SCENE V
Or donc, roi de la salaison, Ecoute un moment ma raison, Si tu veux que de ta maison Athènes sache un jour la route, Sinon, méprisé de chacun, Réputé barbare et commun, Ton beau palais sera comme un Pâté, qui n'aurait que la croûte.
Pour que ta suspecte splendeur Ne rencontre pas que froideur, Garde ton salon de l'odeur De ton arrière-boutique, Et sur ta face de proscrit Où ton nom trop gros est écrit Mets le faux-nez de bel esprit Qui désarmera la critique!
Il faut qu'on dise : ce richard A reçu du divin hasard L'amour du beau, l'amour de l'art L'amour de la littérature !
Et qu'on ajoute en te jugeant : « Parvenu... mais intelligent! »
L'esprit brûlé fait à l'argent Perdre son relent de saumure !
Quand seront plantés les jalons, Attire alors dans tes salons Crânes luisants et cheveux longs Dont notre élite se compose; La bonne chère et le vin fin Calment aussi rancune et faim ; Et Péruvone tient enfin Le dernier salon où l'on cause!
péruvone, ébloui.
Le dernier?... Pour moi seul?... Et pour cela que fais-je?
26 BOHEMOS
BOHÉMOS.
Tu retiens la façon de bien tendre ton piège...
PÉRUVONE.
Que me faut-il ?
LÉONIDA.
De l'or.
PÉRUVONE.
J'en ai.
BOHÉMOS.
Bon... Un miroir Pour forcer les oiseaux à quitter leur perchoir.
PÉRUVONE.
Un miroir?
BOHÉMOS.
Une belle, une riche demeure...
léonida. • Magnifique!
PÉRUVONE.
Pourquoi faire?
BOHÉMOS.
Pour qu'on en meure !
Regarde les passants déjà... regarde-les... S'informant aussitôt : à qui donc ce palais? Quel est le grand seigneur qui là-dedans ripaille?
PÉRUVONE.
Il faut faire graver mon nom sur la muraille !
LÉONIDA.
Fi donc!