‹ Bonaparte en Égypte, 1798-1799Chapitre 10 sur 14 · OBSERVATIONS DE NAPOLEON · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE NAPOLEON

A. ho Grand Vizir était à la fin d'août à Erivan, dans la Haute-Arménie, il n'avait avec lui que 5,000 lionniies. Le 22 août, on ignorait en Egypte que ce ])remier ministre eût quitté Constantinople ; l'aurait -on su, qu'on y aurait attaché fort peu d'importance; au 26 .septembre, lorsque cette lettre était écrite, le Grand Vizir n'était ni à Damas, ni à Alep, il était au-delà du Taurus.

B. L'armée française était forte de 30.000 honnnes au moment de son débarquement en Egypte, en 1798; puisque le général Ivleber déclare qu'elle était réduite de moitié au 27 septembre 1799 : elle était donc de 15,000 hommes; ceci est une fausseté évidente, puisque les états de situation de fous les chefs des cor])s envoyés au ministre de la guerre, datés du 1" septembre, portaient la force de l'armée à 28,500 hommes, sans compter les gens du pays: les états de l'ordonnateur Dame fai-

C. Cependant il ne s'agit plus aujourd'hui comme autrcIVjis de lutter contre quelques hordes de Mameluks découragés ; mais de combattre et de résister aux efforts réunis de trois grandes puissances : la Porte, les Anglais et les Russes.

Le dénùmcnt d'armes, de poudre de guerre, de fer coulé et de plomb, présente un tableau aussi alarmant que la grande et subite diminution d'hommes dont je

saient monler la coiisommalion à 35,000 liomnics, y compris les abus, les auxiliaires, les rations doubles, les fcinmos et lus enfants; les états du paveur Estève, envoyés à la trésorerie, faisaient monter l'armée à 28,500 hommes : comment, dira-t-on, l/t conquête de la haute et basse É^vple. de la Syrie, les maladies, la peste, n'avaient fait périr que 1 ,500 hommes ! Non, il i-n a péri 4,500 : mais, après son di'barquement, l'armée fut augmentée de 3,000 honnnes, provenant des débris de l'escadre de l'amiral Brueys.

Voulez-vous une autre preuve tout aussi forte ? c'est qu'aux mois d'octobre et de novembre InOI, deux ans après, il a débarqué en France 27,500 hommes venant d'Egypte, sur lesquels 24.000 appartenaient à l'armée : les autres étaient des marins, des Mameluks ou des gens du pays :

or, l'armée n'avait reçu aucun renfort, si ce n'est un millier d'hommes partis par les trois frégates, la Justice, i Egijptieniie et la Hégéiiércc, et une douzaine de corvettes ou avisos qui V arrivèrent dans cet intervalle.

En 1800 et 1801, l'armée a perdu 4,800 hommes, soit de maladie, soit à la campagne contre le Grand Vizir, en 1800; soit à celle contre les Anglais, en 1801 : 2.300 hommes ont, en outre, été faits prisonniers dans les forts d'.-Vboukir, JuUien, llamanyeh, <lans le désert avec le colonel Cavalier sur le convoi de Djermes, au Marabout; mais ces troupes, ayant été renvoyées en France, sont comjjrises dans le nombre de 27,500 qui ont opéré leur retour.

Il résulte donc de cette seconde, preuve, qu'au mois de septembre 1799, l'armée était de i8,500 hommes, éclopés, vétérans, hôpitaux, etc., tout compris.

C. Les fusils ne manquaient pas j)his que h'S honnnes, il (•«'■suite des ('■fats des chefs de corps dc> septembre 1799. qu'ils avaient 7.000 fusils et 11,000 sabres au dépôt; et des états de l'artillerie, qu'il y en avait 5,000 neufs, et 300 en jjièces de rechange au parc; cela fait donc 15,000 fusils.

Les pièces de canon ne manquaient pas davantage : il y avait, comme le constatent les états de l'artillerie, 1,426 bouches à feu, dont 180 de campagne, 2i5,00O projectiles, 1,100 milliers <le ])oudre; 'J millions de

\iens de parler : les essais de fonderie faits n'ont point réussi ; îa manufacture de pondre établie à Roudah n'a pas encore donné, et ne donnera probablement pas le résultat qu'on se tlallail d'en obtenir; enfin la réparation des armes à feu est lente, et il faudrait pour activer «es établissements des fonds et des moyens que nous n'avons pas.

D. Les troupes sont nues, et «ette absenpe de vêtements est d'autant plus fâcheuse, qu'il est reconnu que, dans ce pays, elle est une des causes les plus actives des dyssenteries et des ophtalmies, qui sont les maladies constamment régnantes ; la première surtout a agi celte année puissamment sur des corps aflfaiblis et épuisés par les fatigues.

Les officiers de santé remarquent «t rapportent constamment que, quoique l'armée soit si considérablement diminuée, il y a cette iinnée un nombre beaucoup plus grand de malades qu'il n'y en avait l'année dernière à la même époque.

E. Le général Bonaparte avait effectivement, avant son départ, donné des ordres pour habiller l'armée en drap ; mais pour cet objet, comme pour beaucoup <rautres, il s en est tenu là, et la pénurie des finances, qui est un nouvel obstacle à combattre, l'eût mis dans la nécessité sans doute d'ajourner lexécution de cet utile projet : il faut parler de cette pénurie.

Le général Bonaj)arle a épuisé toutes les ressources extraordinaires dans les premiers mois ■de notre arrivée ; il a levé alors autant de contributions de guerre ■que le pays pouvait cti supporter ; revenir aujourd'hui à ces moyens, alors que nous sommes au dehors entourés d'ennemis, serait prépai-er un soulèvement

cartouches d'infanterie, 27,000 carlouches à canon confectionnées, et ce qui |)rouve l'exactitude dans ces états, c'est que deux ans après, les .\nglais trouvèrent 1,375 bouches à feu, l'JO, 000 projectiles et 900 milliers de poudre.

D. Les draps ne manquaient pas plus que les munitions, puisque les états de situation des maj^asins des corps portaient qu'il existait des draps au dépôt, que l'habillement était en confection; et qu'effectivement, au mois d'octobre, l'armée était habillée de neuf : d'ailleurs, comment manquer d'habillement d;ins un pays qui habille 3,000,000 d'Iiommes, l'es populations de l'Afrique, de r.-Vrabie, qui fabriquent des cotonnades, des toiles, des draps de laine en si grande quantité ?

E. Depuis longtemps la solde était au courant, il y avait 15,000 francs d'arriéré; mais cela datait de longue main : les contributions dues étaient de 16,000,000 comme le prouvent les élats du payeur Estéve, datées du 1" septembre.

F. La conduite de ce peuple, pendant la guerre de Syrie, ne laissa

cune inquiétude sur sa religion et se concilier les ulémas.

à la première occasion favorable. Cependant Bonaparte à son départ n'a pas laissé un sou en caisse, ni aucun objet équivalent : il a laissé, au contraire, un arriéré de près de 12,000,000 ; c'est plus que le revenu d'une année dans la circonstance actuelle. La solde arriérée pour toute l'armée se monte seulement à 4,000,000.

F. L'inondation rend impossible en ce moment, le recouvrement de ce qui est dû sur l'an- ''."'^"n doute sur ses bonnes disposinée qui vient d'expirer, et qui *'""«;. "'ais il ne faut lui laisser ausuffirait à peine pour la dépense d'un mois ; ce ne sera donc qu'au mois de frimaire qu'on pourra en recommencer la perception ; et, alors, il n'en faut pas douter, on ne pourra pas s'y livrer parce qu'il faudra combattre.

Enfin, le Ni! étant cette année très mauvais, plusieurs provinces, faute d inondations, offriront des non-valeurs auxquelles on ne pourra se dispenser d'avoir égard.

Tout ce que j'avance ici, citoyens Directeurs, je puis le prouver et par des procès-verbaux et par des états certifiés des différents services.

Quoique l'Egypte soit tranquille en apparence, elle n'est rien moins que soumise ; le peuple est inquiet, et ne voit en nous, quelque chose que l'on puisse faire, que des ennemis de sa propriété : soii cœur est sans cesse ouvert à l'espoir d'un changement favorable.

G- Les Mameluks sont disper

Page 1