‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 111 sur 144 · PIÈGE N° XVIII · texte numérisé non relu

PIÈGE N° XVIII

Acte de tutelle des enfants de Charles Bonaparte. Déposé aux archives de la Cour des comptes de Montpellier^

« Le 16 août i78o, par devant Dominique Forcioli, avocat au conseil supérieur de la juridiction royale d'Ajaccio en J'île de Corse, faisant fonction de procureur de roi, attendu l'absence de J. B. Orto, procureur du roi de l'amirauté de cette ville, est comparu le sieur Liiciano de Biwnaparte, . archidiacre de la cathédrale; Ignace-Mathias Costa, François Faraviciniy tous deux chanoines; Jean-Jérôme Leca, Quondam François-Félix ^ parents au plus proche degré paternel des sieurs Joseph, Napoleone, Luciano, Lniggi, Gerolamo, Marianna, Carletta et Annonciada, tous Irères et filles mineurs du défunt messire Charles de Buonaparte et les sieurs François Eamolini prêtre, Quondam Giovan, Avgustino, Sebastien et Silvestre frères, Colonna G. Dominique, nobles parents au plus proche degré maternel, pour procéder à la nomination d'un tuteur auxdits enfants mineurs et pupilles, lesquels ont choisi unanimement le dit archidiacre Luciano de Buonaparte^ écuyer, oncle paternel, lequel a accepté. »

PIÈGE No XIX.

Lettre de Bonaparte a son oncle Luciei^.

A Monsieur de Buonaparte, archidiacre de la cathédi^ale d'Ajaccio, en Corse, à Ajaccio, par Antibes.

Paris, le 28 mars 1785.

Mon cher Oncle, €c II serait inutile de vous exprimer combien j'ai été sen-

sible au malheur qui vient de nous arriver. Nous avons perdu en lui un père, et Dieu sait quel était ce père! sa tendresse, son attachement; hélas! tout nous désignait en lui le soutien de notre jeunesse. Vous avez perdu eu lui un neveu obéissant, reconnaissant... Ah! mieux que moi vous sentez combien il vous aimait. La patrie môme, j'ose le dire, a perdu par sa mort un citoyen zélé, éclairé, et désintéressé. Cette dignité dont il a été plusieurs fois honoré marque assez la confiance qu'avaient en lui ses concitoyens. Et cependant le ciel Ta fait mourir, en quel endroit? à cent lieues de srni pays^ dans une contrée étrangère^ indifférente à son existence, éloigné de ce quil avait de plus précieux. Un fils, il est vrai, l'a assisté dans ce moment terrible; ce dut être pour lui une consolation bien grande, mais certainement pas comparable à la triste joie quil aurait éprouvée s'il avait terminé sa carrière dans sa maison, près de son épouse et au sein de sa famille. Mais Têtre suprême ne l'a pas ainsi permis : sa volonté est immuable, lui seul peut nous consoler. Hélas! du moins s'il nous a privés de ce que nous avions de plus cher, il nous a encore laissé les personnes qui seules peuvent le remplacer. »

« Daignez donc nous tenir lieu du père que nous avons perdu. Notre attachement, notre reconnaissance seront proportionnés à un service si grand. Je finis en vous souhaitant une santé semblable à la mienne.

Votre très humble et très obéissant serviteur et neveu,

NAPOLBONE Dfi BUONAPARTH,

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