‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 126 sur 190 · nivôsd an II. Mss. Archives de la guerre · texte numérisé non relu

nivôsd an II. Mss. Archives de la guerre

AUNBE 1798. 393

€ ...La gloire doit en être tout entière à mes braves « frères d*armes. Je cherche encore dans robscurité « des rangs les soldats qui se sont distingués, et je ne « publierai les noms des officiers qu'après avoir fait «c connaître ceux qui les ont secondés... Que le peuple ce y voie donc ses représentants donnant, au milieu « de la nuit la plus dure, Texemple de la constance, « au milieu du combat, l'exemple du dévouement. « Salicetti, Robespierre, Ricord et Fréron étaient sur a le promontoire de TÉguillette, et Barras sur la « montagne du Faron; nous étions tous alors volon- « taires. Cet ensemble héroïque était fait pour méri- « ter la victoire... »

Le brave Gervoni eut la mission d'aller porter à la Convention la nouvelle de ce glorieux fait d'armes. Le 24 décembre, il se présentait à la barre de la grande Assemblée. L'émotion était à son comble, la Joie, grande, le résultat moral, énorme. Les félicitations ne manquèrent pas. « L'armée dirigée contre « Toulon a bien mérité de la patrie, décrétèrent les « représentants du peuple. Le nom de Toulon est « supprimé. Cette commune s'appellera désormais « Port de la Montagne. Il sera célébré une fête na- « tionale. Pour l'organiser, le conventionnel David « se concertera avec le Comité de Salut public. » La veille, le futur duc d'Otrante, Fouché, arrivé à Toulon pour assister au triomphe, écrivait à son collègue Collot-d'Herbois : « ...Nous n'avons qu'une manière m de célébrer la victoire. Nous envoyons ce soir deux « cent treize rebelles sous le feu de la foudre... « Adieu, mon ami, les larmes de la joie coulent do « mes yeux; elles inondent mon âme... »

Dans ce succès, la part de Bonaparte fut-elle aussi

considérable qu'on s'est plu à le répéter ? Nous ne l6 croyons pas. De se? rapports légendaires avec Garteaux et Doppet, il faut beaucoup rabattre. Les dates que nous avons données suffisent pour établir avec précision le rôle de chacun. Carteaux est parti le 7 novembre ; Doppet, le 16. L'armée de siège ne fut constituée qu'après Tarrivée de Dugommier et, quant aux opérations effectives, elles commencèrent seulement après le conseil de guerre du 25 novembre. Elles durèrent par conséquent vingt-trois jours. Dans cette période, Bonaparte a rempli les fonctions de commandant d'artillerie d'une aile d'armée. Il avait des collègues et des supérieurs. Il n'a été cité qu'une seule fois, en même temps qn'Arena et Gervoni. Toute son importance, il l'a due à son activité, et surtout à son intime liaison avec son compatriote Salicetti. Les hasards de la guerre le mirent ainsi en rapports journaliers avec les puissants du jour, Robespierre le jeune, Ricord, Barras et Fréron.

Or, ceux-ci lui portèrent de l'intérêt en raison même de sa présence à côté d'eux au jour du danger.

« On a toujours aimé les témoins de sa gloire» »

Au lendemain d'un succès, on est généreux. Bonaparte et les siens n'eurent pas lieu de se plaindre. Ils savaient d'ailleurs réclamer leur part. En fait de sollicitations et d'intrigues, ils étaient passés maîtres. Le 28 décembre, Salicetti écrivait à Barthélémy Arena, toujours enfermé dans Galvi : « Ton frère Jo- « seph et tous les (torses qui ont assisté au siège de « Toulon ont combattu avec beaucoup de courage; a aussi, en récompense, ils ont tous augmenté de

« grade. Bonaparte a été nommé général de brigade, « et ton frère et Gervoni, chefs de brigade. Je m'oc- « cupe sans repos des préparatifs et de l'armement « des vaisseaux, destinés à l'expédition de Corse... »

La nouvelle était exacte. De chef de bataillon, Bonaparte, avait été fait d'emblée officier générale

Émanant de Robespierre, une pareille demande était an ordre. Les bureaux ne firent aucune observation. Ils se contentèrent de confirmer le décret et de réclamer les états de service du nouveau titulaire. Les voici, tels que Bonaparte les adressa, le 19 janrâr 1794 :

!• Décret provisoire du 22 décembre 1793 :

« Les représentants da peuple présents au siège de Toulon, tt satisfaits du zèle et de Fintelligence dont le citoyen Buona- « parte, chef de bataillon au deuxième régiment d*artiUerie, a « donné des preuves en contribuant à la reddition de cette ville « rebelle, Ten ont récompensé en le nommant général de bri- « gade; on propose au ATinistre de vouloir bien confirmer cette • nomination et autorii^r »o» j Amplacêmf^nt au d<»uxi^m6 r*m gimeat. »

3li6

BONAPARTE AU SIEGE DE TOULOIf.

État des servioes du citoyen Buonaparte.

Page 1