‹ Bonaparte et MoreauChapitre 27 sur 54 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Situation générale à la rupture de l'armistice. — Projets du Premier Consul. — Positions de l'armée du Rhin le 7 friuiaire (28 novembre}. — Plan de l'archiduc Jean. — Intentions de Moreau. — Premiers mouvements de l'armée du Rhin. — L'archiduc modifie son plan. — Combat d Ampfing. — Concentration de l'armée du Rhin. — Instructions de Moreau à Richepance et à Decaen. — Rataille d'Hohenlinden. — Critiques de Napoléon. — Conséquences de la victoire.

Au moment de la rupture de l'armistice, quatre armées françaises étaient prêtes à entrer en campagne. L'armée du Rhin forte de 106,000 hommes (2), se concentrait, en majeure partie, entre l'Isar et l'Inn. L'armée gallo-batave commandée par Augereau et comptant 16,000 hommes (3), était échelonnée entre Offenbach et Aschaffenbourg. Elle devait, d'après les Mémoires de Napoléon, opérer sur le Mein et sur la Rednitz, « tant pour combattre les insurgés de la Westphalie, conduits par le baron d'Albini, que pour

(1) Voir les croquis n"' 3 et 4.

(2) Situation au l"^"^ frimaire an IX (22 novembre 1800). Exactement 106,700 (A. H. G.)

(3) Situation au 1" frimaire an IX. Exactement 16,260 (A. H. G., Armée gallo-batave).

servir de réserve, dans tous les cas imprévus, donner de l'inquiétude à l'Autriche sur la Bohême, dans le temps que l'armée du Ehin passerait l'Inn, et assurer les derrières de la gauche de cette dernière armée (1)» . L'armée d'Italie, aux ordres de Brune, avait un effectit total de près de 100,000 hommes, dont 55,000 (2) rassemblés sur la Ghiese et l'Oglio. Enfin, l'armée des Grisons commandée par Macdonald et forte d'environ 18,000 hommes (3) , remplissait le vide entre les armées du Rhin et d'Italie. Elle se reliait par sa gauche, à Fcldkirch, à la division Molitor de la première, et par sa droite, en Valteline, à la division Rochambeau de la seconde.

L'Autriche avait mis sur pied des forces à peu près égales en nombre, mais bien inférieures aux armées françaises au double point de vue de l'organisation et de la valeur morale. Son armée d'Allemagne commandée par l'archiduc Jean, comptait 1 10,000 combattants environ, dont 16,000 à droite, sous les ordres de Klenau, tenaient Ratisbonne et le Palatinat; 23,000 à gauche, sous la direction d'Hiller, occupaient le Tyrol ; le reste bordant l'Inn, de Braunau à Rosenheim. Son armée d'Italie commandée par Bellegarde, était forte de 80,000 hommes solidement

(1) Mémoires de Napoléon (Gourgaud), II, 21.

(2) Situation au 1" frimaire an IX. Exactement 55,790 (A. H. G., Armée d'Italie).

(3) Situation au 1" frimaire an IX. Exactement 18,602 (A. H. G., Armée des Grisons).

retranchés sur le Mincio, en majeure partie, s'appuyant, par leur aile droite, à Trente et détachant quelques régiments dans l'Engadine et dans la haute vallée de l'Adige (1).

A Sainte-Hélène, Napoléon a écrit qu'il » était résolu à marcher sur Vienne, malgré la rigueur de la saison (2) " . Toutefois, ce n'était pas à l'armée de Moreau qu'était dévolu, dans son esprit, le rôle principal. Soit que Bonaparte se souvînt de l'accueil que Moreau avait fait à ses projets au début de la campagne, soit qu'il s'exagérât les difficultés que l'on rencontrerait sur l'Inn, soit enfin qu'il ne se souciât pas de procurer à Moreau des succès trop considérables (3) , il prit le parti de porter ses efforts sur un autre point du théâtre des opérations.

Le Premier Consul se borna donc à recommander à Moreau de prendre l'offensive et de manœuvrer pour rejeter l'archiduc Jean derrière l'Enns (4) , mais, si l'on en croit Mathieu Dumas, il doutait que l'armée du Rhin put obtenir d'autre résultat que de paralyser les forces

(1) HuFFER, Quellen zxu- Geschichte des Zeitallers der fvanzôsischen Révolution^ Erster Tlieil, Zweiter Baiid, Zw eltes Heft, 387. Il faut ajouter aux chiffres ci-dessus une dizaine de mille hommes qui, sous Simbschen, tenaient la Franconie.

(2) Mémoires de Napoléon (Gourcadd;, II, 21.

(3) C'est l'opiaioa de Mathieu Dumas qui eut, à cette époque, plusieurs entrevues avec le Premier Consul (Précis des événements militaires, V, 148). — Thibaudeau, au contraire, très favorable, il est vrai, à Bonaparte, proteste contre cette hypothèse [Hist. du Consulat et de l'Empire, II, 71).

(4) Corresp. de Napoléon, n° 5075.

300 EONAPAIITE ET MOREAU

qui lui étaient opposées sur l'Inn (1), Pendant ce temps, Bonaparte prenant le commandement de Tarmée d'Italie, renforcée de la garde et de 10,000 grenadiers amenés du camp d'Amiens par Murât, attaquerait Bellegarde et franchirait l'Adige puis le Tagliamento, tandis que Macdonald pénétrerait par la Valteline dans le Tyrol italien et dans la vallée de la Drave (2) . Bellegarde une fois refoulé sur la frontière de Hongrie, Bonaparte réunirait les armées d'Italie et des Grisons et marcherait à leur tête sur Vienne pour y dicter la paix (3) .

Sans doute, les distances et les difficultés locales étaient considérables. Il eût été certainement plus rationnel, ou tout au moins plus simple, de réunifies armées d'Augereau et de Macdonald, ainsi que la garde et les grenadiers de Murât, à 1 armée de Moreau et de marcher avec 160,000 hommes, parla Bavière, sur Vienne, comme Napoléon le fit en 1805. Les avantages de ce plan n'échappèrent pas, vraisemblablement, au Premier Consul, puisqu'il avait eu la pensée de le mettre à exécution au mois de mars 1800.

(1) Précis des événements militaires, V, 148.

(2) Corresp. de Napoléon, n"* 5167, 5174, 5229; Matliieu Dumas à Oudinot, Ziiricli, 24 brumaire (A. II. G., Année des Grisons.)

(3) Matliieu Titmas, /VcV.lç, V, 148-159,153. — Brune était persuadt' au coinuiencement de frimaire an IX, que Bonaparte le n-joindrait bientôt, ^'lîrune au Ministre cle la guerrr, Brescia, 7 frimaire; au Premier Consul, Bre.scia, 14 frimaire, A. II. G., Armée d'Italie.) C'est, peut-être, pour ce motif que Matliieu Duma.s écrivait à Dessolle, de Zurich, le 25 brumaire : « Nous sommes un satellite entraîné par la planète. »(A. 11. G., Armée des Grisons.)

HOHE>Li:sDEN 301

S'il y renonça, ce fut, suivant toute apparence, par crainte de nouveaux démêlés avec Moreau.

Le 7 frimaire, jour de la reprise des hostilités, l'armée du Rhin avait terminé sa concentration dans la région comprise entre l'Isar et l'Inn, malgré le mauvais état des chemins que des pluies persistantes avaient rendus presque impraticables à l'artillerie et aux convois (1).

Le terrain choisi par Moreau pour le rassemblement de ses forces avait été soigneusement reconnu (2) . Il présentait, entre Munich et Wasserbourg, la forme d'un plateau couvert, à l'est et à l'ouest d'Hohenlinden et d'Ebersberg, d'épaisses forêts. Il s'abaissait vers l'Inn par une région montueuse, tourmentée, coupée par des ruisseaux, parsemée de bouquets de bois. Par suite, son accès était très difficile pour une armée adverse débouchant de l'est ou du nord-est. La gauche de la position était bordée par le fossé de l'Isen, dont la vallée supérieure est marécageuse. De Munich, deux routes se dirigent vers l'Inn : l'une, par Ebersberg, aboutit à Wasserbourg; l'autre, par Hohenlinden, Haag et Ampfing, gagne Muhldorf. Toutes deux traversent la forêt et sont reliées par de mauvais chemins, sauf celui d'Ebersberg à Hohenlinden.

(1) Moreau à Bonaparte, Munich, 6 frimaire (A. H. G.); Dessolle au Ministre de la guerre, Munich, 6 frimaire (/6i</.).

(2) Decaen à Moreau, Nymphenbourg, 14 fructidor an VIII (A. H. G).

Une partie de l'aile droite (1), sous les ordres de Lecourbe, s'étendait depuis Feldkirch jusqu'à la rive gauche de l'Isar, observant les débouchés du Vorarlberg et du Tyrol. Le reste, composé de J3 bataillons et de 14 escadrons, se trouvait sur la route de Munich à Rosenheim, vers Helfendorf.

Le centre de l'armée, sous le commandement direct de Moreau, était échelonné sur la route de Munich à Wasserbourg : la division Richepance à Steinhôring, la division Decaen à Zorneding, la division Grandjean à Parsdorf. La division de grosse cavalerie d'Hautpoul était encore sur la rive gauche de l'Isar à Schleissheim.

L'aile gauche, aux ordres de Grenier, appuyait sa droite à Hohenlinden, sur la route de Miihldorf; sa gauche s'étendait jusqu'à Hôrlkofen. La division ]Sey occupait Kronacker; la division Hardy, Harthofen ; la division Legrand observait les débouchés de la vallée de l'Isen, par Dorfen. Un détachement avancé, sous les ordres du chef de brigade Durosnel, couvrait à Vilsbibourg, les routes de Ratisbonne, d'Oeting et d'Eggenfelden sur Landshut.

A l'extrême gauche, le corps du bas Rhin commandé par Sainte-Suzanne se trouvait entre le Danube et l'Altmiihl, vers Ingolstadt, en face des troupes de Klenau.

(1) Division Molitor et une hriga Je de la division Gudin.

HOHENLIJNDE^' 303

Le quartier général fut transféré de Munich à Anzing (1).

Telles étaient les positions de l'armée du Rhin le 7 frimaire (28 novembre). Elles n'étaient abordables, pour un adversaire venant de l'est, que par les deux chaussées partant de Wasserbourg et de Miihldorf. Cette opération offrait en outre le grave inconvénient de laisser les deux colonnes qui les suivraient isolées l'une de l'autre, pendant une notable partie de leur parcours ; elles étaient incapables, par suite, de se prêter un mutuel appui, le cas échéant. Elle conduisait d'ailleurs à aborder l'armée française de front; à livrer d'abord une série de combats dans une région très coupée, afin de prendre pied sur le plateau ; à déboucher ensuite, de défilés, sur un champ de bataille que Moreau connaissait parfaitement et où ses forces concentrées pourraient attaquer avec avantage les colonnes mal reliées qui se présenteraient à elles.

Aussi l'archiduc Jean se garda-t-il d'agir de la sorte. Il songea un instant à rester sur la défensive, sur la rive gauche de 1 Inn, et à attendre le choc de l'armée française. Par son lit assez profondément encaissé ; par son débit considérable à cette époque

(1) Dessolle au Ministre de la f[uerre, Munich, 6 frimaire (A. H. G.); Moreau à Bonaparte, Munich, 6 frimaire (Ibid) ; Bulletin historique de l'armée du Rhin, du J" au iO frimaire an l\ (Ibid., Bulletins historiques, 1800-1801).

de l'année; par ses rares points de passage enfin, défendus par des retranchements et des batteries, cette rivière constituait en effet un obstacle des plus sérieux. Renonçant à ces avantages qui étaient de nature à compenser l'infériorité morale de son armée, l'archiduc se décida à prendre l'offensive, en manœuvrant sur la gauche des Français et en menaçant leurs communications .

Ses projets consistaient à franchir Tlnn par les ponts de Miihldorf, Neu-Oeting et Braunau, avec la masse principale de ses forces, et à marcher surLandshut où il se joindrait au corps de Klenau. Si Moreau persistait à ne pas abandonner sa forte position, l'archiduc pouvait, ou poursuivre son mouvement, en remontant l'Isar et l'Ammer, et gagner les hauteurs de Dachau ; ou se rabattre plus directement sur l'ennemi, par Erding. Dans les deux cas, les Autrichiens perdaient leur ligne de retraite sur l'Inn, mais il leur restait celle de Ratisbonne et de la Bohême. Pendant ce temps, les Bavarois, les Wûrtembergeois et le corps de Condé, formant un total de 18,000 hommes environ, devaient garder une stricte défensive sur la ligne de l'Inn, depuis Miihldorf jusqu'à Kufstein (1).

Moreau n'avait, le 6 frimaire, aucune connaissance

(1) HiJFFER. loc. cif.,387, 407, UO-411, 413, 421; Relation des mouvemfnls de l'armée autrichienne avant et après la bataille d'Hohenlinden. (Cette relation a été extraite des Archives de Mtinich et envoyée au Dépôt de la Guerre le 16 novembre 1801 ; elle est attribuée au major Dietfurt, employé à l'état-major de l'armée bavaroise.)

de ce plan. De rensemble des renseignements qui lui étaient parvenus, il avait été amené à conclure que rarchiduc défendrait le passage de Tlnn avecla masse principale de ses forces, et qu'il menacerait en même temps les deux flancs de l'armée française (1). Cette conviction subsistait encore le 7, à l'issue des mouvements de la journée (2) . Moreau résolut alors de prendre l'offensive et de forcer la barrière dont se couvraient les Autrichiens.

" Les projets du général en chef, écrivait DessoUe, sont de marcher avec son armée réunie sur Tlnn, de culbuter tout ce qui sera en avant de cette rivière et de chercher un point favorable au passage. Si l'ennemi a porté une partie de ses forces contre le général Augereau et, qu'en même temps, il ait voulu manœuvrer sur notre flanc droit, notre supériorité de moyens assure notre passage et l'ennemi se trouve séparé de l'une de ses ailes. Si, au contraire, il nous attend en masse derrière l'Inn, il s'agit de manœuvrer pour lui dérober un mouvement de passage et nos flancs restent sans inquiétude (3) . » Moreau avait d'ailleurs recommandé aux généraux de division de

(1) Moreau à Bonaparte, Munich, 6 frimaire (A. H. G.); Rapports d'émissaires du 6 frimaire (Ibid.) ; Richepance à Lahorie, Ebersberg, 6 frimaire. (Ib d.).

(2) Desselle à Grenier, Anzing, 7 frimaire (A. H. G.); Desselle à Montrichard, 7 frimaire. (Ibid.).

(3) Desselle au Ministre de la guerre, Munich, 6 frimaire an IX

ne pas se compromettre, s'ils se heurtaient inopinément à des troupes supérieures en nombre (1) .

Le 8 frimaire (29 novembre), l'aile droite de l'armée du Rhin conserva ses positions. L'avant-garde de la division Richepance marcha de Steinhoring sur Wasserbourg, reconnut les retranchements de cette tète de pont et revint ensuite s'établir à Tulling. Les deux autres divisions du centre restèrent sur leurs emplacements de la veille.

A l'aile gauche, la division Ney occupa Haag, la division Hardy se porta sur Tlsen, la division Legrand fit avancer une de ses brigades jusqu'au delà de Dorfen.

Le corps du bas Rhin borda l'Altmûhl, appuyant sa droite au Danube et sa gauche vers Ansbach (2) .

L'ennemi avait cédé le terrain sur tous les points où on l'avait rencontré et paraissait se replier définitivement sur la rive droite de l'Inn (3).

Le 9 frimaire (30 novembre), la division Montrichard, de l'aile droite, prit position à l'est d'Aibling. Les divisions du centre s'établirent respectivement : Richepance à l'ouest de Wasserbourg; Decaen entre

(1) DessoUe à Montrichard, Munich, 6 frimaire (A. H. G.); Decaen, Mémoires inédite, IX.

(2) Bulletin fnstorii/ue de Vannée du Rhin, du 1" au 10 frimaire (A. H. G.); Dessolle au Ministre de la guerre, Anzinj;, 8 frimaire [Ibid.); Rapport de Dessolle du 7 au 12 frimaire (Ibid.).

(3) Desselle à Grenier et à Montrichard, Anzing, 8 frimaire (Av H. G).

Banharting et Zorneding; Grandjean à Hohenlin- (len. Celles de l'aile gauche se portèrent sur les hauteurs qui dominent la plaine d'Ampfing, entre Haun et Kirchbrunn. Le corps du bas Rhin resta sur ses emplacements (1).

Sans même le compter, et défalcation faite aussi d'une partie de l'aile droite observant le Tyrol, le front de l'armée du Rhin mesurait, à vol d'oiseau, d'Aibling à Ampfing, 50 kilomètres. Il eût donc fallu à Moreau, au moins deux jours de marche, pour concentrer toutes ses forces à Tune de ses ailes, s'il voulait livrer, dans de bonnes conditions, une bataille que la proximité des Autrichiens rendait probable. Moreau comprit deux jours après, que ce laps de temps était trop considérable, quand l'attaque inopinée de l'armée ennemie fit ressortir les dangers que pouvait entraîner l'extension excessive du front.

« J'ai fait marcher un peu disséminé, écrivait-il au Ministre, tant pour reconnaître l'Inn, si l'ennemi le repassait, que pour m'assurer du point de son rassemblement, bien décidé, lorsque je le connaîtrais, à me réunir également et à l'aborder (2). )»

La dissémination des forces n'était nullement

(1) Bulletin hùtoriquc de l'armée du Rhin du l*^' au 10 frimaire (A. H. G.); L'adjudant commandant Plauzonne à Lahorie, Zinnenberj», 9 frimaire [Ibid.) ; Le chef d'état-major de la division Ricliepance à Lahorie, Ebersberg, 9 frimaire (Ibid.).

(2) Moreau au Ministre de la guerre, Anzin{», 11 frimaire an IX (A. H. G.).

nécessiaire pour atteindre ces deux résultats et, à Sainte-Hélène, Napoléon a fait à Moreau, à ce sujet, des critiques justifiées (l).

Moreau n'avait rien appris encore des mouvements de l'armée autrichienne. Elle avait quitté la vallée de rinn le 6 frimaire, déjà très fatiguée par les marches de concentration, et s'était portée vers l'est, sur Landshut. Poursuivant l'exécution du plan de l'archiduc Jean, mais ralentie par la pluie qui tombait à torrents, elle n'atteig^nit qu'Eggenfelden, Massing et Neumarckt dans la soirée du 8. Son avant-garde seule poussa jusqu'à Landshut, refoulant le détachement du chef de brigade Durosnel placé à Vilsbibourg (2) .

Apprenant à Neumarckt que les Français s'avançaient par Haag vers Ampfing et Miihldorf, l'archiduc Jean craignit, en continuant son mouvement offensif sur Dachau, d'être débordé et coupé de l'inn. Le danger était réel, en effet, mais il eût fallu le prévoir et organiser une nouvelle base d'opérations sur le Danube, entre Ratisbonne etPassau.

L'archiduc renonçantà sonplan sedécida àchanger de direction et à se rabattre le 9 frimaire, sur sa gauche, vers Ampfing et Dorfen (3). Cette marche

(1) Mémoires de Napoléon (Gouroal'd), IT, 50.

(2) Relation des mouvements de l'armée autricliienne (A. H. G.);. Biilleliit historique de l'armée du Rhin, du 1*"' au 10 frimaire (^Ibid.).

(3) IltFFEB, /oc. cir, 387.

IIOHEMLIMDEN 309

exécutée par des chemins vicinaux détrempés par la pluie, fut extrêmement pénible (1) . jNéanmoins, à la fin de la journée, la plus grande partie de l'armée autrichienne se trouvait concentrée à courte distance et sur le flanc de 1 aile gauche de Moreau dont le corps de réserve et surtout Taile droite étaient trop éloignés pour venir en aide à Grenier.

Le projet de Moreau était, sans doute, de ne livrer bataille qu'avec toutes ses forces, mais l'extension de son front ne lui permettait pas de le réaliser. D'ailleurs, soit que les reconnaissances eussent été mal faites ou que leurs résultats ne fussent pas encore parvenus, soit que toute l'armée fût, comme le général en chef, persuadée que l'ennemi attendait le choc sur la rive droite de l'Inn, Moreau ignorait encore, dans la soirée du 9 frimaire, la situation assez critique où il se trouvait (2) .

Le 10 frimaire (1" décembre), au point du jour, les Autrichiens marchant en trois colonnes, prononcèrent leur attaque avec impétuosité, sur tout le front de l'aile gauche de l'armée du Rhin, à Ascliau, Haun et Dorfen. Ainsi que l'a dit très justement Napoléon à Sainte-Hélène, " l'alarme fut grande dans l'armée française; le général en chef fut déconcerté. Il était pris en flagrant délit; l'ennemi attaquait, avec une

(1) Relation des mouvements de l'armée autricliienne (A, H. G.).

(2) Laliorie à Decaen, Anzing, 30 novembre, dix heures du soir (A. H. G).

310 EONAPAllTE ET MOREAU

forte masse, ses divisions séparées et éparpillées (1) » .

Les troupes de Grenier, malg^ré leur infériorité numérique, opposèrent une vive résistance. Elles ne cédèrent le terrain, pied à pied, qu'après cinq heures de lutte, et lorsqu'elles furent tournées par la vallée de risen, sur la gauche. Accouru sur les lieux et constatant la supériorité des forces de l'adversaire, Moreau ordonna la retraite qui s'effectua vers le sud-ouest, en échelons et dans le meilleur ordre, grâce à l'appui de la division Grandjean, du corps du centre, et d'une brigade de cavalerie de la division Eichepance, qui formèrent l'arrière-garde. Dans la soirée, les divisions Ney et Hardy vinrent prendre position sur les hauteurs d'Haag, couvertes par la division Grandjean à Ramsau; la division Legrand se maintint à Dorfen (2) .

L'ennemi ne poursuivit que faiblement. Grâce à la valeur extraordinaire des troupes et à l'habileté des généraux de l'aile gauche, grâce à une certaine lenteur des Autrichiens dans le déploiement de leurs forces, grâce aussi à la décision de Moreau de refuser la bataille, l'affaire du 10 frimaire n'était qu'un échec et non pas une défaite.

L'archiduc avait exécuté une manœuvre que Napo-

(1) Mémoires de Napoléon (GounGAi;i>), II, 30-31.

(2) Rapport de DessoUe du 7 au 12 frimaire (A. II. G); Bulletin historique, du 1"^^' au 10 frimaire i/>à/.); Rapports de l'aile gauthe sur les mouvements et combats depuis le 7 frimaire... jusqu'au 10 inclus. ylbid.); Relation des mouvements de l'anuécautricliicnne [Ibid.).

léon a qualifiée plus tard de « fort belle >» (1), et ce premier succès lui en promettait de plus importants s'il avait marché avec vigueur le lendemain. Mais il ne dépassa pas Haag le 10 frimaire (2) et laissa à son adversaire le temps de se reconnaître, « de se rallier et de revenir de son étonnement (3) " .

Revenu à son quartier général à Haag, Moreau s'empcessa dans la soirée du 10 frimaire, d'expédier des ordres pour la concentration de l'armée en arrière, sur Hohenlinden (4) . Les divisions Colaud et Souham, du corps du bas Rhin, furent appelées à marches forcées sur Erding, dussent-elles « laisser la moitié des troupes en arrière » (5). Les mouvements prescrits commencèrent dès les premières heures de la journée du 1 1 frimaire.

A droite, Lecourbe évacuant Rosenheim se porta sur Helfendorf et dirigea la division Montrichard sur Pframmern. Au centre, Richepance revint à Ebersberg; Decaen se replia surZorneding; Grandjean reculant lentement devant les avant-gardes ennemies, s'établit au sud de Hohenlinden. A gauche, Legrand prit position à l'est d'Harthofen; Bastoul remplaçant Hardy blessé la veille, au sud de cette localité; Ney, au nord-ouest d'Hohenlinden. Les divisions

(1) Mémoires <le Napoléon (Gourgacd), II, 31.

(2) Relation des mouvements de l'armée autrichienne (A. H. G.). . (3) Méinoiie!< (le Napoléon (GovRGÀVDj, II, 31.

(4) Rapport de Dessolle du 7 au 12 frimaire (A. H. G.).

(5) Dessolle à Golaud, llaag, 10 frimaire (A. H. G.).

3d2 BONAPARTE ET MOREAU

Colaud et Souham, du corps du bas Rhin, atteignirent Freising et Landshut. Le quartier-général de l'armée fut transféré à Anzing (l) . n

Le champ de bataille choisi par Moreau est une sorte de grande clairière comprise entre les forêts d'Ebersberg et d'Isen, et s'étendant, du sud-est au nord-ouest, sur une longueur de sept kilomètres environ, entre les villages de Hohenlinden et de Harthofen. La chaussée de Muhldorf à Munich passant à Haag et Mattenbett, traverse la forêt de l'Isen, débouche, au sud-est d'Hohenlinden, dans cetic clairière qu'elle abandonne pour s'incliner vers l'ouest, en coupant, dans sa partie nord, la forêt d'Ebersberg.

Moreau s'attendait à une bataille pour le 12 frimaire (3 décembre) (2). Les reconnaissances que les Autrichiens poussèrent sur tous les points et l'attaque des avant-postes qu'ils entreprirent le 1 1 au soir, le confirmèrent dans cette opinion (3). Il supposa en outre, hypothèse extrêmement vraisemblable, qu'une notable partie de l'armée adverse suivrait la seule route carrossable de la région où elle se trouvait, c'est-à-dire la chaussée de Haag à Hohenlinden, passant près de Mattenbett (4). Dans la nuit, il apprit

(1) Bulletin hiitor!(fue, du 11 au 29 frimaire (A. H. G).

(2) Lahorie à Richepance et à Decaen, Anzing, 11 fritnaire (A. H. G.); Moreau au Ministre de la Guerre, Hohenlinden, 12 frimaire (/6i</.); Decaen, Memoirex inédits, IX.

(3) Dis|)ositions militaires de l'aile gauche, 12 frimaire an IX (A. H. G.).

(4) Lahorie à Decaen, Anzing, 11 frimaire (A. II. G.). — La lettre

HOHEISLINDEN 313

que l'ennemi s'était, en effet, porté sur Hohenlinden le 1 1 au soir, « avec un corps assez nombreux d'infanterie, cavalerie, artillerie (1). " Ce renseignement concordait donc avec ses prévisions.

Moreau se proposa dès lors, de laisser les Autrichiens s'engager dans la forêt d'Isen, de les contenir de front avec le corps de Grenier et les divisions Grouchy (2), Decaen et d'Hautpoul du centre; de jeter sur leur gauche la division Richepance qui se porterait à cet effet d'Ebersberg, par Christoph, sur Mattenbett ; enfin de prendre à son tour l'offensive, quand ce mouvement tournant commencerait à produire ses effets (3) .

Devançant ses troupes, Decaen parvint à Zorneding le 11 frimaire, à 5 heures du soir, et jugea utile de pousser jusqu'à Anzing, afin de s'entendre de vive voix avec le général en chef au sujet des opérations que sa division aurait à exécuter le jour suivant. Moreau manifesta une grande joie en le voyant

débute ainsi : « Les dispositions de l'ennemi donnant à présumer, mon cher Decaen, que son intention est d'attaquer demain, ce qui probablement aurait lieu sur Isen et sur la route de Haag à Hohenlinden... 'I

(1) Lahorie à Decaen, Anzing, 12 frimaire, au matin (A. H. G.).

(2) Grouchy avait pris le commandement de la première division du centre le 12 frimaire (^Bulletin historique, du 11 au 20 frimaire, A. H. G.).

(3) Dispositions militaires de l'aile gauche, 12 frienaire an IX. (A, H. G, ordres donnés par Grenier le 12 frimaire); Lahorie ;"i Richepance, Anzing, Il frimaire (/6ic/.) ; Lahorie à Decaen, Anzing, 12 frimaire

arriver. Il déclara que la bataille serait gagnée le lendemain, faisantallusion,écritDecaen, aux 10, OOOcombattants de cette division qu'il savait, dès lors, en mesure d'y participer.

Moreau pensa d'abord à les adjoindre au corps de Grenier. Mais Decaen ayant reçu l'ordre de se trouver le lendemain au nord d'Hohenlinden, vers 1 1 heures du matin, fit observer qu'il lui était impossible de se conformer à cette prescription. Ses dernières troupes n'arriveraient, disait-il, à Zorneding qu'entre 10 et 11 heures du soir; elles seraient extrêmement fatiguées et ne pourraient se remettre en marche de grand matin, condition nécessaire pour atteindre Hohenlinden à 11 heures. En outre, les chemins à parcourir étant en fort mauvais état, il prévoyait que sa tête de colonne ne déboucherait pas à Hohenlinden avant 2 heures de l'après-midi, c'est-à-dire au moment où les deux armées seraient sans doute le plus fortement aux prises, et où le général en chef aurait besoin de la division tout entière pour porter le coup décisif.

Moreau se rendit à ces arguments. Il demanda alors à Decaen s'il pouvait suivre le mouvement de Richepance dont il lui indiqua l'itinéraire d'Ebersberg, par Christophe sur Mattenbett. Decaen déclara qu'il était fort bien placé à cet effet. Ses troupes les plus éloignées n'étaient qu'à trois lieues au plus d'Ebersberg et disposaient de la chaussée pour s'y rendre.. « Eh

HOHENLIINDEN 315

bien! conclut Moreau, je voulais faire tourner l'ennemi par 10,000 hommes; il le sera alors par 20,000 (1). »

Lahorie remit à Decaen un ordre écrit pour l'exécution du mouvement, et il fut décidé que la division Montrichard, du corps de Lecourbe, remplacerait Decaen à Ebersberg. Celui-ci devait envoyer, de très bonne heure, un détachement pour couvrir la route de Wasserbourg (2) . Decaen fut retenu à souper. La conversation s'engagea sur l'affaire du lendemain et, notamment, sur la surprise qu'éprouverait l'archiduc en apercevant l'armée française prête à recevoir le choc ou plutôt en mouvement pour attaquer ellemême.

" Si, dans sa confiance que nous étions en pleine retraite, écrit Decaen, il s'était engagé avec témérité dans le défilé de la forêt entre Mattenbett et Hohenlinden, comme l'espérait le général en chef, nous devions nous attendre à un grand résultat de l'exécution des dispositions qu'il avait ordonnées. On appréhendait même que quelque circonstance ne déterminât l'ennemi à mettre de la circonspection. . . (3) . » Ces craintes ne devaient pas se justifier. En réalité, le jeune archiduc était enivré de son succès du 1*" dé-

(1) Telle est la version que donne Decaen, de son entrevue avec Aloreau, dans la soirée du 11 frimaire (Dkcakn. Mémoires inédits, IXV

(2) Lahorie à Decaen, Anzing, 11 frimaire ^A. H. G).

(3) Decaen, Mémoires inédits, IX.

cembre (1). Il avait vu rétrograder cette redoutable armée du Rhin que, depuis de longues années, les généraux autrichiens les plus renommés n'avaient pas eu le talent d'arrêter. Dans sa pensée, il ne s'agissait guère que d'une poursuite où l'on pouvait se dispenser des précautions habituelles ; la marche ne devait pas être retardée « par le transport pénible et gênant de l'artillerie... « Les approvisionnements, au lieu d'être rejetés vers l'arrière, devaient suivre les troupes d'assez près pour leur permettre de " pouvoir faire la soupe à Anzing, afin de continuer le mouvement le 4, d'aussi bonne heure que possible (2). "

Le 12 frimaire (3 décembre), à cinq heures du matin, l'armée autrichienne s'ébranla en quatre colonnes, dont le point de rendez-vous était Anzing. La colonne principale, dirigée par l'archiduc, était composée d'une avant-garde de trois bataillons et de dix escadrons; de huit bataillons de grenadiers hongrois; du corps bavarois tout entier; d'une nombreuse artillerie suivie du grand parc; enfin, de trente escadrons de réserve. Elle s'avançait par la grande route de Haag à Holienlinden.

(1) L'archiduc Jean à l'empereur François, Haun, 1"^"^ décembre 1800 (HiJFFER, loc.cit., 388, 428).

(2j Relation des mouvements de l'armée autrichienne (A. H. G.). « Il faut, «lit ce document, que Messieurs les faiseurs du quartier général autrichien aient été tellement éblouis des petits succès remportés dans ces journées, qu'ils regardèrent toute précaution ultérieure comme inutile, et c'est sans doute celle aveugle prétention qui dicta la disposition arrêtée pour le 3 décembre... » . Cf. Hi'FFER, loc. cit.. 388.

HOHEISLINDEN 317

A sa gauche, Riesch avec 12,000 hommes environ, marchait sur Albaching etChristoph d'où, suivant les circonstances, il devait se dirigersur Anzing ou Ebersberg. A. droite de la colonne principale, le corps de Baillet-Latour comptant douze bataillons et vingt-huit escadrons, remontait la vallée de l'Isen, avec mission de déboucher, par Preisendorf, sur Hohenlinden. Enfin, à l'extrême droite, Kienmayer avec des forces à peu près égales, se dirigeait de Dorfen sur Harthofen, par Buch (1).

Les mouvements s'effectuèrent avec de grandes difficultés. « La pluie et la neige avaient rendu les chemins presque impraticables. Une poussière de neige remplissait l'air; à peine pouvait-on voir à cent pas devant soi. L'artillerie enfonçait; hommes et chevaux ne pouvaient s'avancer qu'à pas lents et incertains ; et, malgré la boisson distribuée ce jour aussi bien que les deux précédents, l'état physique et moral du soldat approchait de l'épuisement (2). " Telles étaient les circonstances fâcheuses dans lesquelles l'armée autrichienne allait livrer bataille.

Au point de vue tactique, la situation n'était pas moins défavorable. Ces quatre colonnes engouffrées dans une immense forêt, où elles n'avaient que des communications très précaires entre elles ; forcées de s'engager isolément contre un adversaire qui pouvait

(1) HbFFF.R, loc. cit., 389, 429, 452-453.

^2) Relation des mouvements de l'armée autrichienne (A. H. G.).

manœuvrer en masse sur un terrain découvert et connu, devaient être très compromises au moindre incident qui viendrait rompre l'ensemble que Ton cherchait à mettre dans l'attaque.

Bientôt la colonne du centre, qui disposait de la chaussée, devança les autres et atteignit la lisière de la forêt d'Isen, au sud-est d Hohenlinden, vers sept heures. Mais elle se heurta aux divisions Grouchy et Ney et fut refoulée, dans deux tentatives qu'elle fit pour en déboucher (1).

Pendant ce temps, Richepance parti d'Ebersberg, dépassait Christoph et marchait sur Mattenbett. Sa division, très allongée sur le mauvais chemin qu'elle suivait, fut coupée en son milieu par la colonne de Riesch qui, venant d'Albaching, se présenta à l'improviste sur son flanc droit, vers neuf heures. Bien qu'il ne disposât plus que de deux demi-brigades de ligne, du 1" régiment de chasseurs à cheval et de six bouches à feu, Richepance n'hésita pas à poursuivre l'exécution de la manœuvre qui lui avait été prescrite. « L'essentiel, dit-il très justement, n'était pas de sauver la division, mais de faire une puissante diversion en me portant rapidement sur les derrières de l'ennemi (2) . »

^1) Rapport de l'aile (;auclie sur la journée du 12 frimaire (A. H. G.) ; Rapport de la division Ney du 5 au 13 frimaire {Ibicl.).

(2) Richepance à Moreau, Rapport sur la bataille du 12 frimaire an IX (A. H. G.).

HOHEîsLINDEN 319

Chargeant un de ses généraux de brigade, Drouet, de tenir tête à outrance aux Autrichiens jusqu'à l'arrivée de la division Decaen, il continua sa marche sur Mattenbett avec les troupes qui lui restaient. Parvenu en ce point, Richepanceles déploya sur le terrain découvert situé à Test de ce village, parallèlement à la grande route. Huitescadrons autrichiens étaient rangés de l'autre côté de la chaussée avec plusieurs bouches à feu. Le 1" chasseurs les chargea, mais fut ramené.

Il Voyant l'impossibilité de commencer la déroute de l'ennemi par des charges de cavalerie » (1), Richepance fit avancer ses deux demi-brigades jusqu'à la grande route, chaque demi-bataillon en colonne serrée par division, puis il leur prescrivit un » à gauche » , de façon à les jeter en masse sur la chaussée, dans la direction de Hohenlinden, et par conséquent sur les derrières de la colonne principale autrichienne. En vain, à plusieurs reprises, l'ennemi essaya-t-il de faire tète; l'impulsion était donnée et tout fut» entraîné dans la débâcle (2) " . On s'efforça, sans y parvenir, de rétablir l'ordre. « La chaussée étant barrée par les hommes et les chevaux tués, par les caissons et les canons renversés, les bataillons ne purent se former; ils se dissolvaient en des masses impossibles à conduire (3). »

(1) Richepance à Moreau, Rapport sur la bataille du 12 frimaire an IX (A. H. G.).

(2) Ibid.

(3) Relation des mouvements de l'arnif'e autrichienne (A. H. G).

Moreau, qui se trouvait prèsdeHohenlinden, aperçut, vers deux heures de l'après-midi, une sorte d'agitation, de flottement, dans les troupes ennemies qui combattaient à la lisière ouest de la forêt d Isen. Avec une sag^acité qui fait honneur à son coup d'œil militaire, il comprit que c'étaient les manifestations delà manœuvre de Richepance. Il ordonna aussitôt à Ney et à Grouchy de prendre l'offensive (I). On vit alors " une colonne énorme qui, pressée de toutes parts, flotta, tourbillonna et finit par se précipiter dans la forêt (2) » , en abandonnant quatre-vingt-sept bouches à feu et plusieurs milliers de prisonniers. Le centre de l'armée autrichienne était donc hors de cause.

D'autre part, la colonne de Riesch avait été rejetée sur Albaching par Decaen (3). Les corps de Baillet- Latour et de Kienmayer, après avoir gagné tout d'abord du terrain vers Harthofen, Preisendorf et Hohenlinden, avaient été refoulés ensuite par les divisions Legrand et Bastoul que Moreau avait fait appuyer par les grenadiers réunis de la division Ney et par la réserve de cavalerie d'Hautpoul (4) .

A quatre heures de l'après-midi, la bataille était

(1) Moreau au Ministre de la guerre, Hohenlinden, I2frimaire an IX (A. H. G.); Rapport de la division Ney [Ibid.).

(2) Rapport de Dessolie du 7 au 12 frimaire an XI (A. H. G.).

(3) Decaen à Moreau, Ebersberg, 15 frimaire an IX (A. H. G.}.

(4) Rapport de l'aile fjauche sur la journée du 12 frimaire au IX (A. n. G.); Relation des mouvements de l'armée autrichienne {Ibid.); HuFFER, loc. cit., 470-472, 473-477.

g^agnée par les Français sur toute la ligne. Les Autrichiens laissaient entre leurs mains 11,000 prisonniers, dont 179 officiers, parmi lesquels 2 généraux, 4 colonels, et plus de 100 pièces de canon (1) . Le reste était épuisé de fatigue et démoralisé (2).

« Une victoire aussi décisive, disait très justement Dessolle, doit être attribuée sans doute à la hardiesse et h Ihabileté des premières dispositions, mais on ne saurait assez admirer la précision et la vigueur brillante avec laquelle elles ont été exécutées (3) . » Richepance en particulier avait témoig^né d'un rare talent et d'une énergie au-dessus de tout éloge, dans lexécution de la mission qui lui avait été confiée.

A son retour de la campagne d'Allemagne, Decaen apprit il que, d'après certains propos, on attribuait plus au hasard qu'aux combinaisons la grande victoire d'Hohenlinden (4) » . S'étant fait présenter au Premier Consul par Dessolle, il profita d'une question que lui adressa Bonaparte pour lui faire un récit détaillé de la bataille et lui fit ressortir que le succès « était dû aux talents militaires et à la grande sagacité du général Moreau, ainsi qu'aux dispositions qu'il avait

^1} Rapport de Dessolle du 7 au 12 frimaire an IX (A. H. G.); Bulletin liistorique du 11 au 20 frimaire {Ihid/;. — Les pertes totales des Autrichiens s'élevaient, d'après Hiiffer, à 15,000 morts et prisonniers [loc. cit., 392\

(2' IR-FFER, loc. cit., 392.

(3) Rapport de Dessolle du 7 au 12 frimaire an IX (A. H. G.).

(4) Decaes, Mémoires inédits, X.

ordonnées et qui furent) exécutées avecla plus grande précision de la part de ses généraux... 1) » . Le Premier Consul répondit à Decaen qu'il était satisfait de ses explications (2). Quelque temps après, il déclara, assure la duchesse d'Abrantès, que a dans la journée de Hohenlinden, rien ne fut le résultat du hasard; ... que Moreau avait fait le plan d'avance et que rien ne vint le changer (3) " .

A Sainte-Hélène, manquant de mémoire ou revenu sur sa première appréciation, ISapoléon a émis un jugement opposé.

« La bataille de Hohenlinden, dit-il, a été une rencontre heureuse ; le sort de la campagne y a été joué sans aucune combinaison (4) . » « C'est une des plus décisives de la guerre; mais elle ne doit être attribuée à aucune manœuvre, à aucune combinaison, à aucun génie militaire (5). "

Comment Napoléon conciliait-il cette opinion avec celle qu'il exprimait dans une lettre du 15 nivôse an IX où il félicitait Moreau de ses « belles et savantes manœuvres» (6)?Decaen, s'il a dit vrai, lui avait fourni pourtant tous les renseignements désirables

(O Decaex, Mémoires inédits, X.

(2) ]lml.

(3) Duchesse d'Abuantès, loc. cit., IV, 139. (4 Mémoires de Napoléon Gourgaud), II, 52.

(5) Ibid., 58.

(6) Corresp. de Napoléon, n" 5271. — Voir infrh, cb.ip. xm,

et son récit n'avait pu que confirmer le Premier Consul dans sa première appréciation.

<i On a dit que Moreau avait ordonné la marche de Richepance et de Decaen sur Altenpot (Mattenbett) , pour prendre en flanc l'ennemi! Gela n'est pas exact, affirme iSiapoléon ; tous les mouvements de l'armée française, pendant la journée du 3, étaient défensifs... Le but de ce mouvement de Decaen et de Richepance était d'empêcher l'ennemi de déboucher dans la forêt pendant la journée du 3; il était purement défensif (1). »

Ces appréciations sont-elles conformes aux faits?

" Je m'attendais à être attaqué par l'armée ennemie à Hohenlinden, écrivait Moreau le 12 frimaire; j'avais donné ordre aux généraux Richepance et Decaen de déboucher par Saint-Christoph (2) sur Mattenbett, sur les derrières de cette attaque (3) . "

Mais il faut, en bonne critique, faire abstraction de cette lettre rédigée après la bataille, Moreau pouvant être soupçonné de dénaturer les instructions données à ses deux divisionnaires et de les faire cadrer, après coup, avec les résultats. La même observation s applique au rapport de Dessolle, postérieur aux événements. Il en est de même des

(1) Mémoires de Napoléon (GornCAUD;, II, 52-53.

(2) Les cartes actuelles portent Christoph.

(3) Moreau au Ministre de la {juerre, Hohenlinden, 3 frimaire an IX (A. H. G.).

Mémoires inédits de Decaen, bien que celui-ci, s'il a manqué de sincérité, a eu tout intérêt à relater les ordres de Moreau avec moins de précision, de façon à augmenter son propre mérite.

La question peut se poser ainsi : existe-t-il des documents antérieurs à la bataille et contenant Tordre formel de Moreau à Richepancc de se rabattre par Ghristoph et Mattenbett « sur les derrières » de l'ennemi ?

A la vérité, cet ordre n'existe pas conçu du moins en ces termes précis. La raison en est simple. Moreau ne pouvait j)révoir que Richepancc déboucherait de Mattenbett, après le passage complet de la colonne autrichienne en ce point, et qu'il serait ainsi en mesure de la prendre à revers. Il était plus vraisemblable d'admettre que Richepancc prononcerait son attaque sur le flanc de cette colonne, dont les derniers éléments n'auraient pas encore dépassé Mattenbett. Moreau n'était même pas certain que Richepancc pourrait s'avancer jusqu'à Mattenbett; aussi lui avait-il recommandé de "prendre, à gauche de Ghristoph, un débouché plus rapproché d'Hohenlindcn (I) » . Decaen devait le suivre (2) .

Ces deux divisions n'étaient donc nullement destinées à empêcher l'ennemi de pénétrer dan? la

(1) I.aliorie à Decaen, Anzinjj, 3 frimaire A. II. G).

(2) Ibid.

forèt en résistant sur la lisière orientale, ainsi que Ta affirmé Napoléon. Un autre argument peut encore être invoqué : Moreau avait choisi son champ de bataille à Hohenlinden et avait tout intérêt à laisser les Autrichiens s avancer jusqu à ce point. Au surplus, il ressort d'une lettre de Lahorie à Decaen que la mission attribuée à ces deux divisions était nettement offensive :

« Le général Richepance a ordre d'attaquer, de bonne heure et avec la plus grande vigueur, par Saint-Ghristoph sur Mattenbett, et de faire tous ses efforts pour être maître delà communication de Haag sur Hohenlinden (1). »

Ces instructions parvinrent d'ailleurs à Richepance, car il écrivait à Decaen le 12 frimaire, à deux heures et demie du matin :

" J'ai reçu, mon cher général, l'ordre d'attaquer aussitôt mon arrivée à Saint-Christoph... (2j »

Si les instructions mêmes de Moreau à Richepance n'existent pas aux Archives de la guerre, leur existence est du moins démontrée par les deux documents qui précèdent. Enfin, à l'époque où furent

(t) Lahorie à Decaen, 12 frimaire au IX (A. H. G.).

Cette lettre est reproduite dans les Mémoires inédits de Decaen, mais augmentée du paragraphe suivant qui n'existe pas dans les registres de correspondance des Archives de la guerre : » Si votre mouvement combiné réussit, l'cnnenii paiera cher sa tentative sur la chaussée de Hohenlinden. »

(2j DEOAE^, Mémoires inédite, t. IX.

326 BONAl'AUÏE ET MOU EAU

publiés les Mémoires de Napoléon, les fils de Richepance firent insérer dans le Moniteur quelques extraits des jSotes de leur père. « Les ordres que j'avais reçus du général en chef, dit Richepance, étaient tels que je devais chercher à me porter sur la route de Haag à Holienlinden et y attaquer l'ennemi en débouchant par où cela me paraîtrait le plus convenable (IJ . "

On peut donc admettre comme exacte la version des Mémoires de Decaen : Moreau a prémédité la manœuvre des divisions Richepance et Decaen ; il leur a donné l'ordre de se diriger sur Christoph etMattenbett pour « tourner » les Autrichiens engagés dans la forêt d'Isen, sur la grande route de Munich, et de les attaquer sur leur flanc gauche. Quant aux détails de l'exécution, Moreau ne pouvait c\ idemment les prévoir, et c'est avec raison, qu il en a laissé le soin à l'initiative de ses subordonnés. Sans doute, il ne lui était pas permis d'espérer de cette opération un résultat aussi complet, et c'est en cela que l'on peut dire que le hasard a bien servi ses excellentes combinaisons.

<i Si la manœuvre de ces deux divisions avait eu pour but de tomber sur le flanc gauche de l'ennemi, dit Napoléon, elle eût été contraire à la règle qui veut qu'on ne fasse pas de gros détachements la veille

(1) Moniteur du 1" mars 1824.

Les notes de Richepance furent déposées pendant un mois chez M. Moutaud, notaire à Paris.

HOHE.NLINDEN 327

criine bataille. L'armée française n'avait de réunies que six divisions; c'était beaucoup hasarder que d'en détacher deux, la veille de l'action. Il était possible que ce détachement ne rencontrât pas les ennemis, parce que ceux-ci auraient manœuvré sur leur droite ou auraient déjà emporté Hohenlinden avant son arrivée à Altenpot (Mattenbett). Dans ce cas, les divisions Richepance et Decaen, isolées, n'eussent été d'aucun secours aux quatre autres qui eussent été rejetées au delà de l'isar ; ce qui eût entraîné la perte de ces deux divisions détachées [1). »

Cette critique ne paraît pas fondée et repose, semble-t-il, sur une interprétation inexacte des faits. Moreauavaiteud'abord la pensée d'appeler le 12 frimaire la division Richepance h Hohenlinden (2) . Il ne se détermina à la diriger sur Christoph et Mattenbett, qu'après avoir acquis la certitude delà marche d'une partie importante de l'armée autrichienne par la {jrande route de Haag à Hohenlinden (3). Il était donc sûr alors, que l'archiduc Jean ne manœuvrait pas par sa droite. Il recommanda d'ailleurs à Richepance d'atteindre Mattenbett de bonne heure, c'est-à-dire à un moment où l'ennemi ne pouvait encore avoir « emporté Hohenlinden » . Enfin Moreau ne se décida

(i) Mémoires de yapoléon (Gourcaud), II, 53. (2) Lahorie à Richepance, Maaj;, 10 frimaire (A. H. G.). 3 Dispositions militaires de l'aile gauche (ordres donnés par Grenier — A. H. G.).

à faire suivre Richepance par Decaen, que lorsque celui-ci lui eut montré limpossibilité d arriver à Hohenlinden avant deux heures de l'après-midi (1). Moreau avait donc pris ses mesures, au mieux des circonstances, de façon que ses six divisions combattissent, sinon conjointement, au moins simultanément.

On peut cependant, avec Napoléon, adresser à Moreau une critique fondée : " Pendant que le sort de la campagne se décidait aux champs d'Ampfing et de Hohenlinden, les trois divisions (2) de Sainte- Suzanne et les trois divisions de Lecourbe, c'est-àdire la moitié de l'armée n'étaient pas sur le champ de bataille. A quoi bon avoir des troupes lorsqu'on n'a pas l'art de s'en servir dans les occasions importantes ? (3) »

Dans ses Mémoires, Napoléon a reproché aussi à Moreau de n'avoir pas su tirer parti de la victoire de Hohenlinden.

« Le général Lecourbe, qui formait la droite, ditil, n'avait pas donné à la bataille, il eût dû jeter un pont sur rinn, et passer cette rivière au plus tard le 5 (décembre). Toute l'armée eût dû se trouver dans la journée du 6, sur la rive droite ; elle n'y a été que le 12.

(1) Decaen, Mémoires inédits, t. IX.

(2) Deux seulement.

(3) Mémoires de Napoléon (Gourcaud), II, 52.

« Cette perte de sept jours a permis à rarchiduc de se rallier..., d'organiser une bonne arrière-garde et de défendre le terrain pied à pied, jusqu'à l'Enns. Sans cette lenteur impardonnable, Moreau eût évité plusieurs combats, pris une quantité énorme de bagages, de prisonniers isolés et coupé des divisions non ralliées. 11 était beaucoup plus près de Salzbourg le lendemain de la bataille de Hohenlinden, que l'archiduc qui s'était retiré par le bas Inn; en marchant avec activité et dans la vraie direction, Moreau l'eût acculé au Danube, et fût arrivé à Vienne avant les débris de son armée (l). »

L'opportunité de cette manœuvre n'avait pas échappé à Moreau. Il avait compris que les résultats de la victoire ne pouvaient être obtenus que par une marche rapide de l'armée sur Salzbourg (2) . Dès le lendemain de Hohenlinden, Dessolle faisait remarquer à Lecourbe, qu'il fallait au minimum cinq marches aux corps autrichiens les moins ébranlés, pour venir défendre le passage de l'inn à Rosenheim. (i Si dans trois jours, ajoutait-il, vous pouviez être en mesure, il est presque sûr que l'on n'aurait à vaincre que les difficultés du terrain et quelques mauvaises troupes laissées à la garde des têtes de ponts (3) . " Mais après leur défaite, les Autrichiens avaient

(1) Mémoires île Napoléon (GouncArD), 58-59.

(2) Rapport de Dessolle du 12 au 18 frimaire an IX (A. H. G.).

(3) Dessolle à Lecourbe, Haag, 13 frimaire an IX (^Ibid.).

330 B0>; APARTE ET MOREAU

rompu le pont de Rosenheim ; les autres points de passage étaient couverts par des retranchements armés d'une nombreuse artillerie (1). Le soir même de la bataille, Moreau prescrivit àEblé, commandant l'artillerie de l'armée, de mettre à la disposition de Lecourbe l'équipag^e de ponts (2) . Un courrier extraordinaire fut aussitôt envoyé à Munich pour hâter son départ (3) qui eut lieu dans la nuit du 14 au 15 (4). Lecourbe, qui lui aussi sentait la nécessité de franchir promptement l'inn (5), fit connaître qu'il serait prêt à tenter l'opération dans la nuit du 17 au 18 frimaire (6). Il l'exécuta en eflet le 18 à six heures du matin (7). Moreau ne tarda pas, on le voit, à donner à son lieutenant les moyens d'établir un pont, et l'ardeur habituelle de Lecourbe permet de supposer qu'il ne mit aucune lenteur dans ses préparatifs. On ne saurait davantage critiquer Moreau d'avoir laissé à Munich son équipage de ponts à la veille d'une bataille dontil ne pouvaitprévoirle résultat. En cas de défaite, la présence à l'armée de ces nombreuses voitures cùl été une source grave d embarras. Napoléon, mal informé peut-être, s'est donc

(1) Rnpport (le Dessolle du 12 au 18 fritnaire an IX (A. H. G.\

(2) Dessolle à Lecourbe, An/.inj;, 12 frimaire an IX Çlbid.).

(3) Dessolle à Lecourbe, Haa{], 14 frimaire an IX {Ibid.).

(4) Lecourbe à Moreau, llolzkircben, 14 frimaire an IX (Jbid^.

(5) Ihid.

(6) Dessolleà Grenier, Haa<j, 14 frimaire an IX (A. H. G.).

(7) Bullelin historique an 1 1 au 20 frimaire an IX [Ibid.).

nOIIENLINDEN 331

montré injuste envers Moreau en raccnsanl d'une « lenteur impardonnable " . Mais il a fait ressortir avec raison le « peu de cavalerie qui se trouvait à Tavant-jjarde (l) » et exprimé l'avis très juste que toute la réserve du général d'Hautpoul eût dû en faire partie. C'est, en effet, » à la cavalerie à poursuivre la victoire, et à empêcher Fennemi battu de se rallier (2) . »

En dépit de cette erreur de tactique, Moreau sut obtenir par une poursuite énergique les plus brillants résultats. Moins de vingt jours après la victoire de Hohenlinden, 1 armée autrichienne avait perdu soixante-dix lieues de terrain, 25,000 prisonniers, 12,000 morts ou blessés, 140 pièces de canon, des magasins immenses. Elle n'avait pu empêcher les Français de franchir Tlnn, la Salza, la Traun, l'Enns, et d'arriver à vingt lieues de Vienne (3) .

« On n'a jamais vu une déroute comme celle de l'armée autrichienne depuis laffaire du 3, à Hohenlinden, écrivait Coudé... Il est impossible de se faire une idée du désordre, de la confusion, du découragement, de l'effroi qui a régné dans cette armée... (4). "

(1) Mémoires de Napoléon GouncAUD^, 59.

(2) Ibid.

(3) Desselle au Ministre de la guerre, Steyer, 5 nivôse an IX (A. H. G.}.

(4) Condé à Louis XVIII, Kipfenberg, 6 janvier 1801 (Boulay de LA Meurthe, Corresp. du duc d'Enghien^ I, il).

L'archiduc Charles, qui avec une noble abnégation avait pris le 27 frimaire (18 décembre) le commandement des débris de l'armée (1), trouva la situation encore plus critique qu'il ne l'avait pensé (2), et s'empressa de demander un armistice dès le lendemain de son arrivée, 29 frimaire (3) , en spécifiant que l'Empereur était décidé à faire la paix, quelles que fussent les déterminations de ses alliés (4).

A son départ de Paris, Moreau avait été autorisé par Bonaparte à traiter sous cette condition (5) . Il n'accorda d abord qu'une trêve de quarante-huit heures, afin d'être certain que cette clause était bien remplie, et avec la restriction que la marche de l'armée pourrait continuer pendant ce temps G). Puis, constatant sa position très avancée par rapport aux armées d'Italie et gallo-batave (7) ; jugeant d'ailleurs que s'arrêter au milieu des succès les plus brillants, était II conforme au caractère de modération par lequel le Premier Consul s'était fait connaître à toute l'Europe (8) » ; désireux enfin de procurer à la nation

(1) lluFFEn, loc. cit., 484-486.

(2) Ihid.ykm, 492,507.

(4) Rapport de Dessollc du 24 friuiaiie au 4 nivùse an IX (A. H. G.}; HiJFFER, loc. cit., 507.

(5) Moreau à Brune, Steyer, 5 nivôse an IX (A. H. G.).

(6) IJuFFKu, loc. CI/., 393, 497-498.

(7) Dessolle au Alinistre de la guerre, Sleyer, 5 nivôse an IX (A. H. G.\ ^lorcan à Reynier, Salzhourf;, 2 pluviôse an IX (Ibid.).

(8^ iJessoilc au Ministre de la guerre, Stever, 5 nivùse an IX (A. 11. G.).

HOriElNLINDE>i 333

la paix qu'elle souhaitait ardemment (1) , Moreau consentit, le 4 nivôse (i5 décembre^,, à signer un armistice à Steyer (2) .

" Il était temps, écrivait Gondé; Moreau eût été à Vienne avec son armée sous huit jours (3). "

(1) Decaex, Mémoires inédit.^ , t. IX.

(2) HuFFKii, loc. cit., 508-511.

(3) Coudé à Louis XVIII, Kapfenljeig, 6 janvier 1801 i^BouL.w dk LA Meurtoe, I, 1 1).

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