‹ Bobinette, vaudeville en 1 acteChapitre 101 sur 106 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

HENRI, HERBAÜT.

HENRI

C’est ma dernière partie qui se joue... de l’audace I

IlERBAuf.

Sous quel nom venez-vous ici, cette fois ?

HENRI, impasiible et haotain.

Sous mon véritable nom, commandant.

HERBAUT

Je vous en connais deux.

HENRI

J’ai repris le mien, celui d’Herbaut.

HERBAUT

Il paraît que le nom de votre père vous est le plus profitable à cette heure puisque vous lui demandez ce que votre tilre usurpé ne pouvait vous assurer, l’estime de vos semblables...

LES INGRATS

HENRI

Ohl je ne tiens pas à leur estime! je ne tiens qu’à leurs suffrages.

HEHBAUT.

L’impudent!

HENRI

11 fallait pourtant bien vous attendre à ce fait, c’est que si le baron de Bersac dépouillait son nom de guerre, ce serait pour en retrouver un autre dont il avait, je le reconnais trop longtemps méconnu la valeur. Je ne suis pas de ceux qui manquent leur but faute de ressources. Vous l’avez voulu, vous m’avez menacé de m’arracher mon masque. A quoi bon ? Je me suis démasqué moi-méme. C'était le plus simple, et le déguisement jeté aux orties j’ai retourné, comme vous dites, ma casaque du bon côté ! Le baron de Bersac a disparu. Qu’a-t-on à dire à Henri Herbaut ?

HERBAIIT.

Ce qu’on a à dire? Ce que je te dirai moi, c’est que tu te pares aujourd’hui d’un nom qui n’est plus le tien, car si tu l’as reçu en naissant, tu n’as pas su le porter en devenant un homme I C’est qu’il me restait une dernière gloire, une dernière joie, la conscience de moi-méme, ce que tout homme a de plus saint et de plus sacré, ses convictions intimes, et que tu as jeté au vent pour atteindre ton but le dernier lest qui pesait encore à ton infamie !

HENRI

. J’ai repris mon bien et je m’en sers.

^ HERBADT.

T’en servir? De quel droit? Toi qui es la protestation vivante contre mes idées. Quelles sont ta foi, ta valeur, ta conscience? Qu’as-tu fait pour les autres, toi qui les supplies de te choisir poûr faire — quoi ? Des lois matérielles, toi qui ne connais même pas la loi vulgaire, la loi morale de l’honneur !

HENRI

Ah I s’il fallait seulement des gens qui se fussent sacrifiés !...

HBRBAUT.

Est-ce que lu as le droit de parler de sacrifice, toi qui vis de ma vie et qui n’as pas même gardé la mémoire du passé ! Et qui es- tu? Le fils du commandant Herbaui, tu mens 1 Tu es le baron de Bersac, et ce titre, je voudrais qu’on pût l’imprimer sur ton front, comme on marquait autrefois à l’épaule les voleurs et les faussaires!

HBURI.

Ah ! mon père I

HERBAUT

Ton père I Je ne suis plus ton père, je suis ton juge f Que Tiens-tu faire ici? Le baron de Bersac est démasqué, as tu dit . Qu’il aille chercher fortune ailleurs! Partout où est le commandant Herbaut, je lui défends de se montrer I

HENRI

Je suis revenu parce que je suis las d'ètre humilié sans pouvoir me venger. Je liens mon adversaire au bout de mon épée. Je l’ai, je le garde. Je partirai après le duel.

HERBAUT

Mais tu ne comprends donc pas ce qui se passe en moi ? Tu ne vois donc pas la colère qui me monte au front ? tu no devines donc pas que je suis capable de te flétrir dans ce passé que je connais et que tu n’as pas su racheter?

HENRI

Vous n’oseriez I

HERBAUT

Je deviens fou, te dis-je! va t’en 1 va t’en ! (L« regardant.) Non ? (Henri reste imni''bile.)

HERBAUT, allant k la porte.

Venez, messieurs, venez tousl

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