‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 94 sur 144 · PIÈCE N* I · texte numérisé non relu

PIÈCE N* I

Réponse de Jean- Jacques Rousseau a M. Buttafuoco.

% llottért-TraTert, le St Mptembre 1764<

« Il est superflu, Monsieur, de chercher à exciter mon « zèle pour Tentreprise que vous me proposez. La seule « idée m'élève l'àrae et me transporte. Je croirais le resto « de mes jours bien noblement, bien vertueusement, bien « heureusement employé; je croirais même avoir racheté « l'inutilité des autres, si je pouvais rendre ce triste reste « bon en quelque chose à vos braves compatriotes, si je « pouvais concourir, par quelque conseil utile, aux vues « de leur digue chef et aux vôtres. De ce côté-là, donc, « soyez sûr de moi : ma vie et mon coeur sont à vous.

« Mais, Monsieur, le zèle ne donne pas les moyens, et « le désir n'est pas le pouvoir. Je ne veux pas faire ici « Bottement le modeste : je sens bien ce que j'ai, mais je <t sens encore mieux ce qui me manque. Premièrement, « par rapport à la chose, il me manque une multitude de « connaissances relatives à la nation et au pays; con- « naissances indispensables, et qui, pour les acquérir,

« demanderont de votre part beaucoup d'instructions, « d'éclaircissements, de mémoires, etc.; de la mienne « beaucoup d'étude et de réflexions. Par rapport à moi, il w me manque plus de jeunesse, un esprit plus tranquille, « lin cœur moins épuisé d'ennuis, et une certaine vigueur « de génie, qui, même quand on l'a, n'est pas à l'épreuve « des ennuis et des chagrins ; il me manque la santé, le « temps ; il me manque, accablé d'une maladie ci^uelle et « incurable, l'espoir de voir la fin d'un long travail que « la seule attente du succès peut donner le courage de « suivre ; il me manque enfin l'expérience dans les affaires, « qui seule éclaire plus, sur l'art de conduire les hommes, « que toutes les méditations.

« Si je me portais passablement, je me dirais : j'irai en « Corse : six mois passés sur les lieux m'instruiront plus « que cent volumes. Mais comment entreprendre un « voyage aussi pénible dans l'état où je suis? Le soutien- « drais-je? Me laisserait-on passer! Mille obstacles m'ar- « rateraient' en allant; l'air de la mer achèverait de me « détruire avant le retour. Je vous avoue que je désire « mourir parmi les miens.

« Vous pouvez être pressé. Un travail de cette impor- « tance ne peut être qu'une affaire de très longue ha- « leine, même pour un homme qui se porterait bien, « Avant de soumettre mon ouvrage à l'examen de la na- « tion et de ses chefs, je veux commencer par en être « content moi-même. Je ne veux rien donner par morte ceaux ; l'ouvrage doit être un ; l'on n'en saurait juger « séparément. Ce n'est déjà pas peu de chose que de me » mettre en état de commencer ; pour achever cela va <t loin.

« Il se présente aussi des réflexions sur l'état précaire « où se trouve encore votre île. Je sais que sous un chef « tel qu'ils l'ont aujourd'hui, les Corses n'ont rien à « craindre de Gênes ; je crois qu'ils n'ont rien à craindre « non plus des troupes qu'on dit que la France y envoie ;

« et ce qui me confirme dans cette opinion, est de voir « un aussi bon patriote que vous me paraissez l'être, « rester, malgré l'envoi de ces troupes, au service de la « puissance qui les donne. Mais, Monsieur, Tindépen- « dance de votre pays n'est point assurée tant qu'aucune « puissance ne la reconnaît ; et vous m'avouerez qu'il « n'est pas encourageant pour un aussi grand travail de « l'entreprendre sans savoir s'il peut avoir son usage, « même en le supposant bon.

« Ce n'est point pour me refuser à vos invitations, Mon- « sieur, que je vous fais ces objections, mais pour les « soumettre à votre examen et à celui de M. Paoli. Je vous « crois trop gens de bien l'un et l'autre pour vouloir que « mon affection pour votre patrie me fasse consumer le « peu de temps qui me reste à des soins qui ne seraient « bons à rien.

t< Examinez donc. Messieurs, jugez vous-mêmes^ et « soyez sûrs que l'entreprise dont vous m'avez trouvé « digne ne manquera point par ma volonté.

« Recevez, je vous prie, mes très bumbles salutations,

« Rousseau.

« P,-S, — En relisant votre lettre, je vois. Monsieur, « qu'à la première lecture j^ai pris le change sur votre « objet. J'ai cru que vous demandiez un corps complet de « législation, et je vois que vous demandez seulement une « institution politique ; ce qui me fait juger que vous avez « déjà un corps de lois civiles autres que le droit écrit, « sur lequel il s'agit de calquer une forme de gouverne- « ment qui s'y rapporte. La tâche est moins grande, sans « être petite, et il n'est pas sûr qu'il en résulte un tout « aussi parfait : on n'en peut juger que sur le recueil u complet de vos lois. »

208 APrENDICB.

PIÈGE N* IL Preuves de noblesse des Bonaparte.

Archives nationales. — Papiers de Varmoire de fer, ÂEI, 15. — Inventaire de production des actes que Napoleone de Buonaparte ^ d'Ajacdo^ en Corse, élève nommé par Sa Majesté pour être reçu aiix Écoles militaires, a Vhonneur de produire par devant monsieur de Sérigny, juge cTarmes de la noblesse de France.

Cet inventaire est de la main de Charles de Buonaparle. Il comprend :

« Savoir dix cajets le premier desquels contient l'extrait « baptistaire du dit Napoleone du 15 août 1769. »

C'est cet extrait baptistaire qui a été remis au directeur de l'École de Brienne.

« Second cajet contenant l'extrait baptistaire de Charles, « père de Napoleone et fils de Joseph du 29 mars 1746.

« Un certificat des nobles jpmcipa^e de la ville d'Ajaccio « du 19 août 1771 qui prouve que la famille Buonaparte a « été toujours au nombre des plus anciennes et nobles, « tant pour son côté que par rapport aux alleances qu'elle « a contracté avec la noblesse du royaume la plus distin- « guée.

« Un acte de permission de mariage du 2 juin 1764.

« Un acte de reconnaissance de la famille Buonaparte

de Toscane du 28 juin 1759 qui jouit du Patriziat et par « conséquent de la plus grande noblesse, comm il est « constaté par un' extrait des lettres de noblesse du « 18 may 1757 délivré par le grand duc de Toscane;

« Plus des lettres patentes de l'archevêque de Pise en « Toscane qui accordent au dit Charles Buonaparte

« l'exercice du titre de noble et de palnce, du 30 no- « vembre 1769,

M Comm' aussi un' arr^t du Conseil supérieur de Corse « du 13 septembre 1771 qui déclare la famille Buooa- « parte noble de noblesse prouvée audelà de deux cents « ans * »

1. De cet inventaire, rénumération seule existe aux Archive» nationales. Les dix cahiers mentionnés et leur contenu ont disparu.

Gé7iéalogie de la famille Buonaparte de Sarzane^ de 1200 à 1567. (Genealogia délia famiglia Buonaparte di Sarzana, dair anno 1200 airanno 1567. Descrita da Domlnico Maria Berrnucci dello stesso luogo neir anno 1802.) — {Armoire de fer, car» ton 15, n« 31, AEL 15.)

Oiamfordo.

Tivente probabilimeDte circa l'anDO 1180 a ItOO.

Buonaparte.

Notaro, dove esseve vissuto circa l'anno 1Î40.

Giuglelmlna.

Vedova di Romeo di SaTrana.

neir anno 1293.

Giovanno Buonaparte.

Di Sariana notaro.

Guelfe Buonaparte.

Notaro.

Oaelfuccio. Pucola.

Giacopucoio Buonaparte. Giovanni Buonaparta Notaro nel 1312 nel 1324. Nell' anno 1322.

Sindaco el procuratore dei Sarzanesi,

nel 1328. j

àngelino Buonaparte. Ser Niccoloslo Buonaparte.

Tivente nell' anno 1364. Notaro neir anno 1 366.

Giacomo Buonaparte. Ser Giovanni Buonaparte.

GanoBico.et proposito. Nel 1392.

Sindaco ad ambasciatore del commune di Sarvana*

Ber Cesare Buonaparta.

Neir anno 1465 fa priore degli anciani di Sarzaaa.

Giovanni Buonaparte.

Francesoo Buonaparte. Cesare Buonaparte.

Uarito di Caterina, figlia di ser Guido Capellano del beneficio di di Castetletto sel 1512 abîto m S. Tommassio net 148 G Gorsica nell' anno 1529. ed canonico di Liori.

Sarzananel 14S9.

e Tivente encora neli* anno 1544*

Antonia. Oabriele Buonaparte.

Voglia de ser FranceMiO Abitante in Ajaccio

Mentano in Cortica.

aeU' anno 1529. BtU' anae IttlT.

te

Généalogie de la famille Bonaparte (TAjaccio, diaprés Vinvenr taire des actes remis à monsieur de Sérigny»

Gabriel Buonaparta.

Vers 15«7.

Jérôme Buonaparte.

ÀDcien de la Tille d'Ajaccio, en 1594, député d'Ajaedo

près le Sénat de Gêaes.

François Buonaparte.

Capitaine de la Tille, ancien de la Tille en 159e«

Sébastien Buonaparte^

Né en 1603.

Charles Buonaparte.

Beconnu noble par Gênet, en 1661,

Joseph Buonaparte.

Élu ancien, le 3 mai i70î,

Sébastien Buonaparte.

Ancien, le 17 avril 1720.

Joseph Buonaparte.

Élu ancien en 1760.

Charles Buonaparte.

Né le 29 mars 1746.

Reconnu noble le 10 aoAt 1771. Alariô en 176%.

Archives nationales. — Papiers de V armoire de fer, AEI. 15.

La production des actes précédents donna lieu à ia correspondance suivante entre M. d'Hozier et Ch. Buonaparte :

Lettre de M. d'Hozier à Bonaparte.

Paris, 8 mars 1779.

Je vous prie, Monsieur, de me mander quel est le nom de famille de madame votre épouse. Elle est nommée Maria-Letitia Zémolina, dans là permission que M. l'évêque d'Ajaccio donna, le 2 juin 4764, de vous marier.

Le troisième nom est-il nom de famille ou un troisième nom de baptême ? Quelle est Ja première lettre de ce nom ? J'ai figuré cette lettre plus haut, telle qu'elle l'est dans le dit acte de 1764.

Comment ce nom doit-il se traduire en français ?

Votre acte de baptême vous nomme Carlo-Mia; ce deraiernom écrit en abrégé, est sans doute Maria. Vous vous appelez donc Charles- Maria, quoique vous n'ayez d'autre nom que celui de

Réponse de M. de Buonaparte,

Versailles, 8 mars 1779.

Le nom de famille de ma femme est celui de Ramolino, et il n'est guère possible de le traduire en français.

Il est vraî que mon nom est de Charles-Marie, mais je ne me suis jamais servi que de celui de Charles.

Charles, soit dans le dit acte de 1764, soit dans l'extrait de baptême de Monsieur votre fils et dans l'arrêt de noblesse de 1771?

Votre nom est constamment écrit dans les actes, même dans cet arrêt de noblesse, sans être précédé de l'article de ; cependant vous signez de Buonaparte.

Le même arrêt de noblesse de 1771 donne à votre famille le nom Bonaparte et non Buonaparte ; ne dois-je pas me conformer pour l'orthographe, à celle du dit ar?êt de 1771?

Vous donnerai-je, dans mon certificat de noblesse, la qualité de député de la noblesse Corse ?

Je n'entends rien, Monsieur, à l'explication de vos armes, telle qu'on la lit dan s votre inventaire ; il faudra me les envoyer peintes.

Enfin, comment faut-il traduire en français le nom de i baptême de votre fils, qui J

La République, de Gênes, depuis 200 ans environ, a donné à mon ancêtre Jérôme le titre d'egregium Hieromimum de Buonaparte, Cet article a été omis, n'étant presque pas d'usage en Italie de s'en servir.

[/orthographe de mon nom de famille est celui de Buonaparte,

J'ai l'honneur d'être présenté le 10 de ce mois à Sa Majesté, comme député de la noblesse Corse.

J'ai l'honneur de vous envoyer les armes peintes, telles que vous le désirez..

Le nom Napoleone est italien.

est Napoleone en Italien?

Vous voudrez bien répondre à toutes les questions que je vous fais dans cette lettre, vis-à-vis chaque article.

J'ai rhonneur d'être, avec des sentiments respectueux, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

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