‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 72 sur 144 · IG · texte numérisé non relu

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18e BONAPARTE A AUXONNE.

au possible. Toujours solliciter, toujours attendre, quand on a le sentiment de savoir commander, c'est pour tout homme de valeur une souffrance réelle. Pour Bonaparte, c'était un supplice. Oe fut dans <5ette situation d*esprit qu'il s'installa rue Vauban à Àuxonne, dans une chambre appartenant à un pro« fesseur de mathématiques de l'école, M. Lombard. Solitaire, parcimonieux, occupant ses loisirs à dévorer tous les livres d'histoire qui pouvaient tomber «ous sa main, il ne fréquentait guère que son ami Des Mazis et le commissaire Naudin. C'est de cette époque que commence cette sorte de prédilection qu'il a toujours témoignée pour la sooiété des commissaires des guerres, de préférence & celle de ses camarades. Cette tendance tient évidemment à des causes identiques à celles qui le faisaient se lier à Valence avec les habitants et les fonctionnaire* civils. 11 trouvait dans ce milieu modeste des confidents sûrs et des auditeurs complaisants. En tout cas, sa correspondance avec la famille Naudin* témoigne d'une réelle intimité. A la pension des officiers, il n'ouvrait la bouche que pour répondre à une question directement posée. Les conversations frivoles ou banales qu'on y tenait avaient le don de Texaspérer. Le repas fini, il courait s'enfermer chez lui, pour reprendre la lecture de ses livres favoris.

Le service d'ailleurs ne l'absorbait que fort peu. Au mois de juin, il fut nommé d'une commission de huit membres, chargée de faire procéder à des épreu

1. En aenors aes lettres à Naudin qui subsistent, il y aurait eu une correspondance entre Bonaparte et madame Naudin Les héritiers de cette dame, MM. Titon (Rémy) et Charles LAna^ lole) eu auraient été dépositaires.

ANNEB 1788. m

vas sur le tir des bombes de tout calibre, avec des mortiei*3 de toute grandeur. Ce fut là qu'il rencontra le capitaine Gassendi, avec lequel il conserva des relations alTectueusea. Au mois d'août il fut chargé de quelques travaux au polygone, et fut mis aux arrêts, assure-t-on dans les mémoires de Sainte-Hélène, pour la négligence qu'il avait apportée à la surveillance de Texécution, Cela ne l'empêchait pas d'écrire, le 22 août 1788» ,''àFesch:

«... Je suis indisposé ; les grands travaux que j'ai « dirigés ces jours derniers en sont cause. Vous sau- « rez, mon cher oncle, que le général d*ici m'a pris « en grande considération, au point de me charger « de construire au polygone plusieurs ouvrages qui « exigeaient de grands calculs, et pendant dix jours, « matin et soir, à la tête de deux cents hommes, j'ai <i été occupé» Cette marque inouïe de faveur a un peu « irrité contre moi les capitaines qui prétendent que « c'est leur faire tort que de charger un lieutenant « d'une besogne si essentielle et que lorsqu'il y a plus « de trente travailleurs, il doit y avoir un d'eux, » Mes camarades aussi montrent un peu de jalousie ; « mais tout cela se dissipe. Ce qui m'inquiète le plus, 41 c'est ma santé qui ne me paraît pas trop bonne. »

En dehors de ses fonctions, Bonaparte était tout à ses ouvrages dont la publication, par parenthèse jrencontrait des obstacles inattendus,

En revenant de Corse, il avait un instant songé à

1. Ifgs. Archives de la guem. Ce fut M. le baron du Teil qm ikomma la commission. £Ue était composée deM. de Quintin, chef de brigade; Duhamel, Menibus et Gassendi, capitaines; Bullesère, Duvareau et Bonaparte, lieutenants, et Lombard, professeur.

M. Aurel, le libraire de Valence, pour éditer son histoire. Celui-ci avait décliné l'offre et donné à Tauteur le conseil de faire imprimer son œuvre à Paris. A Auxonne et à Dôle, il s'était heurté à des difficultés du même genre. A Paris, il avait été mieux accueilli; on lui avait répondu par une acceptation bienveillante, mais à la condition d'un versement d'argent anticipé, de manière à couvrir la moitié des frais. Bonaparte paraît avoir accepté cette combinaison. Le. jour tant désiré s'approchait donc où le fameux livro allait être imprimé, lorsque la disgrâce de l'archevêque de Sens vint bouleverser tout son plan, « J'étais sur le point, écrit-il à Fesch, le 12 août 1788% « de faire passer au libraire l'ouvrage dont je voua « entretins; mais le fâcheux contretemps de la dis- « grâce de M. l'archevêque de Sens arrivée avant-hier « m'oblige à des changements considérables; il est « possible même que j'attende les États généraux... >► Or, nous avons déjà eu l'occasion de parler de la dédicace de son volume à l'archevêque. L'hommage en était formulé, dans le mode alors en usage pour les travaux du même genre, c'est-à-dire avec tous les termes de Tadulation la plus plate. C'était le seul moyen d 'en faciliter l'acceptation. Et maintenant, il fallait tout remanier, tout changer. A qui d'ailleurs dédier son ouvrage? à quel homme influent? pourquoi pas au chef Corse, à Paoli, dont les gazettes commençaient à s'occuper? Aussitôt pensé aussitôt fait. Le 22 août 1788, il disait à Fesch: « Ecrivez à votre ami qui est à Pise; demandez- « lui l'adresse, c'est-à-dire la rue où reste Paoli à

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