PRÉFACE
(I Napoléon, dans sa prodigieuse carrière, n'a rien imaginé qui fût plus graud et qui pût être plus véritabUmenl utile. » 'Tiili;iis, Histoire du Consiilat.)
L'expédition (rÉgypto en 1798 a été admirée par les uns comme un prodige d'audace et considérée par d'autres comme une brillante chimère.
Eh bien ! aujourd'hui, après exactement un siècle écoulé depuis cette expédition et en présence du grand mouvement produit à l'occasion de l'occupation de Faschoda par la mission Marchand, il ne faut pas oublier les motifs qui déterminèrent Bonaparte à entreprendre cette mémorable campagne ; son idée était grandiose, son but était patriotique au plus haut point. Ce but, c'était l'établissement d'une colonie sur le Nil, l'ouverture du canal de Suez, la facilité d'un immense débouché à nos manufactures dans l'Afrique, l'Arabie et la Syrie. Et ce qui le tentait, l'exaltait dans cette entreprise, c'était surtout d'aller attaquer la puissance anglaise dans les Indes, en partant de l'Egypte comme d'une place d'armes, pour porter sur l'indus, GO. 000 hommes qui, avec l'aicie des populations ralliées à notre
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cause, renverseraient facilement l'orgueilleuse dominalion des Anglais.
Puis, n'était-ce donc pas une noble pensée que celle de rouvrir la route de l'ancien monde, dédommager la France de la perte de ses colonies occidentales par de nouveaux et nombreux établissements sur les côtes d'Afrique, rendre au berceau des Sciences et des Arts sa première splendeur, explorer un pays si riche de grands souvenirs, aller marquer sa place entre les plus illustres conquérants et arborer le drapeau tricolore sur les ruines de Thèbes !
11 ne s'en est pas fallu de beaucoup que cette pensée se réalisât complètement; car en seize mois et vingt jours, avec moins de trente mille hommes, Bonaparte avait pris Malte, conquis la basse et la haute Egypte, détruit deux armées turques, envahi la Palestine, la Galilée, et jeté les fondements (le la plus magnifique colonie ; il est notoire, qu'en quittant l'Egypte au mois d'août 1799, il croyait ce pays pour toujours à la France : il en fut autrement; il semblait avoir emporté avec lui le secret(k' la victoire ; mais les revers de la dernière campagne de Tarmée d'Orient ne sauraient llétrir sa gloire et sa renommée. Disséminée sur un trop grand espace, par les mauvaises dispositions de l'incapable Menou, qui avait succédé à Kleber, combien n'a-t-elle pas imposé à des ennemis supérieurs siii- tous les points, et ({uel
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('•chiL rt'tléchit encore sur elle au milieu des calamités et (les désastres (jui raccablent! Que les Anglais s'applaudissent, s'ils le veulent, d'un triomphe, dû tout entier aux fautes d'un seul homme; mais leurs généraux ont-ils pu se vanter d'une victoire qu'ils n'ont remportée ni par leurs dispositions, ni par la valeur et l'audace de leurs soldats? Leur marche timide, malgré leur énorme supériorité, dénote aisément quelle aurait été la (K^stinée des troupes anglaises et turques, si le chef de l'armée eut été digne d'elle.
« Si le général Menou, disait le général Bonaparte, eût pu se maintenir dans Alexandrie jusqu'au irj novembre, il eût été délivré par les préliminaires de Londres, et sa position eût été considérée pour quelque chose dans les conditions délinitives de la paix d'Amiens. » En eiïet, l'Angleterre était presque résignée, en 1801 , à nous laisser l'Egypte, moyennant des compensations. Ces compensations qu'on avait fait connaître à notre négociateur n'avaient rien d'exhorbitant. Il est hors de doute que, pendant la paix maritime qui suivit, Bonaparte, alors premier Consul, prévoyant la brièveté de cette paix, eût envoyé aux bouches du Nil d'immenses ressources en hommes et en matériel. Il suffit de parcourir sa nombreuse correspondance pour être convaincu de l'importance qu'il y attachait.
K La belle armée expédiée à Saint-Domingue,