SCÈNE PREMIÈRE MARTHE, MAXIME
MARTHE
Je VOUS cherchais !
MAXIME
Moi I... Eh bien I ma pauvre Marthe, moi, depuis ce matin... je vous fuyais, au contraire... Oh! ne craignez rien, ne vous méprenez point sur mes paroles... C’est avec un sourire que je voudrais vous parler toujours, et cette fois, je n’en ai pas la force I
MARTHE
Pour qui me prenez-vous, Maxime? Ne devinez-vous pas que c'est plus encore ma part de vos douleurs que ma part de vos joies que je serais fière de porter ?...'
MAXIME
Chère Marthe !
MARTHE
II y a eu de la lumière à votre fenêtre pendant la nuit; vous avez veillé?
MAXIME
J’ai écrit.
Et moi, j’ai prié. Mon Dieu ! si mes prières n’étaient pas écoutées!... si un malheur...
LES INGRATS
MAXIME
Quelle idée 1
MARTHE
J’ai voulu dormir. Dans mon demi-sommeil, tous mes rêves étaient affreux.
MAXIME
Me pardonnerez-vous l’inquiétude que je vous causo, Marthe?
MARTHE
Je ne suis qu’une femme et je ne connais rien à ces sortes de choses que les hommes appellent des affaires d’honneur. Pour moi je trouve le duel impie et niais, et je vois bien 'cependant qu’on ne peut parvenir à s’y soustraire... \ous sachant exposé comme vous l’étes, je sens d’ailleurs que vous m’étes plus cher I Ah ! je donnerais dix ans de ma vie pour être plus âgée de vingt-quatre heures I
MAXIME
Ces heures-là passeront comme les autres, Marthe... Et qui sait même si ce duel aura lieu ?
Vous ne dites pas ce que vous pensez, Maxime. Ne me trompez pas, je sais tout, et je suis, je vous le répète, assez vaillante, pour tout supporter. Aussi, je suis une insensée, moi, de vous parler de mes craintes I II faut être digne de vous. Je !e serai. Oh! j’ai du courage I Écoutez, Maxime, lorsque vous partirez, jurez-le-moi, jurez-moi que la dernière personne à qui vous parlerez, ce sera moi I
MAXIME
Vous?
MARTHE
Oui, je suis superstitieuse. Si c’est le pistolet qu’on choisit, je veux moi-môme dissimuler ce col qu’il pourrait viser, boutonner cet habit. Je suis certaine, c’est une idée de folle, mais je suis sûre que je vous porterai bonheur I
MAXIME
Je vous jure cela, Marthe.
LES INGBATS
MARTHE
Bien, merci. Et maintenant je vous laisse, Maxime. Je n’ai rien de plus à vous dire, mais cet homme tient deux existences au bout de son arme, la vôtre et la mienne. (Elle tort.)
MAXIME, lai eaToyaol de la maia aa baiier.
Oh! mon rôve, mon courage, mon espérance, ma femme I SCÈNE II
MAXIME, LETOÜRNEÜR.
LBTOURNBUR.
Bonjour, toi !
MAXIME
Mon oncle !
LETOORNEUR.
Ah I vous faites de la belle besogne, parlons-en. Une maison paisible qui devient un champ clos. Oui, je sais tout. . . ... (Moofement de Maxime.) J’ai acheté une propriété pacifique, moi, je n’ai pas acheté le Pré-aux-Clers !
MAXIME
Personne ne peut prévoir...
LBTOORNEUR.
Et que me dit-onî C’est Marthe que tu veux épouser. Tu me récompense.s d’une singulière façon de mon dévouement... car enfin j’avais songé à te donner ma fille, moil
MAXIME
Vous ne teniez pas absolument à ce mariage.
LETOURNEL'R.
J’y tenais relativement. — Mais si j’y avais fortement tenu?
MAXIME
Bb I bien, que voulez-vous, on ne discute pas une certaine affection, mon cher oncle !
LES INGRATS
LETOUBNEUR.
Oui, je connais cette chanson-ià ! Les couplets sont pleins d’espoir et les refrains pleins de regrets... A ton aise! Épouse Marthe, tu me diras si c’est la fortune I
MAXIME
Ce sera le bonheur I
LETOORNEUR.
Une chaumière et son cœur! Et sais-tu que le ministre t’a refusé la concession ? Il prétend que ce n’est pas ton affaire.
MAXIME
11 a raison!
LETOURNEUR
Alors, pas la moindre dot?
MAXIME
J’ai mon travail et ma jeunesse!
LETOURNEUR
Nous verrons ça! Après tout, quoi, tu es mon neveu I II faut bien en subir les conséquences.
Nous aurez beau faire, vous ne serez jamais un méchant homme.
LETOURNEUR
Dame, si tu crois que ça m’amuse de savoir que tu vas te faire bêtement casser la tète pour...
MAXIME
Allons, mon oncle, on n’a pas toujours la tête cassée!...
LETOURNEUR
Heureusement... D’ailleurs, il y a un moyen très-simple de ne pas risquer cette... fracture!
MAXIME
C’est?
LETOURNEUR
Parbleul Ce n’est pas bien malin, c’est de ne pas se battre I
LES INGRATS
MAXIME
Mon oncle !...
LBTOURNEDR.
Eh! bien, quoi ! Est-ce que j’ai dit une énormité?
Je comprends, mon oncle, que le duel présent vous soit pénible, mais il est inévitable.
LETOORNEOR.
Pourquoi ?
MAXIME
Parce que je l’ai rendu nécessaire.
LETOURNEUR
Toi? Mais si tu reconnais que... quoi?... tu as eu des nerfs? Eh bien, on a ses nerfs tous les jours... C'est tout naturel.
MAXIME
Je vous prie de ne pas insister, mon oncle.
LETOURNEUR
Au surplus, tu n’es pas encore sur le terrain... (a part.) Mon terrain I (a Maxime qui remonte.) Tu t’éloignes?
MAXIME
Oui, j’ai soif de penser, d’être seul...
LETOURNEUR
Âhl tu peux réfléchir, va! Tu trouveras toujours en fin de compte que tu as fait une sottise... Seulement, tu sais, moi, je t’aime après tout... et je serai enchanté que tu ne payes pas cela trop cher. Pendant huit jours le bras. en écbarpel... Tous mes vœux sont pour toi, tu conçois bien...
MAXIME
Je vous remercie du présage, (ii sort par le fond.)
LETOURNEUR, faisant le ge.te de montrer nn bras en debarpe.
Ça fait très-bien sur le boulevard ! pour les femmes!
LES INGRATS