Mss. Â. G. Lettre du 18 avril 1794, datée d'Ormea
. ANNEE 179i. 4S5
te au contraire l'air chéri : Ça ira, ils font danser la m Carmagnole aux satellites du despote de Turin,,.
« Les représentants Robespierre et Salicetti ont 41 toujours suivi les opérations de Tarmée, et leur « présence dans les combats n'a pas peu contribué « à nos succès.
«... Que les tyrans et les traîtres qui leur sont as- 4n servis tt^emblent! Leur dernière heure est sonnée; le €c peuple français Veut la liberté ; il chérit son gouff vernement républicain; pour le maintenir, il ne « suivra jamais d'autre impulsion que celle de Thu- « manité, de la justice et de la raison. Vive la Mon- « tagnel Vive la République! Voilà, citoyens, les sen- « timents et le cri des braves frères d'armes que je « commande; nous avons pris Tartillerie ennemie. « Qui peut résister à la France libre! »
Robespierre est plus calme, plus politique. La lettre suivante qu'il adresse à son frère est particulièrement curieuse : « Plus nous avançons en pays « ennemi, plus nous sommes convaincus qu'un des' « grands moyens de contre-révolution, employés par « ces hommes perfides, dont plusieurs sont tombés « sous le glaive de la loi, était les outrages et les « violences faites au culte.
« Partout nous avons été précédés de la terreur : « les émigrés avaient persuadé que nous égorgions, « violions, et mangions les enfants, que nous détraia sions la religion.
« Cette dernière calomnie produisait les plus tristes « effets. Une population de quarante mille âmes de « la vallée d'Oneglia avait pris la fuite. On n'y ren- M contrait ni femmes, ni enfants, ni vieillards. Une si 4[ énorme émigration nous aurait opposé de grands
426 BONAPARTE A ONEOLIA ET ORMEA.
« obstacles, si nous n'étions parvenus à la dissoudre « par Taccueil fait aux misérables habitants des cam- « pagnes, en proie à la plus affreuse ignorance. Les « défenseurs de la patrie se sont parfaitement con- « duits ; ils n'ont touché à aucune image, dans un « pays où la superstition en a couvert toutes les mu- « railles. »
Mais, dans cette campagne d'un mois, quel avait été le rôle de Bonaparte? celui de spectateur. De siège à entreprendre, il n'en avait pas eu. Le 9 avril, il se trouvait à Oneglia d'où il invitait ses subordonnés à expédier des canons et des munitions. Le 20, il était de retour à Nice. Sa correspondance l'indique. U n'assistait donc ni à l'affaire de Saorgio, ni à celle du col de Tende. Ce genre d'opérations ne le concernait pas d'ailleurs. Il avait à surveiller l'établissement des batteries de côte et de place ainsi que le ravitaillement du matériel de campagne. Le 8 mai, il écrivait à Chantron, adjudant-major d'artillerie : « Dès le moment que « la carte sera faite, tu te rendras au golfe Jouan, tu <c en lèveras le plan ; tu marqueras la position des bat- <c teries existantes et de celles que j'ai ordonnées; tu « auras soin de spécifier le mouillage. » Ce fut à ces occupations qu'il employa les mois de mai et de juin. A l'exception de deux apparitions à Antibes, les 27 mai et 6 juin, le reste du temps il le passa à Nice. Sa mère, ses sœurs et Jérôme étaient venus l'y rejoindre. Tout ce monde se montrait assez satisfait. U y avait de quoi. Les misères de l'année précédente semblaient maintenant le résultat de quelque mauvais rêve. Bonaparte avait chevaux et voiture. Louis paradait en bel uniforme. Élisaet Paulette embellissaient à vue d'oeil. Fesch reprenait sa quiétude habituelle. Albert Permon,
le fils de la belle madame Permon, occupait une place de secrétaire auprès de Salicetti. Lucien-Bru tus continuait ses exploits et voulait être agent révolutionnaire. Le petit Robespierre venait d'épouser mademoiselle Virginie Boy er, lajoliesœur deson aubergiste de Marathon (Saint-Maximin). Par compensation, Joseph faisait preuve de dispositions plus positives. A la suite de la dislocation de Tarmée de siège de Toulon, il était passé au commissariat de la marine, avec Ghauvet. En ce moment, il surveillait à Toulon l'embarquement du matériel destiné au ravitaillement des places fortes de Corse. Cette position paraissait pourtant ne plus lui convenir. Il voulait également se
marier.
A la suite de la mort de Tancien marchand de savons,
François Clary, ses relations étaient devenues de plus en plus intimes avec la famille ^. L'aînée des filles, mademoiselle Julie Clary, avait alors vingt-deux ans, nulle beauté^ mais une dot modique et solide; Joseph, vingt-six ans, et pour fortune, l'espérance d'un avenir qui paraissait, aux yeux de bien des gens, devoir être brillant, à en juger par les relations intimes de son frère avec les puissants du jour, Robespierre, Fréron et Salicetti. L'affaire semblait convenable. La de^ mande de Joseph fut accueillie. Le 13 mai 1794, ce dernier se fit délivrer à la municipalité de Toulon le certificat de notoriété dont il avait besoin pour l'établissement du contrat. Les représentants du peuple, Salicetti et Multedo, l'ordonnateur en chef Chauvet, le
1, M. François Clary mourut le 20 janvier 1794, Madame veuve Clary, née Françoise-Rose Sonis, demeurait rue des Phocéens. Madsmoiselle Julie Clary était née le 26 décembre 1771.
général de brigade Cervoni, l'adjudant général Arena, l'adjoint Sebastiani, le commissaire Lecca, l'adjoint Robagliaet Poti, l'ancien procureur syndic du district, signèrent cette pièce. Pour le mariage, il fut fixé au !•* août. Or cette perspective d'un bonheur tranquille ne suffisait pas à l'ambitieux et changeant Joseph. Il rêvait d'entrer dans la vie politique. Salicetti, Robespierre lui en ofi'raient alors les moyens.
Aussitôt après la conquête d'Oneglia et de Loano, on avait organisé dans la première de ces villes une agence nationale. Pour ce poste, on avait désigné Michel Buonaroti, l'ancien exilé de Bastia ^ Ce Buonaroti avait quitté Paris dans les derniers jours du mois de décembre 1793, pour se rendre en Corse, en qualité de commissaire extraordinaire. En raison des retards éprouvés par l'expédition, il fut employé par Salicetti et Chauvet à la surveillance des armements préparatoires, tant à Toulon qu'à Marseille, à Cette et à Agde : de là sa liaison avec les Bonaparte. A Nice, où il arriva au mois de mars 1794, il passa au bureau politique de l'armée d'Italie, et le 4 mai fut nommé a commissaire national chargé de l'autorité de sûreté « générale de police et d'administration dans les ter- « ritoires d'Oneglia et de Loano et dans tous les pays
1. Buonaroti (Michel) t descendant de Michel Ange, né à Pise, le 11 novembre 1760, décoré de Tordre de Saint-Etienne, exilé en 1790, réfugié à Bastia, y rédigea VAmi de la liberté italienne, chassé de Corse le 2 juin 1791, secrétaire de Salicetti en 1792, naturalisé Français en 1793, en mission à Lyon en juillet 1793; arrêté en 1794, mis fen liberté en vendémiaire, ( ommandant de la place de Loano, destitué, membre de la Socirfé du Panthéon, condamné à la transportation, enfermé à Cherbourg, transféré en l'an VIII à Tîle d'Oléron, placé en surveillance dans une ville de rSst, réfugié à Genève en 1814, puis en Belgique en 1815, mort en 1837. Voir aux pièces à Tappui.
« conquis par l'armée de la République française en « deçà de Mentone.» Cette agence prit rapidement une extension considérable. Dès le mois de juin, on dut songer à lui adjoindre un tribunal criminel et une commission supérieure de surveillance. Ce fut à cette der nière, composée exclusivement de Corses, que Joseph Bonaparte demanda d'être attaché. Le 2S juillet^ Buonaroti écrivait à son adjoint Pompei, l'ancien député : « J'ai formé la commission de surveillance. « Mattei et Graziani trouveront deux places d'agents, « Je verrai avec beaucoup de plaisir ici le brave Jo- « seph Bonaparte, ie l'attends avec impatience. »
Dans ces fonctions, Buonaroti déployait une activité surprenante. Jour et nuit on le voit au travail. Gomme Tilly, il est corps et âme à l'œuvre révolutionnaire'. Cette exaltation, Bonaparte la partageait. Et à quel degré ! Il faut se reporter à cette époque de fièvre pour s'en rendre compte.
Nice, la coquette, était alors pleine de mouvement et de gaité. Les fêtes y étaient continuelles; les réunions, nombreuses. La présence de fort jolies femmes telles que mesdames de Haller', Ricord, Masséna,