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CHAPITRE I

La vie de Boileau n’a rien d’émouvant. Il n’y en

a pas de plus unie, de plus bourgeoise : vie de céli-

bataire rangé, casanier, dont les événements sont un voyage aux eaux ou un accès d'asthme. Cependant, pour n'avoir eu ni roman ni tragédie, cette existence n’est point insignifiante. L'homme s’y peint, avec son caractère original, et comme peu d'écrivains ont été plus sincères que celui-là, on se prépare, en le regardant vivre, à mieux comprendre sa poésie et sa critique.

Nicolas Boileau est Parisien: il est né le 1°" novembre 1636, dans une maison de la cour du Palais, en face de la Sainte-Chapelle : une de ces vieilles maisons ayant pignon sur rue, comme on en voit dans les estampes du temps, haute et étroite comme une tour, avec une ou deux fenêtres de façade, et trois ou quatre étages. Gilles, son père, était greffier à la

Grand'Chambre du Palais : les Boileau, selon Dupin, étaient « une famille illustre dans la robe ». [ls se vantaient de leurs alliances; ils tenaient aux Amelot, et les Amelot tenaient aux Rohan-Soubise. Ils se disaient nobles de trois cents ans, issus de Jean Boileau, notaire et secrétaire du roi, anobli en 1371 : prétention qui fut confirmée par un arrêt authentique rendu en 1699 à la requête de notre poète. Il faut dire, sans en tirer de conséquences, que l’on condamna peu après un faussaire du nom d'Haudiquier, pour fabrication de titres, et que Despréaux se trouva lui avoir payé vingt-cinq louis pour un travail sur la nature duquel on n’est pas éclairci. Au reste, tout noble qu'il pouvait se dire (et il tenait à cette qualité plus qu’il ne voulait en avoir l'air), Boileau est un vrai, un pur bourgeois. Fils de greffier, il est, par sa mère, petit-fils d’un procureur; et les mariages de ses sœurs (il en eut dix avec cinq frères) lui donnèrent pour beauxfrères deux procureurs, un commissaire au Châtelet, et même le fils d’un tailleur. N'oublions pas cette origine et cette parenté : Despréaux, noble homme, ayant des armes, ne payait pas la taille, et il pouvait lui importer d’être reconnu par d'Hozier; mais notre Despréaux, celui qui a fait les Satires et l'Art poétique, est tout bourgeois de race et d'âme, bourgeois comme les auteurs de la Ménippée, bourgeois comme La Bruyère et comme M. de Voltaire. Ce n'est pas tout Boileau sans doute, cette bourgeoisie, mais c'en est une partie essentielle.

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L'HOMME. 7 La vie d’abord lui fut dure. Il avait dix-huit mois quand sa mère mourut : comme si le sort voulait que la femme ne tint aucune place dans sa vie, pas même par la pure tendresse maternelle. Gilles, veuf pour la seconde fois, ne se remaria pas, et l’enfant grandit dans un triste logis, sans mère, le père absent, aux mains d’une servante grondeuse et rude. Peut-être faut-il attribuer en partie à la contrainte et à la solitude de sa première enfance la sécheresse de son œuvre et la courte haleine de sa verve; il fut habitué à se renfermer, et jamais une indulgente affection ne l’encouragea à laisser librement jaillir ses émotions dans leur vive et naturelle abondance. Il avait de grandes sœurs, pourtant, pour en être aimé ; il avait une petite sœur, pour l'aimer : je ne vois pas qu'il ait jamais eu d’étroite intimité avec elles. Une petite cousine de son âge, qui mourut jeune, lui inspira peut-être plus d’amitié. Mais tous ces Boileau, à en juger par les trois ou quatre individus de la famille que nous connaissons bien, tous ces Boileau n'étaient pas tendres, et notre poète, en particulier, n’était assurément pas né très sensible ni très délicat : aussi ne s’étiola-t-il pas, pas plus qu'il ne se renfrogna, dans le délaissement de ses premières années. Il resta vigoureux et sain d'esprit, il garda toute sa bonté et toute sa gaieté : c'est une preuve que l'éducation, qui ne l’a pas attendri, ne l'a pas non plus mutilé.

Nous ne savons pas grand’chose sur sa première enfance. Gilles possédait une vigne à Clignancourt,

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