Bonaparte au citoyen Le Tonrncui', G mai (Arch. G
1. Bonaparte au Directoire, G mai ;Arcli. G.). « Mon intention est d'envoyer de Plaisance 4,000 h. jusqu'à Bologne pour m'emparer des routes de cette ville et demander 6 millions au duc de Modène. »
Castel San-Giovanni, où, le soir du 6 mai, il rejoint l'avant-garde de Dallemagne *. Celle fois il n'est plus de retour en arrière possible et la phase critique des opérations commence. Demain, on sera en contact avec l'ennemi; demain on franchira le Pô.
En passant la Trebbia, le lendemain, on allait se trouver sur les États du duc de Parme'. La question se posait de savoir s'il convenait d'user ou non de ménagements envers ce prince. Bonaparte ne s'embarrassa pas pour si peu. Sans égard pour l'avis de Faipoult qui conseillait la modération*; fort des encouragements du Ministre Delacroix, peu engoué du duc de Parme*; convaincu d'ailleurs que « ces petits princes ont besoin d'être un peu menés. . . que la peur seule les rend si honnêtes et si respectueux que l'on peut dire bas = » ; Bonaparte n'hésita point. Dès le soir, à Casiel San-Giovanni, au débotté, il écrivit cavalièrement au gouverneur de Plaisance d'avoir à se rendre de suite au quartier général, avant 2 lieures du matin, heure à laquelle il prétendait se proposer de monter à cheval ".
Sans même attendre le résultat de cette entrevue, l'adjudant général Frontin part pour Plaisance, et en même temps que Bonaparte appelle près de lui le gouverneur de Plaisance, il envoie, à H heures du soir, l'adjudant général Lanusse, avec le commandant Andréossy et dOiJ cavaliers, rejoindre Frontin, s'emparer du bac sur le Pô, et de tous les bateaux, tandis qu'il
4. C'est à tort que le c' Riistow, p. 127, fixe au 5 mai, l'entrée de l'avant-garde à Castel San-Giov;inni.
2. On y était eu fait depuis le 6, le torrent Versa servant de limites et Stradella éi.iut la dernière ville du l>iémont, mais bien que Castel San-Giovanni fût du Parmesan ou avait sans façon passé outi'e.
3. Faipoult à Carnot, 11 mai (Arcli. G.) ; il avait dû donner ce conseil à Bonaparte dans leur entrevue de Tortone, le 4 mai.
4. Di'IaRroix, Ministre des Relations Extérieures, écrivait le 5 mai, que l'armée pouvant être en peu de marches et sans résistance à Parme, Plaisance et Guastalla, ou pouvaitattaquerleduc régnant puisqu'il avaitfait partie delacoalition,du moins tant que la médiation de l'Espagne en sa faveur ne se serait pas produite, et il ajoutait (]u'on trouverait de grandes ressources dans le pays (Delacroix à Ciarke, 5 et 6 mai, Arch. G.). Le fils du duc avait épousé l'infante Marie-Louise, fille du roi d'Espagne; Bonaparte en fit, en 1801, un roi et une reine d'Etrurie. Voir l'intéressant ouvrage de M. Paul Marmottan : Le Royaume d'Etrurie, 1S01-1807.
f). Bonaparte au Directoire, 6 mai (Arch. G.).
6. « Ayant à conférer avec vous. Monsieur, sur des objets de la plus haute importance, vous voudrez bien vous rendre de suite à Castel San-Giovanni. Il serait nécessaire que vous fussiez rendu ici avant 2 h. après minuit, devant monter à cheval à cette heure-là « (Bonaparte au Gouverneur du duché de Parme, à Plaisance, 6 mai, Arch. G.). Le lendemain, 7 mai, le Ministre d'Espagne à Parme, comte de Valdeparaiso, étant intervenu, le général en chef lui répondit hypocritement: « Comme il n'est pas dans mon cœur, ni dans l'intention du peuple français, de faire du mal sans but et de nuire en rien aux peuples, je consens à suspendre toute hostilité contre le duc de Parme et la marche de mes troupes sur Parme ; mais il faut que dans la nuit, le duc envoie des plénipotentiaires pour conclure la suspension. Je fais marcher quelques régimeuts de cavalerie, avec une brigade, à .3 lieues de Plaisance ; cela ne doit donner aucune inquiétude au duc, dès l'instant qu'il accepte les conditions dont nous sommes convenus » (Bonaparte, 1 mai ; Arch. G.). Plaisance s'écrit en italien : Piacenza.
conservera le gouverneur « en otage, pour être maître des dispositions de la ville à notre égard ' ». Lanusse, sans toutefois entrer en ville, fera venir le syndic de Plaisance et s"en fera accompagner partout, préparant le logement du quartier général, commandant pain, vin, viande et fourrages en quantité; ses patrouilles sillonnant constamment le terrain entre Plaisance et le Pô ^.
Cependant, le gouverneur de Plaisance, le comte de San- Vitale ■\ s'était rendu, non sans défiance, au quartier général, interloqué d'une convocation aussi insolite. Bonaparte lui laissa croire, sans doute*, que son intention était de marcher sur Parme, alin de punir le duc de sa participation aux entreprises contre la France, et le gouverneur put en aviser son souverain, qui n'eut plus, dès lors, qu'à s'incliner et à conclure la lourde suspension d'armes que dicta Bonaparte*. Le jeune général n'avait
1. Ordres à Lanusse et Andréossy, 6 mai, 17 floréal; Bonaparte au Directoire, 9 mai (Arcli. G.)- Lanusse devait faire préparer des vivres pour 12,000 h., des fourrages pour 4,000 chevaux, et s'informer s'il y avait des barques jusqu'à. 6 milles en dessus de Plaisance, afin d'envoyer des détachements pour s'en emparer.
2. Ces patrouilles capturéient 5 bateaux chargés de riz, de malles d'officiers, emportant l'ambulance avec ."iOO malades, toute la pharmacie de l'armée (Bonaparte au Directoire, 9 mai; Arch. G.j.C'estle capit»» Quillet, du 10" chasseurs, qui avec une parlie de ses liommi s à pied et embarqués, i)rit à l'abordage 6 bateaux (6, d'après eux. mais o eu réalité), ([ui sous une escorte de 530 h., pris eux aussi, contenaient l'ambulance, la pharmacie et 130 malades (et non 500). Le maréchal des logis Dumai se distingua dans cette opération (Historique, Arch. G.).
3. Le comte de San-Vitale était de la famille la plus importante du duché de Parme. C'est le mémo personnage f|ui, en 1813, fut envoyé à Paris, à la tète d'une fléputation, pour renouveler à l'Empereur l'assurance de l'éternelle lidélité de ses sujets de Parme. Son lils épousa, eu septembre 1833, Alberta di Montenunvo, fille aînée de l'cx-impératrice Marie-Louise, duchesse de Parme, et du comte de Neipperg. Singulière fortune qui mettait ainsi en présence, ce matin de mai 1796, ces deux l)ommcs ! Bizarrerie du destin ! Qui eût dit à Bonaparte ([ue le fils de son interlocuteur du 7 mai, deviendrait le mari de la fille adultérine de sa propre femme ? Mais qui lui eût dit alors qu'il épouserait un jour une archiduchesse d'Autriche?
4. Si l'on en juge par la lettre à l'ambassadeur d'Espagne, précitée, 7 mai.
y. Cette suspension d'armes fut conclue le 9 mai, à Plaisance, entre Bonaparte et les pléiiipoteutiaircs du duc de Parme, le marquis Antonio Pallavicini et le marquis Filippo délia Rosa. Us avaient mission de consentir à tout, « sauf l'impossible >>. D'après la convention, le duc consentait à payer une contribution militaire de 2 millions, soit en monnaie, soit en argenterie, soit eu lettres de change sur Gènes, 500,000 francs payables dans les cinq jours, le reste dans la décade suivante. Il livrait eu outre 1,200 chevaux de trait harnachés avec colliers, 400 de di'agons, et 100 de selle pour officiers; il s'engageait à verser, en (|uiiize jours, à Torione, 10,000 quintaux de blé, 3,000 d'avoine et 2,000 bœufs. EuUn, il remettait, au choix du général, vingt tableaux de ses galeries, dont " les plus beaux du Corrège » et notamment le Suint- Jérôme. En retour, on lui garantissait de le traiter comme un Etat neutre, sous réserve qu'il engagerait aussitôt des négociations à Paris en vue de la paix (Bonaparte au Directoire, à Carnot, 9 mai, et Texte de la suspension d'armés, 9 mai; Arch. G.I.
eu qu'à faire les gros yeux pour tout obtenir. Décidément, il avait raison lorsqu'il disait : « Les Parmesans sont de bons enfants '. » Il eut lieu de s'en applaudir, car la moindre résistance de leur part eût amené de graves conséquences, et le passage du Pô en eût été fort compromis.
Tout étant ainsi prévu et préparé, militairement et diplomatiquement, le mouvement sur Plaisance ainsi démasqué, il n'y avait plus qu'à précipiter la marche des divisions, « toutes en échelons à différentes distances », et prouver à Beaulieu « que les républicains français n'étaient pas aussi ineptes que François !«■'* ».
Le 7 mai, 18 floréal, à 4 heures du matin ', Dallemagnc part de Castel San-Giovanni avec toutes les troupes de l'avaiit-garde; Bonaparte et Kilmaine marchent avec lui. La cavalerie, sous le général Beaumont, part une heure plus tard, à 5 heures, do Stradella, et suit la même route. Dallemagne et Beaumont enjambent le Tidone, puis la Trebbia et se dirigent sur Borgo San-Aiitonio qui est presque un faubourg de Plaisance. La Harpe cette fois ne s'intercale pas entre l'avant-garde et la cavalerie ; il suit d'ahord la route derrière la cavalerie, puis à San-Nicolo, incline plus à gauche, plus proche du Pô, ce qui déblaie la grande route, et lui permet d'observer le cours du fleuve, tout en couvrant le flanc de l'avant-garde. Il marche alors vers Calendasco.sur la rive gauche de la Trebbia*. Sa division, bien qu'exténuée et pieds nus, « est pleine de bonne volonté et d'espérance » ; le général aussi et il écrit : « Je battrai l'ennemi. . . ou ma tète sautera ^. »
Il est 9 heures du matin quand l'avant-garde, faisant marche forcée, parvient sous les murs de Plaisance **. Celte vigoureuse troupe a parcouru 16 lieues en trente-six heures '. Sans la laisser