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A PROPOS DE I-'UNIFORME MILITAIRE

Comment se faisait-il qu'en France chaque ministre de la g-uerre fit une ordonnance militaire, et que chacun de ceux qui étaient chargés de la faire exécuter y changeât quelque chose ? Quand la nature amène des développements nécessaires dans les usages politiques ou militaires d'une nation, elle a soin d'en indiquer le motif. Ainsi, il était dans la nature des choses qu'une troupe à cheval acquit, dans ses évolutions, toute la rapidité dont le cheval est susceptible ; quel'artilleur fût, dans certaines circonstances, mis à cheval, pour arriver aussitôt que la pièce qu'il sert ; que le soldat fût habillé uniformément, d'une couleur difficile à salir et aisée à nettoyer ; que son habit le défendit du froid sans l'embarrasser dans sa marche ; qu'il fût coiffé de manière à garantir sa tête des injures de l'air, chaussé de manière à préserver ses pieds de l'humidité, armé de la manière la plus propre à tirer le meilleur parti de sa force et de son adresse ; mais, ces objets une fois remplis, l'homme et les saisons restent les mêmes. Pourquoi fatiguer le soldat et ruiner l'officier par des changements continuels dans le nombre des boutons, la couleur des revers, la coupe des habits, la forme du chapeau ? Peut-on justifier ces changements et mille autres aussi inutiles par aucun motif tiré de la nature des

boutons, des couleurs, des habits ou des chapeaux? La manie dç^ faire est essentiellement celle des petits esprits, le goût de conserver est le caractère des bons esprits (i).

FOI DANS LA FORCE CONSERVATRICE DES INSTITUTIONS QUAND ELLES SONT BONNES

Autrefois en France l'administration allait d'habitude, et l'on ne s'occupait même pas de la constitution ; nous ressemblions à un homme robuste qui dort, mange, travaille, se repose sans songer à son tempérament. Aujourd'hui il faut soigner la constitution comme l'administration , faire aller Tune comme l'autre, et les mettre d'accord si l'on peut.

J'aime, dans un Etat, une constitution qui se soutienne toute seule, et qu'il ne faille pas toujours défendre et toujours conserver. Ces constitutions si délicates ressemblent assez au tempérament de l'homme qui se porte bien, pourvu que son sommeil ne soit jamais interrompu, son régime jamais dérangé, sa tranquillité jamais troublée, qu'il ne sorte de chez lui ni trop tôt ni trop tard, et qu'il n'aille ni trop loin ni trop vite (2).

(i) 7 hcorie dzi pouvoir, part. III, liv. II, chap, 11.

(2) Parlant de la Constitution de l'an III, Laréveillère-Lepeaux écrit dans ses Mémoires : « Beaucoup de penseurs français et étrangers l'ont regardée comme la meilleure qui existe quant au

Il y a des Etats en Europe qui, par leurs institutions, sont toujours à la veille ou au lendemain d'une révolution.

On peut plutôt gouverner avec des faibles, quand les institutions sont bonnes, qu'avec des forts, quand elles sont mauvaises (i).

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