CHAPITRE VI
BONAPARTE A L*ARMÉE DMTALIE 1796-1797
L'instrument, — Conditions pour faire la gnerre : un bon instrument, un échiquier convenable. — Organisation de l'armée au mois de mars 1796. — Composition exceptionnelle du personnel des armées de la République. — Composition de Tarmée d'Italie. — Ses effectifs. — Sa valeur. — Opinion curieuse des émigrés. — Rapport à Louis XYIII. — Valeur de l'armée autrichienne.
— Opinion de Bonaparte.
L'échiquier, — Bonaparte a déjà connaissance du théAtre des opérations. — Nécessité d'une opération immédiate en Italie. — Opinion judicieuse de M. de Cacault. — Son rapport au Directoire. — Le Directoire songe à Bonaparte pour commander en Italie. — Motifs divers de ce choix. — Exposition des plans de Bonaparte.— Ils sont acceptés.— Sa nomination, son mariage, son départ, son arrivée à Nice, 22 mars 1796.
Les opérations. — Merveilleux génie de Bonaparte. — Ses principes de guerre. — Leur application. — Résumé de la campagne. — Parallèle entre la campagne de 1796 et celles de 1866 et de 1870,
Le commandement. — Bonaparte réclame l'unité de commandement. — Il a raison. — Ses observations au Directoire qui veut lui imposer Kellermann.— Il obtient gain de cause. — Ses empiétements succesfifs. — Sa guerre avec le Directoire. — Il attire tout à lui. — Ses procédés de lutte. — Il met continuellement le marché en mains. — Faiblesse définitive du Directoire. —
La moralité de ce commandement. — Les proclamations de Hoche et de Kléber. — Les proclamations de Bonaparte. — Leurs tendances césariennes
— Leurs conséquences. — Désordre et concussions. —Insouciance voulue de Bonaparte. — Résultats de ce système.
La politique, — Duplicité de Bonaparte. — La presse. — Rapprochement des dépêches. — Affaires de Lombardie, — de Turquie, — de Rome, — de Venise. — Résultats de cette politique extérieure.
Le dix-huit fructidor. — Les auteurs du dix-huit fructidor. — Causes premières de ce coup d'État militaire. — Défautftde la Constitution de l'an III.
— Ton te -puissance de la réaction. — Les agissements de l'émigration à l'étranger et à l'intérieur. — Leurs projets. — Le Directoire était il en mesure de résister?— Opinion de Carnot. — Opinion de Barras.— Ce dernier
compte faire appel à la force. — Causes premières de cette tendance. — Les adresses aux armées. — Proclamationi et adresses de l'armée d'Italie.
— Proclamation et adresses de l'armée de Sambre-et-Meuse. — Attitude eipectative du général Moreau, à l'armée du Rhin. — Barras se décide à tenter le mouvement avec Hoche. — Hoche accepte. — Ses réticences. — Ses explications.' — Ses regrets. — Sa nomination au ministère de la guerre.
— Non-réu&site du premier projet. — Bonaparte est accepté pour le second.
— Dépêche confidentielle des directeurs Barras, Rewbell et. La Béveillère à Bonaparte. — Causes de l'acceptation de Bonaparte. — Rapport de d'Antraigues. —Lettre de Bonaparte aux Directeurs. — Histoire du comte d'Antraigues. — Ses papiers. — Son double rôle. — Envoi de Lavalette à Paris avec les papiers de d'Antraigues. — Entente définitive de Barras et de Bonaparte, 22 juillet 1791. — Organisation du complot militaire. — Envoi d'Augereau pour faire le coup.~ Sottise et naïveté d'Augerean. — Envoi de Bernadolte. —Journée du 18 fructidor. — Fuite de Carnot. — Arrestation de Barthélémy. — Attitude de Bonaparte. — Son appréciation de la journée du ISft-uctidor.
Le» résultats, — Toute-puissance de Bonaparte en Italie après le 18 fructidor.
— Son attitude nouvelle. — Le traité de Campo-Formio. — Mortde Hoche.
— Tentatives précédentes contre la vie de ce général. «^ Opinion de Bonaparte sur la campagne d'Italie. — Opinion de M«-de Sucy. — Opinion du comte d'Antraigues i.
LHnstrument. — Pour entreprendre une guerre et pour la faire heureusement^ il faut deux choses : un instrument convenable, c'est-à-dire une bonne armée,
1. Événements principaicx. — 27 mars 1796, proclamation de Bonaparte; 10 avril, commencement des hostilités; 12 avril, bataille de Montenotte ; 13 avril, bataille de Millesimo ; 15 avril, combat de Dego; 22 avril, bataille de Mondovi; 25 avril, prise de Cherasco ; 28 avril, armistice de Gherasco ; 7 mai, passage du Pô à Plaisance; 9 mai, traité avec les ducs de Parme et de Plaisance; 10 mai, bataille de Lodi; passage de TAdda; 15 mai, entrée à Milan; fête des victoires à Paris; traité de Paris avec la Sardaigne; 30 mai, passage du Mincio; prise de Peschiera; 3 juin, occupation de Vérone; 4 juin, investissement de Mantoue; 19 juin, prise de Bologne, Ferrare, Reggio; 24 juin, armistice de Foligno avec Rome; 23 juin, occupation de Livourne; 29 juillet, combat de Salo; 30 juillet, levée du siège de Mantoue; 30 juillet et 1" août, combat de Lonato; 3 août, bataille de Castiglione; 6 août, combat de Peschiera; 7 août, reprise du blocus de Mantoue; traité de Paris avec le duc de Wurtemberg; 19 août, traité d'alliance offensive et défensive avec l'Espagne; 22 août, traité de paix avec Bade; 3 septembre, bataille de Wiirtzbourg; 4 sep-
et un échiquier favorable sur lequel on puisse faire manœuvrer celle-ci tout à son aise.
Or, quel plus merveilleux instrument que celui dont le général Bonaparte venait d'obtenir la disposition ! Quel plus parfait échiquier que celui formé parla haute Italie, où montagnes et vallées se prêtent à toutes les combinaisons stratégiques et tactiques d*un militaire de génie !
Réorganisée, d'après les bases de la nouvelle Gonsti-
tembre, bataille de Roveredo; 8 septembre, bataille de Bassano;
15 septembre, bataille de St-Georges ; 19 septembre, création des Républiques transpadane et cispadane; 2 octobre, bataille de Biberach; 10 octobre, traité de Paris avec les Deux-Siciles ; 21 octobre, reprise de la Corse; 5 novembre, traité de Paris avec le duc de Parme; 12 novembre, combat de Caldiero; 15, 16, 17 novembre, bataille d'Arcole; 17 novembre, mort de Catherine II, impératrice de Russie; 22 novembre, retraite d'Alvinzi; 9 janvier 1797, combat de Montebaldo ; 14 janvier, bataille de Rivoli ;
16 janvier, bataille de la Favorite; 28 janvier, combat et prise de Trente; 2 février, reddition de Mantoue; 9 février, prise d'Ancône; 19 février,**paix deTolentino avec le pape; 12 mars, passage de la Piave ; 16 mars, bataille et passage du Tagliamento ; 19 mars, passage de Tlsonzo ; prise de Gradisca; 20 mars, prise de Goritz ; 24 mars, entrée à Trieste et eh Carinthie; 29 mars, attaque et prise des gorges d'Inspriick; 4 avril, combat deNeumarkt: 5 avril, traité d'alliance avec les Sardes; massacre des Français à Vérone; 17 avril, insurrection des Vénitiens; 18 avril, préliminaires de Léoben; passage du Rhin à Neuwied ; 20 avril, passage du Rhin à Kehl ; 16 mai, entrée des Français à Venise; 20 mai, renouvellement du tiers du Corps législatif; 22 mai, révolution à Gênes; 14 juin, république ligurienne; 28 juin, prise de Corfou; 6 juillet, proclamation de la république ligurienne; 4 septembre (18 fructidor), coup d'État du Directoire ; 17 octobre, traité de Gampo-Formio ; 22 octobre, réunion de la Valteline à la république cisalpine; 16 novembre, ordre du jour de Bonaparte; 17 novembre, son départ pour Rastadt; 1" décembre, convention militaire à Rastadt avec Bonaparte et Cobentzel; 5 décembre, retour de Bonaparte à Paris.
tution^, Tarmée française se trouvait, en mars 1796, dans des conditions réellement excellentes, tout au moins au point de vue de la logicité du mécanisme. Elle comprenait une garde nationale sédentaire, composée de tous les citdyens et fils de citoyens, en état de porter les armes, el sous le nom de garde nationale en activité^ une armée de terre et de mer des plus respectables.
Celle-ci était forte de 531,253 hommes, non compris les troupes destinées à la défense des colonies, les quatre régiments désignés pour le service des ports, les grenadiers de la représentation nationale et la légion de police. L'infanterie de ligne, forte de trois cent vingt-deux mille hommes, formait cent demibrigades à trois bataillons, ces derniers à neuf compagnies. L'infanterie légère représentait un effectif de 96,960 hommes. L'artillerie comportait 29,128 hommes, sans compter 6,518 canonniers gardes-côtes; le génie, 20,000 hommes; la cavalerie, 58,000 hommes. Les guides, les gendarmes et les vaguemestres fournissaient le complément de l'effectif total.
Toutes ces forces étaient alors réparties entre neuf armées, et quelles armées ! quels généraux ! Tous ces chefs, dont les noms glorieux retentissent encore à nos oreilles émerveillées, s'étaient déjà signalés sur de nombreux champs de bataille.
A l'armée du Nord, c'est Moreau qui commande, avec Macdonald, Songis, Souham, Durutte, Rostolan et Leclerc pour seconds.
Jourdan dirige l'armée de Sambre-et-Meuse. Les généraux Bernadotte, Ghampionnet, Dumas, Ernouf,
1. Mss. (voir pièces à l'appui), loi du 10 août 1795 f\ arrêté di| l" novembre 1795,
Grenier, Kléber, Lefebvre, Marceau, Bastoul, Bonet, Dalesmes sont sous ses ordres. Barbier, Brayer, Caffarelli, Gayla, Espagne, Mortier, Ney, remplissent les fonctions d'adjudants généraux.
L'armée du Rhin-et-Moselle est sous les ordres de Pichegru et des généraux Ambert, Bessières, Delmas, Desaix, Gouvion,Liébert, Davout, Lecourbe, Oudinot, Vandamme, avec Abatucci, Decaen, Gudin et Moîitor pour adjudants généraux.
A l'armée des Alpes, Berthier et Vaubois ont Kellermann pour général en chef.
Hoche et Grouchy sont à l'armée des côtesde l'Océan ;
Pérignon, à l'armée des côtes de Brest;
Berruyer, Vialla, Moncey, Sahuguet, à l'armée de l'intérieur.
L'armée d'Italie était aussi bien partagée. Au moment où Bonaparte en prenait le commandement, elle comptait deux divisions d'avant-garde, Laharpe et Meynier et quatre divisions de corps de bataille, Augereau, Sérurier, Macquard et Garnier. Cet ensemble représentait une force nominale de 60,282 hommes. En en défalquant les prisonniers, les malades, les détachés et les embarqués, elle n'avait plus qu'un effectif réduit de 37,775 présents*.
Quant à cet effectif de présents, il devait subir les variations suivantes, pendant cette mémorable campagne :
46,378 hommes au 8 mai 1796, quartier général,
Plaisance.
41,724 — au 2 août, quartier général,
Castiglioae.