SCENE PREMIERE BOHÉMOS
Le laurier de mon front jusqu'aux astres me hausse!
LÉONIDA.
Le laurier n'a bon goût que trempé dans la sauce !
Et je préférerais, lorsque j'ai faim, le soir,
Des parfums de cuisine à ceux d'un encensoir!
Hélas! de plus en plus ce breuvage à l'absinthe
Fait ta bouche pâteuse et la prunelle éteinte!
Au fond du gobelet où tu prends ce poison
Tu laisses chaque jour quelque grain de raison.
La désillusion chaque matin soulève
Un des légers brouillards dont est bâti mon rêve.
Prends garde, Bohémos! Ton esprit, ta gaîté,
C'est un riehe manteau parant ta pauvreté;
Rossignol qui n'a point de plumes éclatantes,
A mes yeux tu n'es beau que parce que tu chantes.
BOHÉMOS.
N'avons-nous pas, un jour, dans les bois d'Eleusis, Pris un bouvreuil grisé par des grains de cassis? Alexandre buvait!... Horace eût été terne S'il n'eût pas vu la vie à travers le Falerne ! Gloire à l'ivresse qui, loin du monde ennuyeux, Vous emmène là-haut trinquer avec les dieux !
LÉONIDA.
Mais moi qui reste en bas, si j'ai froid, tu t'en moques! Car je tremble, Thiver, sous cette robe en loques ! Je tremble sans bijoux, sans bracelets, sans rien!