TEMOIGNAGE DE CHEFS SOCIALISTES ET DE LEADERS OUVRIERS
Herman Geulich, un des plus vieux et des plus éminents socialistes d'Europe, ami de toujours de Karl Marx et de Frederieh Engels, déplorait récemment, dans une interview, la condition de la Russie. Il dit que:
"Nous devons donner au socialisme la chance de se développer et aussi donner à la nature humaine la chance de progresser jusqu'à lui; vous ne pouvez pas socialiser les choses de vive force... ce n 'est pas du socialisme, dans tous les cas, ce n'est pas du socialisme scientifique que de résoudre un problème en en créant un autre... Le bolchévisme est voué à la banqueroute parce qu'il n'a rien sur quoi s'appuyer au double point de vue de la eciencti et de l'économie pratique."
DES FAITS
Catherine Breshkovsky, connue sous le nom populaire de ' 1 Grand 'nrère de la Révolution Russe", qui a souffert abondamment pour la cause, a fait une déposition à Washington et écrit beaucoup dans les journaux depuis qu'elle est en Amérique. De la Russie sous le régime bolchévique elle dit:
li Inondée, de larmes et de sang, la Russie gémit et crie vers le monde. Elle est un corps vivant, et ses tortures ne peuvent pas être regardées avec une froide indifférence comme une expérience extraordinaire autant qu'inouïe d'évolution sociale. Elle est vivante et perd son sang par tous les pores."
Samuel Gompers, président de la Fédération Américaine du Travail, devant la Fédération Civile Nationale, à New-York, le 18 avril, 1919, a dit :
"Théoriquement, le bolchévisme est une impossibilité. De fait, s'il était mis en pratique^ ou s'il pouvait être mis en pratique il provoquerait la décadence ou la perversion de la civilisation à notre époque. A mes yeux, l'histoire de Sam-son désespéré renversant les colonnes du Temp'e est un exemple parfait de ce que veut dire le bolchévisme. Je ne veux pas que tout ce qu'il y eut de génie dans les siècles passés soit dispersé à tous les vents. Et je ne veux pas que les quelques services que j 'ai pu rendre, depuis déjà de longues années, en essayant par une méthode construetive à améliorer les conditions sociales, soient détruites par un acte de fol désespoir. Et je puis bien vous dire qu'il est temps pour nous de voir à ce que notre maison soit maintenue en bon ordre. ' '
Vladimir Boursteff, pendant trente ans champion de la liberté contre le Tsar, en Russie, ancien exilé de Sibérie, a écrit à Bernstein, avant le départ de ce dernier pour l'Amérique, une lettre ouverte dans laquelle il dit :
"Lorsqu'on vous demandera dans quelles conditions, nous autres Russes, nous vivons ici, veuillez décrire ces conditions par une seule phrase — C'EST UN ENFER!"
Titoff, membre socialiste de la délégation russe qui a visité Londres, l'hiver dernier, a dit dans une déclaration publique:
•'Sous le manteau du socialisme la tyrannie a été restaurée. La situation qui a été créée dans la Russie du Nord et du Centre menace d 'y produire l'inanition générale, de compléter la ruine de toute vie économique, l'annihilation des classes de Russes instruits et de la civilisation russe."
M. Tchaikofskij, chef du gouvèrnemént provisoire de la Russie du Nord, et socialiste révolutionnaire, disait récemment dans un manifeste :
DES FAITS
"En Eussie, cette usurpation prend la forme du gouvernement non interrompu du pays réduit à "l'état de siège" et sur "pied de guerre", le système employé par le gouvernement du Tsar pour gouverner le pays jusqu'en 1917, à l'exception du court intervalle de 1905-1906 pendant laquelle se produisit la première Révolution russe. Le règne des Soviets a établi ce régime politique après le coup d'état du mois d'octobre 1917. Depuis lors elle a réussi à commettre plus de crimes et de violations que le gouvernement Tsariste n'en avait commis pendant les vingt-sept années de sa dictature militaire >lénaturée. ' '
Maxim Gorky, une grande figure littéraire de Russie, et luimême professant les principes bolshévistes, travaillant aux côtés de Lénine et de Trotsky, a publié dans son journal, qui a été supprime à cause de cela, les attaques peut-être les plus violentes qui aient été dirigées contre leur gouvernement. Voici l'une de ses déclarations:
"Fatigué de la guerre, et très malheureux, ce peuple a déjà payé de plusieurs milliers de vies " l 'aventure Lénine". Elle va lui en conrer encore des milliers de plus. Mais cette atroce tragédie n'inspire à Lénine aucune hésitation, parce que Lénine est l'esclave du dogme et que ses partisans sont ses esclaves à lui. Lénine ne connaît pas le peuple. Mais il sait — d'après ses livres — comment soulever les masses et comment exciter leurs pires instincts. Les classes ouvrières sont pour Lénine ce que les minerais sont pour le métallurgiste.... Le vol et le pillage augmentent de jour en jour. La pratique des pots-de-vin se généralise de plus en plus. Tout ceci conduira fatalement, et, dans certains endroits, a déjà conduit, à la guerre de tous contre tout, au chaos le plus -absurde, à la destruction et à l'assassinat universels."
Oscar Tokoi, ancien premier ministre socialiste de la Finlande:
''Une petite majorité seulement appuie le gouvernement bolshéviste, et, ce qui est pire, aùx partisans de ce gouvernement se rallient tous les apaches, les détrousseurs, et autres bandits auxquels cette période de confusion offre un champ superbe pour l'action individuelle."
M. H. V. Keeling, qui s'est échappé de Russie et qui s'y était rendu, il y a plus de cinq ans, pour y enseigner certains procédés de lithographie et d'imprimerie et qui, par conséquent, possède une connaissance intime, des conditions produites par le régime bolchéviste, a donné à la Westminstwr Gazette (Londres) une interview dans laquelle il donne une description détaillée et déchirante des misères endurées par le peuple. Entre autres choses il dit:
"Le bolehévisme de fait, est devenu une question d'intérêt pour sa . lasse privilégiée, et Lénine et Trotsky sont obligés de continuer à nourrir le petit nombre, à affamer le grand nombre, et à fusiller ceux qui protestent.
DES FAITS
li C'est terrible de vivre en Russie à l'heure présente. Lorsque vous vous promenez dans Pétrograd vous ne voyez personne rire ni même sourire. Les hommes et les femmes sont comme des ombres, et les petits enfants sont tellement épuisés qu'ils ont l'air d'être tout yeux. Et tout le temps des gens disparaissent sans que personne sache ce qu'ils sont devenus. Il y a cinq ans Pétrograd avait une population de 2,400,000 âmes, aujourd'hui il en reste à peine 700,000.
" Je suis* un ouvrier et un trade unioniste, mais je n'aime pas entendre des ouvriers anglais parler du bolchévisme comme d'une splendide et grande expérience qui mérite d'être copiée dans les autres pays... Je veux dire de plus que le socialisme ne gagnera rien de bon à se mêler au bolchévisme et à laisser croire au peuple que, s'il était mis à l'essai, le socialisme aboutirait à l 'assassinat en masse et à faire mourir de faim des milliers de personnes. Et c'est ce qui arrivera si les ouvriers confondent le socialisme avec le bolchévisme, et supposent qu'un socialiste doit nécessairement appuyer les bolchévistes.' *
Le Conseil Exécutif du Parti Constitutionnel Ouvrier Britannique s'est réuni à Londres dans le mois de février et a lancé un manifeste demandant aux ouvriers d'appuyer le mouvement constitutionnel ouvrier contre le bolchévisme et la révolution; dans le manifeste il est dit ceci :
"La guerre a été gagnée par la loyauté et l'unité indéfectible de la masse du peuple. Qu'est-ce que vous allez faire de ce irésultat — voulez-vous en faire autant que vous pourrez quelque chose qui ressemble le plus possible à l'enfer ou le plus possible au ciel. Si vous voulez l'enfer, lancez-vous dans cette entreprise. Arborez le drapeau rouge de la Révolution et vou3 verrez que vous avez créé pour vous, pour vos femmes et vos familles, un enfer comme Dante n'en a jamais décrit."
G. D. L. Horsburg, ingénieur en chef aux établissements textiles de MM- Egerton Hubbard, à Schusselburg, et qui s'est récemment échappé de Russie, explique, dans une lettre au Manchester Guardian, comment la théorie bolchéviste du gouvernement a failli dans la pratique. D'abord et surtout, dit-il, il y avait la nature utopiste de leurs propositions "qui ne pouvaient que mener à un désastre," et ensuite ils ont été incapables de nourrir le peuple sans compter nombre d'autres conditions telles que la diversité de race et de caractère du peuple, le manque de coopération, etc. Il poursuit : »
"Pour faire face à ces difficultés les bolshévikis furent poussés à l'adoption de méthodes étrangères à leurs plus chers idéals. Ils abolirent la liberté de la presse et la liberté de la parole. Ils rétablirent la peine capitale, l 'arrestation et la confiscation de la propriété sans procès, et allèrent plus loin que l'autocratie n'avais jamais osé aller. En Russie, seuls furent assurés d'avoir suffisamment à manger les soldats et les marins de l'Armée icouge et de la
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flotte et c'est. avec ces derniers que les Bolchévistes se sont maintenus. Finalement, détestés de la grande majorité des Russes, privés de tout commerce avec le monde extérieur, mourant de faim, insolvables et isolés, ces hommes ont vu rouge et ont institué un régime de terreur pire que celui de la Révolution Française.... La Russie... ou cette partie de la Russie qui est sous la domination bolchéviste est devenue une boucherie... Les ouvriers ne pouvaient plus être ramenés au travail, les esprits devinrent complètement abattus et apathiques, la spéculation, en dépit de tous les efforts pour l'enrayer, se* fit à un degré incroyable, la subordination et la corruption régnèrent partout comme auparavant. ' '
M. Philippe Jeannette, un professeur suisse, qui a percé les lignes bolchévistes, qui connaît bien la Russie et son peuple, et auquel les desseins des chefs bolchévistes ont été révélés pendant son voyage de Kazan à Moscou, parle* des rêves farouches des bolchévistes pour la conquête du monde et exprime tout son étonnement du vaste "déploiement de puissance militaire" presque exclusivement composé de Lettes et de Hongrois, organisé pour cette fin. II recommande que des mesures énergiques soient prises avant qu'il ne soit trop tard, "autrement l'Europe sera plongée dans un océan de sang". Dans leurs plans, après l'invasion de l'Allemagne et de l'Autriche, les chefs comptaient que les Allemands et les Autrichiens se joindraient à eux en très grand nombre pour combattre les Français et les Anglais dans un esprit de "revanche immédiate". Dans un paragraphe, il déclare :
"La cruauté et la bestialité des Lettes, qui occupent presque tous les postes importants dans le gouvernement bolchéviste, dépassent tout ce que l'on peut croire. Les horreurs de Kasan, cet endroit où 250 hommes, femmes et enfant3 furent murés dans une cave et laissés là à mourir de faim, ont été perpétrées sur l'ordre du Commissaire Letton, attaché à l'armée bolchéviste."
Sir George Buchanan, ancien ambassadeur d'Angleterre en Russie, a écrit dans la Fortnightly Review:
' ' Les ouvriers de même que les paysans russes ont compris trop tard, au prix d'une amère expérience, le sens du bolchévisme et comment il a apporté la ruine à eux et à leur patrie. Liberté, ce mot d'ordre de la Révolution, est depuis longtemps lettre morte... elle est le monopole d'une unique classe, d'une minorité qui avec son Armée Rouge terrorise la majorité de la nation. Tous ceux qui n'acceptent pas les articles de la foi bolchéviste sont dépouillés de leurs droits de citoyens; tous les journaux qui n'appuient pas le gouvernement sont supprimés. La justice est inaccessible à moins d'être achetée, et la corruption est effrénée. Jamais, depuis l'époque d'Yvan le Terrible, la Russie n'a souffert pareille tyrannie; et quand, il y a quelques semaines, les bolchévistes ont craint que leur puissance allait diminuer, ils se sont livrés à une orgie de massacre et de pillage dans l'espoir d'intimider par la Terreur Rouge
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le peuple et le tenir ainsi à sa merci. Personne n'a la vie sûre.... La procédure qui consiste à prononcer une sentence contre les individus est même jugée trop lente, les citoyens sont massacrés par bandes, et les Gardes Bouges ou les mercenaires chinois employés comme bourreaux ont le privilège de choisir leurs victimes sur la liste des proscrits. ' '
4- J. Sack, directeur du Bureau Russe de Renseignements, à New-York, dit :
' 1 Comme le dit dans son merveilleux message ' ' au peuple américain ' ' Catherine Breshkovsky, la "Grand 'Mère de la Kévolutdon Eusse", conscience et symbole vivants du peuple russe, "l'obtention d'une assemblée Constituante était l'une des principales aspirations de la Révolution russe. Elle était à la veille de sa réalisation quand la révolte bolchéviste, en novembre, 1917, a arraché des mains du peuple cette belle possibilité de faire ses propres lois, de tracer la voie de son avenir, de créer une vie nouvelle conforme aux intérêts des masses, de fortifier la paix et de garantir le bien-être commun."