‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 79 sur 622 · jNapoléon ; Campagnes d'Italie · texte numérisé non relu

jNapoléon ; Campagnes d'Italie

peint La Harpe comme un «bel homme de guerre... ayant assez peu de tête et pas beaucoup plus de courage ' » ; assertion cruelle que démentent, et la mort héroïque de La Harpe, frappé au premier rang de ses soldats, et rcslime que professait pour lui Bonaparte ! La Harpe fut en effet un des rares parmi ses lieutenants, avec lesquels Bonaparte conserva le tutoiement, obligatoire jusque-là; Bonaparte ne lui écrivaitpas sculementen termes atrectueux et familiers ; il lui témoigna sa confiance particulière par les missions spéciales dont il le chargea à diverses reprises -. n l'eût certainement porté au premier rang, si une fin malheureuse entre toutes, n'en avait prématurément privé l'armée. Elle « perdit en lui un de ses meilleurs chefs; la France, un de ses plus intrépides défenseurs ; les Vaudois le pleurèrent comme un citoyen vertueux et un martyr de leur indépendance * ».

L'autre divisionnaire de Masséna, le général Meynier, était un vieux soldat, plein de fougue et de bravoure, mais « pas bon à commander un bataillon dans une guerre aussi active et aussi sérieuse que celle-ci* ». Il servait depuis vingt-quatre ans, en 1789, dans le régiment d'infanterie de Saintonge (82°), avec lequel il avait fait la guerre en Amérique et, cependant, la Révolution le trouva seulement sous-lieutenant de grenadiers. Son ardeur toute méridionale, la belle défense qu'il opposa aux Prussiens au fort de Kœnigslcin pendant l'incursion de Custine en Allemagne, le firent passer, d'un seul saut, du grade de capitaine à celui de général. A l'armée d'Italie, il marqua peu, sa division futhcenciée aussitôt après les premiers combats, et Bonaparte l'investit du commandement de la place de Tortone, où ses quarante-sept ans pouvaient encore être utilisés.

Les deux dcrnièi'es divisions de l'armée avaient pour chefs les généraux Garnier etMacquard. Garnier était l'ancien chef du bataillon des Marseillais, blessé d'un coup de sabre à l'attaque des Tuileries, le 10 août 179â. Officier énergique, mais surtout révolutionnaire ardent, le métier d'architecte, qu'il avait précédemment exercé dans sa ville natale, l'avait peu préparé à ses fonctions. Aussi, Bonaparte lui appliqua-t-il le même jugement qu'à Meynier: «Incapable, pas bon à commander un bataillon s». C'était sévère; le général Garnier avait prouvé, au moins une fois,

Page 1