‹ BonaldChapitre 20 sur 108 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

tible et qui ne peut se ramener à un élément plus simple. Elle en est le terme, car, suivant que le corps social est sain ou malade, cette cellule familiale est elle-même saine ou malade, en sorte qu'elle est tout ensemble cause et effet. La méconnaître, c'est tout méconnaître. La détruire, c'est tout détruire. La restaurer, ce serait tout restaurer.

Poursuivant son analyse et ce premier principe une fois trouvé, Bonald cherche dans les conditions fondamentales delà famille les conditions fondamentales de toute la société. Il avait écrit en épigraphe sur la première page des Théories du pouvoir^ avec une de ces ironies de logicien dont il était coutumier, cette phrase du pire ennemi de sa doctrine, V anarchiste Jean-Jacques : « Si le Législateur se trompant dans son objet établit un principe différent de celui qui sort de la nature des choses, l'Etat ne cessera d'être agité jusqu'à ce que le principe soit détruit ou changé et que l'invincible riatiLre ait repris son empire. » Le terme de nature est ici pris par Bonald dans son sens le plus strict.

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Est naturel pour lui tout rapport nécessaire à la conservation des Etats. La famille est un de ces rapports. Elle est nécessaire à la conservation des trois êtres qui la composent : le père, la mère et l'enfant. Mais les familles ne sont pas isolées. Elles coexistent. Il y a des rapports nécessaires entre elles. L'expression de ces rapports n'est autre chose que la législation primitive.

Inscrite dans la nature même de l'homme, cette législation primitive précède la législation inscrite dans les codes et celle-ci n'est valable qu'autant qu'elle se conforme à celle-là. Il existe doncune constitution éternelle dont nos constitutions promulguées ne doivent être qu'une application. Nous ne créons pas cette constitution, nous la reconnaissons. Elle a été pratiquée avant d'être formulée. L'histoire des peuples démontre au philosophe la grandeur de tout pays construit d'après cette constitution éternelle, la décadence de tout état qui a voulu s'en détacher. Cette histoire a comme son raccourci dans la tradition qui n'est que le résidu

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accumulé et instinctif de ce long- enseig-nement. Voilà le principe tout réaliste du traditionalisme de Bonald et voilà aussi le principe non moins réaliste de son apologétique. Les lois religieuses sont pour lui les conséquences nécessaires des lois fondamentales de la société, elles-mêmes conséquences nécessaires des lois fondamentales de la famille. La religion est la société des hommes et de Dieu, et il n'y en a qu'une véritable comme il n'y a qu'une société véritable des hommes entre eux. Cette identité est si complète que les trois éléments de la cellule familiale : le père, la mère, Tenfant, retrouvés déjà dans la société politique sous la forme de pouvoir, ministre et sujets, réapparaissent dans la société religieuse. Ils s'appellent ici Dieu, le Médiateur et l'homme. L'expérience se rencontre sur ce point avec la métaphysique qui ramène tous les rapports possibles entre les êtres à ces trois expressions : cause, moyen, effet.

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