H. de Sybel; t. IV, p
tricolore au chapeau, faisait la haie sur tout le parcours jusqu'au Dôme, et la foule, eu ébullilion, conteuue avec peine, ondulait jusqu'en dehors de la Porta Romana, amusée, égayée, chantante, vibrante; souriante à tout ce qui luit, ne voulant voir que les habits bleus et les épaulettes d'or des uns, dont l'éclat éclipsait les haillons et les guenilles des autres.
Le général comte di Trivulzio, à la tête des décurions; le vénérable archevêque Filippo Visconli, en dépit de ses soixantequinze ans, et bien qu'il eût, un mois auparavant, prié Dieu pour attirer sur les Français les foudres célestes ', à la tête de son clergé; le duc Serbelloni, se portèrent au-devant du vainqueur en dehors de la Porta Romana. Masséna et Joubert à cheval, allèrent de leur côté au-devant du général en chef.
Ronaparte, monté sur un cheval blanc-, entouré de ses guides, flanqué de Saliceli et de Kilmainc ^ précédait la cavalerie dont les casques étincelaient au soleil''. Son maigre visage, imberbe et pâle, ses yeux caves, resplendissaient de joie. A son aspect, d'universelles acclamations retentirent. Dans le cortège qui se l)ressait derrière lui, figurait un groupe d'officiers autrichiens prisonniers et l'on ne remarquait pas non plus sans étonnement le commandeur Frédéric d'Esté, fils d'une danseuse de l'Opéra de Paris, frère naturel du duc de Modène, accouru pour implorer la paix. « Jamais triomphe ne fut plus complet, ni plus méritée »
Les décurions et l'archevêque le haranguèrent tour à tour, à plusieurs reprises. Il descendit alors de cheval, s'assit sur un tas d'herbe, dans une ferme, et répondit aux humbles protestations de dévouement et de soumission en ces termes : « En prenant possession, au nom de la République Française, de la ville de Milan et de sa province, je vous assure de ses immuables sentiments à votre égard. Elle entend que chacun contribue au bien
1. Monseigneur ViscoDti, « vieillard de quatre-vingts ans... respectable par son /l2:e et son caractère, mais sans esprit, ni réputation » (Napoli-on : Campagnes d'Italie). Voir sur Mgr Visconti, Paul Marmottan : Elisa lionaparte, p. 95.
2. Il seiail venu on voiture depuis Lodi et ne serait monté à clieval (pi'à la Porta Piomana. Ce clieval blanc « petit et éreinté », était sans doute « Bijou », avec lequel Houapaite lit presque toute la campagne d'Italie ; à la lin il eut une jument, « La Carinthie », qui suppléa « Bijou ».