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LA DATE DE LA SECONDE VISITE DE BOCCACE A VENISE

Aucun critique n*a cru pouvoir fixer avec précision la date de la seconde visite de Boccace à Venise, et de la lettre si importante» où il rapporte quelle déception il éprouva de n'avoir point rencontré Pétrarque. •

Une étude attentive de la lettre de Boccace et le rapprochement de divers passages des lettres de Pétrarque permettent d'établir cette date avec une certitude que je pense complète.

Boccace a quitté Certaldo le 23 mars. Il séjourne quelque temps à Florence. Il y apprend que Pétrarque a quitté Venise pour Pavie. Il poursuit cependant sa route vers Venise. Il y arrive et y fait quelque séjour. A son retour à Florence il reçoit, à peine débarqué, une lettre que Pétrarque a écrite à Pavie le 29 mai. Son retour à Florence eut donc lieu, au plus tôt, dans la première quinzaine de juin.

Tels sont les faits que nous apprend la lettre de Boccace. Il reste donc à trouver une année où

* « Ut te vidèrent, » (Corrazzini, p. 117.)

Pétrarque quitta Venise pour se rendre à Pavie au mois de mars ou au commencement d'avril, et demeura à Pavie au moins jusqu'à la fin de juin. Pendant plusieurs années Pétrarque eut la coutume de séjourner à Pavie Tété, à la cour des Visconti. Il s'y rendit pour la première fois en i363. {Ep, Sen.y V, i .) Mais cette année ne peut pas être celle que nous cherchons, puisque nous savons que, cette année-là même, Pétrarque reçut à Venise la visite de Boccace. {Ep, Fam., xxiii, ig.)

J'écarte également Tannée 1364, car nous apprenons que, •cette année-là, Pétrarque se rendit à Padoue pour les fêtes de Pâques, et revint à Venise en mai. {Sen., iv, 3.)

Il n'est pas vraisemblable non plus que Boccace fût venu visiter Pétrarque en i365. En effet, cette année-là, Boccace se rendit en ambassade à Avignon (20 août), et comme il passa, à l'aller et au retour, auprès de Pavie, Pétrarque lui reprocha de n'être pas venu l'y visiter. (Sert., v, i.) Si Boccace, peu de temps auparavant, se fût rendu à Venise pour voir Pétrarque, celui-ci n'eût pas manqué d'y faire allusion dans sa lettre de reproches, et ses reproches en eussent été moins amers.

Il faut écarter aussi l'année i366; car, cette année-là, Pétrarque n'alla pas à Pavie avant le mois de juin. {Sen,, vi, 5, et vu, lettre unique.)

A tous ces motifs j'en ajoute un plus grave encore, qui doit faire écarter toutes les années anté-

rieures à 1367. Dans la lettre dont nous nous occupons, Boccace réclame à Pétrarque plusieurs lettres que ce dernier lui a écrites et qui ne sont jamais parvenues à leur adresse. Boccace savait l'existence de ces lettres, soit par des personnes à qui Pétrarque en avait communiqué copie, soit par ceux mêmes qui les avaient détournées, et qui devaient mener grand bruit de cette précieuse aubaine. Les faits de cette sorte ne sont point rares dans l'histoire de la correspondance de Pétrarque. Quoi qu'il en soit, Boccace réclamait cinq lettres; j'ai cru reconnaître la présence des quatre premières dans PEpistolaire de Pétrarque, mais elles n'ont rien à voir avec la présente discussion. Il n'en est pas de même pour la cinquième. Boccace a appris que Pétrarque lui a écrit une lettre « sur son âge ». {De œtate tua,) Nous possédons cette lettre, et nous en possédons même deux sur le même sujet. {Sen,, viii, i, et Sen., VIII, 8.)

Je rappelle en effet que Pétrarque avait été touché, quoi qu'il en dît, de certains préjugés de mauvais augure qui régnaient parmi les astrologues sur Pan 63« de la vie de l'homme. Or, le 20 juillet i366, il atteignait justement cet âge fatidique. Il écrivit à ce sujet à Boccace. Un an plus tard, le 20 juillet i367, sortant sans dommage de la mauvaise année, il lui écrivit de nouveau. Ce sont les deux lettres De œtate tuâ.

Il est donc certain que la lettre dont nous cher-

chons la date, et qui porte pour quantième le 3o juin, est au moins postérieure à la première des deux lettres De œtate tua, c'*est-à-dire au 20 juilleti 366. Elle est donc, au plus tôt, du 3o juin iSôy.

J'ajoute que la lettre ne peut être postérieure à 1 368, car il est vraisemblable que ce fut la dernière année où Pétrarque habita à Venise.

Il résulte de là que nous n'avons que le choix entre les années 1367 et i368. Je vais dire ce qui me fait pencher pour la première. Je reconnais d'abord que les deux années pourraient convenir par ce que nous savons des allées et venues de Pétrarque. Mais j'observe que Boccace réclame à Pétrarque une lettre De œtate tua, et nous savons quMl y en eut deux (20 juillet 1 3 66 et 20 juillet 1367). S'il avait écrit en i368, il est probable qu'il aurait réclamé les deux. On peut en conclure qu'il écrivait en 1367. Mais la preuve n'est pas décisive. En effet, j'ai dit que dans la même lettre Boccace réclame à Pétrarque plusieurs lettres égarées, bien plus anciennes en date, puisqu'elles sont de i365, i363, 1359 et même i355. Et, déplus, la renommée publique, qui a fait savoir à Boccace qu'il existait une lettre De œtate tua, avait fort bien pu lui laisser ignorer qu'il en existât deux.

Mais nous avons des raisons plus fortes pour écarter la date de i368. D'abord Boccace dit avoir reçu une lettre de Pétrarque, écrite à Pavie le 29 mai. Or Pétrarque nous apprend lui-même qu'il

arriva à Pavie, en 1 368, le 3 1 mai. {Ep. Sen., xi, 2.) Au contraire, nous savons qu'en 1367 il était à Pavie au mois de mai, puisqu'il y vit le cardinal Pierre Roger de Beaufort, depuis pape sous le nom de Grégoire XI. (Voy. Ep. Sert., xiii, 11.)

De plus, nous savons que Boccace vint visiter Pétrarque à Padoue dans Pété de i368. (Sert., x, 4, 5.) Et il est fort invraisemblable que, revenu de Venise à Florence en juin, il fût presque aussitôt reparti pour Padoue. Tous ces arguments suffiront sans doute pour fixer le choix du critique attentif sur Tannée 1367.

Une objection peut être soulevée. J'ai dit avec quelle effusion de cœur Boccace^ dans sa lettre, parle à Pétrarque de sa famille, de sa fille Francesca et de sa petite-fille Eletta. On peut s'étonner qu^il ne lui parle pas de son petit-fils Franceschino, qui alors était certainement né. Mais il faudra ad« mettre que le vieux philosophe attacha toute son attention au bavardage charmant de la petite fille, et ne s'occupa même pas d'un enfant au berceau, qui avait quelques mois à peine.

D'ailleurs, la même objection pourrait être opposée à l'année 1 368, et plus fortement même. En effet, il est certain que le petit Franceschino fut emmené à Pavie en i368, puisque Pétrarque eut la douleur de l'y voir mourir le 18 juin. On suppose difficilement que le grand-père eût emmené l'enfant à Pavie sans sa mère. Il est donc vraisemblable que,

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