‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 8 sur 185 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Là FRANCE AU MOIS DE MAI 1795

Arrivée aa général Bonaparte à Paris, le 10 mai 1795. — Son installatioa A l'hôtel de la Liberté. — Paris tout à TAumamYe. — La société à Paris. ^ Désordre apparent. —M ouTemeot intellectuel considérable. —> Création des éeoles. — Campagne glorieuse de 1794. — Conséquences des succès militaires. — Beconnaissanee tacite de la République française. — Premiers trai* tés. ^ L'Angleterre et l'Autriche seules disposées à contiouer la lutte.— L'émigration. — Elle n'a rien appris. — Ses efforts. — Son programme. — Le gouvernement est-il averti de cette conspiration? — Rapport de J. Ché< nier. — Conséquences du 9 thermidor. — La réaction thermidorienue et ses fautes. — Iforcellemeot du Comité de Saint public— Annulation de son autorité. —Création des seize comités. "—Le maintien de Cariiot empêche la dislocation de l'armée. — Les antres serfioes livrés à la réaction. -> La rentrée des soixante-treize girondins, 8 décembre 1794. — Date fatale. — Résultats de cette mesure. — Le mouTcment réactionuaire s'accentue partout. — Trouble moral de la nation.— Émeutes. — Accusation des convenu lionnels les uns contre les autres. — Les complices de Robespierre. — Situation critique à Tintérieur, au mois de mai 1795.

Le 2 mal 1795, Bonaparte avait quitté Marseille. Il était accompagné de son frère Louis et de deux officiers de son état-major, Marmont et Junot.

A Valence, il s'arrêta juste le temps de voir ses amis. A Lyon, il ne songea même pas à séjourner. Le désordre y était extrême et le danger des plus grands pour tous ceux qui affichaient des opinions républicaines.

Le 10 mai, il entrait dans Paris et venait slnstaller, 111. 1

rue des Fossés-Montmartre S dans, une maison meublée de chétive apparence, V Hôtel de la Liberté.

Il étant parti, plein d'espoir dans le succès de ses amis de la Montagne. La désillusion allait venir vite. Elle devait être complète. En route, il avait déjà eu l'occasion déjuger de Tétat réel des esprits; à Paris, ce fut bien autre chose.

L'immense cité était toujours la curieuse sensitive, mobile comme les impressions de ses habitants. Bonaparte l'avait successivement vue toute à la fédération^ toute à la nation^ il la retrouvait cette fois toute à Vkumanité, Pour l'instant, elle ressemblait à une grande volière dont les portes viennent de s'ouvrir et dont les hôtes emplumés vont s'ébattre en plein soleil, au grand ébahissement de leurs gardiens en présence de cette exubérance de vie nouvelle.

« L'étoffe, la coiffure, le divorce et la banqueroute, 4c c'est le jouroal du* jour, dit un témoin oculaire. L'art « de dire des riens, cet art dans lequel nous excellions « jadis, revientà la mode, et, à ragrément près, se perce fectionne de jour en jour...

« Qu'est-ce que le beau monde? Je n'en sais rien, mais « vous le trouverez rassemblé sous différents costumes, « et avec autant de tons différents, chez les citoyens Barras, « Talleyrand, Antonelle, Ouvrard, et chez mesdames de « Staël, Tallien et de Viennay. — Que fait-on chez « madame de Viennay? on joue. ~ Chez madame Tallien? « on négocie. — Chez madame de Staël? on s'arrange. — « Chez Ouvrard? on calcule. — Chez Antonelle? on con- « spire. — Chez Talleyrand? on persiffle.— Chez Barras? « on voit venir. — A Tivoli? on danse.

« On se lève à dix heures, on dtne à cinq, on se couche

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