avec les puissances étrangères. Napoléon avait abdiqué en faveur de son fils, qui ne fut pas accepté par les Chambres. On lui suggéra la pensée de se confier à l’hospitalité britannique, mais l’Angleterre lui donna Sainte-Hélène pour prison et pour tombeau. Il mourut chétiennement sur ce rocherde l’Atlantique, le 5 mai 1821, d’où son corps fut rapporté en 1840 et déposé avec la plus grande pompe sous le dôme des Invalides.

Le 9 mai 1815 l’assemblée de la commune de Bobigny, convoquée conformément au décret porté par l’empereur de retour de l’île d’Elbe, le 30 avril de la même année, avait procédé à l'élection de son maire et avait réélu M. Pierre-François Mongrolle.

Le 7 novembre suivant, c’est-à-dire à la seconde rentrée de Louis XVIII, la municipalité fut invitée à faire une nouvelle réélection de son premier magistrat, et ce fut encore M. Mongrolle qui réunit la pluralité des voix.

Ce jour-là même il écrivit à M. le Sous-Préfet de Saint-Denis la lettre suivante :

« Bobigny, 7 novembre 1815.

« Le Maire à Monsieur le Sons-Préfet de F arrondissement de Saint-Denis.

« Monsieur,

« J’ai l'honneur de vous informer de la position malheureuse dans laquelle se trouvent les habitants de la commune. Depuis dix jours ils sont surchargés de logements d’hommes et de chevaux qu’on avait dit être de passage. Le 29 octobre dernier, le commissariat des vivres et des fourrages de la division Brunswick s’est établi dans la ferme que j'habite et Messieurs les commissaires m’ont forcé de vider les granges et les greniers pour avoir ces bâtiments à leur disposition. Eux-mêmes ont jeté dehors la paille qui à leur gré n’était pas dérangée assez promptement. Plus de mille bottes ont été emportées par les conducteurs et consommées par leurs chevaux. Madame veuve Mongrolle, qui a sa demeure dans l’une des dites fermes, a été obligée de quitter son domicile pour faire place a ces messieurs.

« Nombre d’habitants ont abandonné le village et les charges n'en

BOBIGNY

sont demeurées que plus lourdes pour ceux qui ont gardé leurs foyers. Du reste, ces messieurs ne veulent point loger dans des maisons qui ne sont pas habitées. Ils ont dit en arrivant qu’ils ne devaient rester que deux jours et maintenant ils parlent de demeurer tout l’hiver.

« S’il en devait être ainsi, nous serions dans la nécessité d’abandonner à notre tour nos maisons, parce que nous serions dans l’impossibilité de satisfaire les exigences de ces étrangers et dans l’impossibilité aussi de nous livrer à nos travaux, et particulièrement au travail des semences.

« Veuillez prendre en considération nos justes plaintes et faire que le commissariat soit placé dans une autre localité.

■a Je suis, Monsieur le Sous-Préfet, avec la plus haute considération, a votre serviteur : Mongrolle, maire1. «

Déjà, par un arrêté du préfet du io août 1814, sur un bon délivré par le major des hussards à cheval du duché de Brunswick, en date du 8 précédent, au sieur Mongrolle, l’Etat s’était reconnu débiteur envers lui de la somme de 799 francs 60 centimes. M. le maire, dans l’invasion de l’année suivante 1815, ht monter à la somme de 42,412 francs 50 centimes le total des pertes éprouvées par les habitants du village par suite du passage et du séjour des troupes étrangères dans la localité, dont 27,812 francs perdus par lui, et 14.600 francs 75 centimes perdus par sa mère.

Il est à remarquer qu’ils tenaient à eux deux, en culture, la moitié du territoire de Bobigny, soit 900 arpents de terre environ.

Aux calamités d’une double invasion succédèrent les horreurs de la famine et les ravages du typhus. Toutes les provisions de première nécessité étaient épuisées. Les gelées de 1 hiver de 1815 à 1816, et les pluies continuelles de l’été, détruisirent les récoltes. Aux moi de mai et de juin la misère était à son comble, le blé se vendait 45 francs l’hectolitre et l’orge 32 francs. Le pain valait 1 franc 20 centimes le kilogramme. De mémoire d’homme 011 n’avait vu une pareille année.

Mais le gouvernement ferme et sage de Louis XVIII, qui avait su empêcher le démembrement de la France par les alliés et réduire à une inscription de 12.040.000 sur le grand-livre, représentant un capital de

Page 1